Télé et radio

Gala Québec Cinéma: quand on parle plus des rideaux...

CHRONIQUE / Franchement, on risque d'oublier très vite ce 21e Gala Québec Cinéma. À l'inverse du film gagnant, «1991», que j'ai vu deux fois, je me suis beaucoup ennuyé devant mon écran dimanche soir. Quand on parle plus des rideaux hideux que des films en nomination. Je cherche encore le glamour, le prestige, la magie.

Et pourtant, Guylaine Tremblay et Édith Cochrane avaient réussi ces deux dernières années à redonner du lustre à cette soirée souvent froide et sans âme. Ça a bien mal commencé : à peu près tout du numéro d'ouverture était raté, de l'idée des animatrices en artistes de cirque à la fausse comédie musicale, jusqu'aux gags douteux qui ont suivi. Au troisième gala avec le duo Cochrane-Tremblay, les auteurs se sont peut-être dits qu'on était mûr pour y aller de blagues plus corsées, mais ça n'a cultivé que des malaises, de la salle à notre salon. «On a engagé Mario Pelchat pour nous conseiller», a blagué Édith. Vous auriez peut-être dû.

Québec cinéma ne gagnera pas de prix pour le décor et ses draperies dignes d'Au bon marché en 1982. Éclairés de couleurs affreuses, les rideaux au centre de la scène ressemblaient à d'immenses couches Pampers. Et que dire des fonds colorés derrière les animatrices? Ça manquait de panache et d'envergure. Éblouissez-nous, on est dans un gala de cinéma. 

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Il y a bien eu quelques moments pour nous sortir de notre léthargie. Le duo d'animatrices s'est repris plus tard dans un numéro sur l'invraisemblance de notre cinéma, enfin plus drôle. Survoltée, Sandrine Bisson jubilait en recevant l'Iris du rôle de soutien pour sa Claudette de 1991. L'actrice veut travailler «jusqu'à temps que j'aie l'âge de Béatrice Picard!» a-t-elle dit, avant de lancer un grand cri de joie. Le numéro d'Anne-Élisabeth Bossé et Monia Chokri, incapables de ne pas parler du Festival de Cannes, était amusant. Dommage qu'on ne les ait pas accueillies par des applaudissements plus nourris, un prix à Cannes, c'est pas rien. Guylaine Tremblay est venue aux larmes en rendant hommage à Jean-Claude Labrecque, alors qu'Édith Cochrane venait de rappeler le souvenir de Jean Beaudin.

Très heureux pour Martin Dubreuil, récompensé pour À tous ceux qui ne me lisent pas, un acteur toujours vrai, qui a qualifié son trophée de «jarret du futur». Debbie Lynch-White, notre Bolduc nationale, a commencé par dire merci à sa blonde Marina Gallant. «Merci d'avoir enduré mon violon qui sonnait la marde!» a lancé l'actrice généreuse.

Le gala de dimanche a pu au moins mettre en relief l'oeuvre des nations autochtones. Émouvant de voir Josée Rock, du documentaire Innu Nikamu: chanter la résistance, remercier le milieu du cinéma de s'être intéressé à son univers, à sa nation. L'artiste abénaquise Alanis Obomsawin a été accueillie par une ovation.

«Y'a des gens devant le télésouffleur!» a lancé une Édith semblant excédée, à un retour de pause. J'aurais justement aimé que les artistes sur scène en sortent de ce télésouffleur. Plusieurs interventions manquaient de spontanéité. C'était très lu. L'idée d'associer les films d'aujourd'hui à des classiques n'a pas convaincu et donnait des numéros fades et statiques.

L'éternel problème du Gala Québec Cinéma, c'est que le public n'a pas vu la majorité des films en nomination. Difficile de créer un véritable suspense, une magie qui dépasse la salle et traverse nos écrans. Restent ceux qui regardent la soirée pour mieux connaître notre cinéma actuel. Ce n'est certainement pas avec le spectacle de dimanche qu'on les poussera vers les salles de cinéma.

Outre Louis-José Houde, qui fait figure d'exception à l'ADISQ, il semble qu'un animateur est meilleur à son premier gala qu'à ses suivants. C'est le cas de Guylaine Tremblay et Édith Cochrane, irrésistible duo il y a deux ans, hélas beaucoup moins bon dimanche.

Richard Therrien

Inutile de mentir, ça se saura

CHRONIQUE / La question : valait-il le coup de donner une suite à Petits secrets, grands mensonges, version française de Big Little Lies? Nous étions plusieurs à ne pas en être convaincus. Après avoir été récompensé pour la première saison, Jean-Marc Vallée n’a pas voulu réaliser la deuxième, avant de finalement se voir confier une partie du montage final. Si ce n’est déjà fait, empressez-vous d’aller voir la première saison avant d’entreprendre la lecture de cette chronique.

J’anticipais donc avec un brin de scepticisme cette suite de l’histoire, qui commencera le dimanche 9 juin à 21h, sur HBO. Comme pour Le trône de fer, les téléspectateurs francophones n’auront pas à attendre des mois puisque Super Écran présente la version sous-titrée simultanément à 21h, puis la version doublée le lendemain à 22h. Une initiative que devraient imiter les autres chaînes, et ça presse.

Ces secrets malsains continuent donc de gangrener les relations entre tout ce beau monde de Monterey. Et tout un : celui de dissimuler le meurtre du violeur et batteur de femme Perry Wright, le mari de Celeste, qui fermait la première saison. Arrive dans le décor la mère du défunt, Mary Louise, jouée par l’exceptionnelle Meryl Streep. Ça commence à faire pas mal d’actrices numéro un au pied carré dans cette série primée aux Golden Globe et aux Emmy. On ne s’en plaindra pas.

Vous détesterez d’emblée Mary Louise, qui ne croit pas que son fils puisse être aussi odieux qu’on le décrit. Quand on a vu Celeste (stupéfiante Nicole Kidman) se faire violenter et manipuler aussi sournoisement dans la première saison, on ne peut d’aucune façon concéder un pouce de pardon à Perry, père aussi aimant soit-il avec ses jumeaux. Oh que non.

Par contre, on ne peut nier la force de ce nouveau personnage de mère lionne, qui a beaucoup d’esprit, et ébranle passablement l’amitié inconditionnelle de ces quatre femmes. Remplis de malaises, ses échanges avec Madeline (Reese Witherspoon) valent à eux seuls leur détour, et mettent un peu d’humour autour du propos lourd de l’histoire. Celeste n’a jamais été aussi fragile, trouve encore le moyen de magnifier l’image paternelle de son défunt mari, et se sent coupable de sa disparition. De là sa tolérance un peu excessive à la présence de belle-maman. On ne sort pas comme ça du syndrome de la femme battue, et plusieurs visites chez la psy ne seront pas de trop. Sa décision de déménager, planifiée avant la mort de son mari, alimentera certainement les soupçons de Mary Louise.

Mais ce secret majeur n’est pas le seul de cette deuxième série. Rappelons que Perry avait violé Jane (Shailene Woodley), et qu’un enfant est né de cette triste nuit, une donnée qu’ignore toujours le jeune Ziggy (Iain Armitage, la vedette de Young Sheldon). Comment parler aux enfants sans les traumatiser? Et comment entreprendre une nouvelle histoire d’amour quand on a été violée? Voilà de grandes questions abordées avec intelligence dans ce début de saison. Le passé infidèle de Madeline pourrait aussi refaire surface et plomber son ménage, déjà ébranlé par la rébellion d’Abigail, fille de sa précédente union avec Nathan. Renata (Laura Dern) est plus caractérielle que jamais. Et vous la comprendrez quand vous saurez ce qui se trame dans sa somptueuse demeure de bord de mer.

Après trois épisodes, encore trop tôt pour dire avec certitude que cette suite était nécessaire. Ce qui est sûr, c’est qu’on assiste encore une fois à de grandes performances d’actrices. Et on retrouve l’ambiance de la première saison, mélange de suspicion et de non-dits, ajoutée aux prises de vue toujours aussi spectaculaires. La musique, si chère à Jean-Marc Vallée et si présente dans toute son œuvre, l’est un peu moins cette fois. En parallèle, on continue par bribes à nous envoyer des flashbacks et des bouts d’interrogatoires, de quoi nourrir notre désir d’en savoir plus.

Bien curieux de savoir comment les femmes de Monterey s’en sortiront au bout de ces sept nouveaux épisodes. Parce que tout finit toujours par se savoir, même les pires vérités. Et ça risque de faire mal.

Richard Therrien

C’est la fin des «Squelettes dans le placard»

CHRONIQUE / Après 14 saisons à l’antenne, «Des squelettes dans le placard» tirera sa révérence à la fin de l’été, me souffle-t-on à l’oreille. En ondes 20 semaines par année, le jeu de Patrice L’Ecuyer attire encore en moyenne 451 000 fidèles, en semaine à 19h sur ICI Radio-Canada Télé.

La direction a pris cette décision avec la «volonté de renouveler la grille après 14 ans», me dit-on aux communications. Rares sont les jeux à avoir tenu l’antenne aussi longtemps. Michel Chamberland, qui coproduisait l’émission avec Christiane Rivard, n’est pas peu fier de cette longévité; après avoir produit 2194 émissions de L’union fait la force, aussi animée par L’Ecuyer, Des squelettes dans le placard s’arrêtera au bout de la 1094e émission, ce qui équivaut à 3282 véritables squelettes!

M. Chamberland, qui produit l’émission depuis ses débuts, n’est pas amer de cette décision. «C’est tout à fait légitime de laisser la place à d’autres», dit-il, heureux que l’émission quitte en récoltant encore de si bons auditoires. Chose certaine, ce n’est pas parce qu’on est arrivé au bout des squelettes dans les placards des vedettes qu’on met fin à l’émission. «Au contraire, nous avions de plus en plus de facilité à convaincre nos invités. Au début, ils racontaient surtout des squelettes de jeunesse, mais plus les années passaient, plus ils en racontaient des très récents», raconte le producteur, qui insistait pour que la production reçoive chaque saison 15 à 20 % de nouvelles têtes. À l’inverse, certains invités n’ont pas manqué une seule saison.

Dérivée des Détecteurs de mensonges, Des squelettes dans le placard est arrivée à l’été 2006, en même temps que La petite séduction de Dany Turcotte, qu’on a débranchée il y a deux ans. Radio-Canada voulait alors prolonger L’union fait la force durant tout l’été, mais les producteurs craignaient qu’on brûle le concept. C’est là que Jean-Claude Lespérance a initié les Squelettes et confié le concept à Yves Taschereau, le père des Détecteurs de mensonges. À partir de quatre squelettes, dont un squelette fantôme, le public en studio devait associer chaque secret embarrassant à une vedette invitée. Sylvie Léonard, Christian Bégin et Didier Lucien avaient inauguré le jeu, pas évident à comprendre au départ.

La fin de cette aventure signe aussi le temps de la retraite pour Michel Chamberland, après plus de 40 ans de carrière dans les médias, dont sept comme vice-président programmation à TVA, années durant lesquelles il a notamment lancé Salut bonjour. Après quoi il a inauguré le Canal Évasion puis fondé sa boîte de production, Télé-Génik. Auparavant, M. Chamberland a œuvré à Télémédia et aux variétés de Radio-Canada, entre autres. À 69 ans, il souhaite maintenant s’accorder du bon temps avec le sentiment du devoir accompli. L’homme de télé a de bons gènes : son père a l’âge vénérable de 98 ans.

Le tournage des Squelettes a pris fin pour de bon mardi dernier. La dernière sera diffusée le 5 septembre. La direction de Radio-Canada a testé une nouvelle formule de jeu en semaine à 17h30 avec Pierre-Yves Lord, Mémorable!, qui se termine vendredi, mais qui est passée plutôt inaperçue. Patrice L’Ecuyer reprend quant à lui l’animation de Silence, on joue! dès septembre.

Mégantic par Philippe Falardeau

Philippe Falardeau prépare une série documentaire sur les origines de la tragédie de Lac-Mégantic, à partir de l’essai intitulé Mégantic. Une tragédie annoncée, signé Anne-Marie Saint-Cerny.

Trio Orange produira l’adaptation télévisuelle de ce livre construit comme un polar, et se déclinant en trois parties — avant, pendant et après.

Aucun diffuseur n’est encore annoncé. «Mégantic était une catastrophe prévisible et annoncée. Pire, elle va se reproduire. Il faut refuser de se faire dire qu’il s’agissait d’un accident causé par des erreurs individuelles», a confié le réalisateur de Monsieur Lazhar par voie de communiqué.

Télé et radio

Équipe renouvelée au «Bye Bye»

CHRONIQUE / Anne Dorval, Véronique Claveau et Pierre Brassard ne seront pas de retour au sein de l’équipe du «Bye Bye». À leur place, Guylaine Tremblay, Mehdi Bousaidan, Anne-Élisabeth Bossé et Julie Le Breton prendront part à la revue humoristique de l’année, aux côtés de Claude Legault et Patrice L’Écuyer, tous deux de retour le 31 décembre 2019, sur ICI Radio-Canada Télé.

Malgré trois participations très remarquées, Anne Dorval a elle-même choisi de laisser sa place à quelqu’un d’autre. Elle avait choisi de revenir l’an dernier, malgré le désistement de son comparse Marc Labrèche. Dans le cas de Pierre Brassard et de Véronique Claveau, ce n’est pas leur choix. «Tout le monde est resté en bons termes, il n’y a eu aucun déchirement», affirme le producteur Guillaume Lespérance, dont le contrat a été renouvelé pour une quatrième année avec le comédien et réalisateur Simon Olivier Fecteau. «Je me suis dit que si on restait, il fallait brasser les cartes et ouvrir sur une nouvelle génération. Mehdi a 27 ans, Julie est au début de la quarantaine, Anne-Élisabeth, de la trentaine. Guylaine est une grande comédienne et est excessivement drôle. J’ai l’impression de proposer un casting très excitant.»

Guillaume Lespérance a lui-même songé à quitter l’aventure. «Radio-Canada a insisté pour qu’on revienne. Quand une émission est au sommet en terme de popularité, tu te poses la question : est-ce que c’est le moment de quitter?» demande-t-il. Le Bye Bye 2018 a en effet été l’émission la plus regardée de tous les temps à la télé québécoise, avec un auditoire de 4 410 000 téléspectateurs pour sa seule diffusion du 31 décembre. La petite vie détenait le record depuis plus de 20 ans, avec 4 098 000.

Plus libre depuis la fin d’Unité 9, Guylaine Tremblay n’en est pas à son premier Bye Bye, puisqu’elle avait participé à celui de 1992. Un Bye Bye à oublier, avec une toute nouvelle équipe, qui s’était soldé par un échec cuisant. Elle pourra se reprendre avec une équipe plus solide en décembre prochain. Déception pour Véronique Claveau, qui de l’avis de plusieurs, méritait une plus grande place dans le Bye Bye ces dernières années. Celle qui imite avec talent Céline Dion, Sonia Benezra et Marina Orsini avait quitté le spectacle Revue et corrigée au Théâtre du Rideau-Vert pour se joindre à l’équipe du Bye Bye en 2014. Denise Filiatrault lui en a voulu, parce qu’elle venait de signer un contrat. Quant à Pierre Brassard, il perd du même coup le Bye Bye et Ici Laflaque, à laquelle il participait régulièrement et qui a été retirée de l’horaire.

Il n’est pas dit que Brassard et Claveau n’auront pas une petite apparition, puisque la production souhaite reproduire la participation de caméos, comme pour le Bye Bye du 50e anniversaire. Guillaume Lespérance souligne la parité au sein de l’équipe de comédiens, et la diversité apportée par Mehdi Bousaidan, en y apportant une nuance. «On approche des gens de grand talent, qui représentent bien leur génération et qui ont un timing comique. Mehdi est là avant tout parce que c’est un gars de grand talent.»

Guylaine, Mehdi, Anne-Élisabeth et Julie ne sont pas reconnus pour leurs talents d’imitateurs, ce qui n’inquiète pas le producteur. «Anne n’était pas reconnue pour ses imitations, Claude non plus, et ils ont été très appréciés. De bons comédiens qui ont envie de faire ça et qui ont du talent vont être capables. Jusqu’à maintenant, on a eu la main heureuse.»