Tourner à Montréal dans la langue de sa mère a été un immense plaisir pour Rossif Sutherland. Catastrophe, série dans laquelle il donne la réplique en français à Julie Perreault, est diffusée à Super Écran les mardis soirs.

Rossif Sutherland, au nom de la mère et du fils

« C'est un grand privilège et un tout aussi grand plaisir de prendre soin de mon fils d'un an, parce qu'on ne perd absolument rien de notre masculinité à faire ce que les femmes font depuis des années ! clame Rossif Sutherland. La définition de ce qu'est un homme change, et c'est tant mieux. »
Joint à Montréal où il est en promotion pour son rôle dans Catastrophe - la nouvelle comédie diffusée les mardis soirs à Super Écran - le fier papa de 38 ans s'excuse d'ailleurs de son retard à prendre l'appel : « C'est la première nuit que je passe loin de ma famille... et j'ai dormi plus longtemps que prévu ! Désolé ! » lance-t-il en riant et dans son français à l'accent chantant.
L'entrée en matière pour discuter du personnage de Frank pourrait presque paraître arrangée avec le « gars des vues ». Car dans Catastrophe, Frank et Audrey (incarnée par Julie Perreault) vont prendre allégrement leur pied pendant le séjour de l'Américain à Montréal. Avec pour conséquence qu'Audrey - dont le prénom est associé à l'expression « Montreal Sex Bomb » sur le cellulaire de son partenaire de quelques soirs ! - le contactera un mois plus tard pour lui annoncer qu'elle est enceinte. Frank ne fera dès lors ni une, ni deux : il déménagera à Montréal afin de prendre ses responsabilités de futur papa. Tout ça, dans le premier épisode !
« Essayons d'en faire quelque chose de bien », réplique-t-il à Audrey, lorsque cette dernière, évoquant l'erreur d'avoir fait fi du condom, hésite à garder le bébé.
Après plusieurs téléséries et films québécois dans lesquels les hommes remettaient en cause la fidélité en amour, entre autres, le personnage de Frank représenterait-il un retour du balancier ?
« En tout cas, les hommes de mon âge qui m'entourent partagent cette volonté de répartir les tâches au sein de leur couple, de prendre soin de leurs enfants, soutient Rossif Sutherland. Frank ne croit pas au conte de fées. Il ne veut pas fuir ce qui arrive non plus. » 
« Plus jeune, je ne trouvais absolument rien de romantique à la notion de partenariat entre conjoints dont mes parents me parlaient. En vieillissant, j'ai fini par comprendre de quoi ils parlaient », renchérit le trentenaire qui vit, depuis trois ans, une grande histoire d'amour ancrée dans la réalité du quotidien, comme il dit.
Jouer en français : un retour à la maison
Les parents en question ? Donald Sutherland et la comédienne québécoise Francine Racette. Ce qui explique que leur fils parle aussi bien un français par ailleurs teinté des années passées en France, où Rossif Sutherland a grandi, avant d'aller étudier à l'université aux États-Unis.
Excluant un rôle secondaire dans Pour l'amour de Dieu de Micheline Lanctôt (2011), il s'agit ici d'un premier rôle important en français, pour lui. « Je n'avais jamais eu l'occasion de défendre un premier rôle en français, avant Catastrophe. J'ai malheureusement écouté pendant une quinzaine d'années ceux qui voulaient me cantonner à certains types de rôles, aux États-Unis », explique le comédien vu dans ER, Monk ou encore La Reine.
« Ç'a été un immense plaisir de travailler dans la langue de ma mère. En tournant en français, à Montréal, j'avais l'impression d'un retour chez moi », renchérit celui qui se dit « beaucoup plus latin qu'américain », notamment dans sa manière de se percevoir en tant qu'homme.
Or, avec un patronyme comme le sien (Kiefer Sutherland est son demi-frère), faire sa place dans le milieu n'a pas été chose facile. « Je voulais chanter ou devenir écrivain. Être acteur ne m'attirait pas parce que je ne comprenais pas le métier. Il m'a rattrapé, à l'université... »
Rossif Sutherland s'est néanmoins vite rendu compte que la curiosité l'emportait souvent sur le réel intérêt des réalisateurs et producteurs, lors des auditions. « Ils voulaient voir le fils et le frère de... »
Le tournage du long métrage canadien River (2015) a marqué un premier point tournant dans sa carrière, en lui donnant envie de faire ses propres films. Catastrophe en marque un deuxième. « Je ne me suis jamais autant amusé que sur ce plateau ! Grâce à Julie [Perreault], j'ai pu improviser, dans une langue que je suis heureux de retrouver dans un contexte professionnel », conclut le comédien, qui ne rechignerait pas à l'idée de récidiver.