Richard Therrien

Les hippies qui glacent le sang

CHRONIQUE / Les auteurs de fiction vous le diront: les zones d’ombre sont les plus intéressantes. Un personnage complètement méchant, ou pire encore, complètement gentil, ne représente pas grand intérêt. Il y a toujours une part de mystère, une raison pour laquelle un être puisse commettre les actes les plus épouvantables.

Durant les six épisodes de Wild Wild Country, la série documentaire de l’heure, sur Netflix depuis le mois dernier, vous passerez constamment d’une zone d’ombre à l’autre. Une histoire digne de la fiction, et montée à la manière Netflix, avec un punch à la fin de chaque épisode et cette envie irrépressible de regarder le suivant. Une histoire que j’ignorais et qui a pourtant fait la manchette aux États-Unis et en Europe, dans les années 80.

Richard Therrien

«Clash» : la fureur de vivre

CHRONIQUE / Ils sont à peine majeurs et voient leur vie changée à jamais par un terrible drame. À travers les défis qu’ils auront à relever, les jeunes patients de la série quotidienne «Clash» développeront une forte amitié, animés par une urgence de vivre.

L’oeuvre prévue pour l’automne marque le retour de Chantal Fontaine dans une dramatique quotidienne. Il s’agit d’une première collaboration entre Bell Média et Aetios Productions, qui a l’expertise en matière de quotidiennes, avec Virginie, 30 vies et District 31. Les studios de Clash sont d’ailleurs situés tout près de ceux de la série de Luc Dionne, chez Mels à Saint-Hubert. Après quelques semaines d’arrêt, l’équipe technique de District 31 a pris le relais sur Clash, tout comme le réalisateur Simon Barrette, il y a à peine quelques jours, jusqu’en juillet.

Martine D’Anjou, qui a été de l’équipe d’auteurs de O’ en plus d’avoir signé la minisérie Sur-Vie à Séries+, a écrit les 48 demi-heures de cette quotidienne pour jeunes adultes. La série sera d’abord diffusée en bloc de quatre épisodes à Super Écran, le samedi à 19h30 dès septembre. VRAK, qui a habitué son public à des dramatiques de qualité comme Le chalet et Jérémie, reprendra Clash à un rythme quotidien en novembre, dans une case à déterminer. La seconde moitié de la série sera diffusée cet hiver.

La série Clash a comme principal décor un centre de réadaptation pour patients ayant vécu divers traumatismes, nommé l’Atrium. Robin, Jasmine et Christophe, âgés de 19 à 21 ans, ont survécu à un grave accident de voiture, les deux garçons désormais en fauteuil roulant, et Jasmine, qui s’en est sortie indemne, mais avec un fort sentiment de culpabilité. Bien entendu, cette tragédie compromet brutalement les ambitions et les rêves de ces jeunes joueurs de soccer — tout un «clash» avec leur vie passée. Alexandre Nachi joue Robin, Alex Godbout, qu’on peut voir dans L’heure bleue, incarne Christophe, et Ludivine Reding, l’héroïne de Fugueuse, hérite du rôle de Jasmine. Les trois autres personnages principaux ont été attribués à Félix-Antoine Cantin, Rose-Marie Perreault et Marie-Evelyne Lessard. L’un des patients est aphasique, une autre a été victime de brûlures importantes.

Les producteurs Fabienne Larouche et Michel Trudeau retrouvent Chantal Fontaine, qui jouera la travailleuse sociale en charge de l’Atrium, et qu’on n’avait pas vue comme actrice depuis la fin de Yamaska en 2016. Fabienne refuse de parler de réconciliation, puisqu’elles s’étaient déjà reparlé depuis leur différend de 2008, et que Chantal était revenue sur le plateau de Virginie pour la dernière semaine d’enregistrement, il y a déjà plus de huit ans. Au départ, l’actrice ne devait avoir qu’une présence réduite, mais on a combiné deux personnages pour lui donner plus d’espace. Au fait, saviez-vous que Jean L’Italien gagnait plus que Chantal Fontaine au début de Virginie? Fabienne Larouche avait défendu son héroïne pour remédier à cette injustice.

Avec Clash, la productrice parle d’une série rassembleuse, qui devrait intéresser les 10 à 30 ans, mais aussi les plus vieux. La série compte sur une distribution de feu, réunissant entre autres Sébastien Huberdeau, Réal Bossé, Lucie Laurier, Joey Scarpellino, Jessica Barker, Catherine Proulx-Lemay et Pier Gabriel Lajoie. Guillaume Cyr, le frère du héros dans L’imposteur, incarne quant à lui un criminel impliqué dans l’accident de voiture du jeune trio.

Quelque temps après avoir entrepris l’écriture de la série, Martine D’Anjou a elle-même été victime d’un accident à cheval, s’en sortant avec un ligament déchiré et des contusions, mais devant tout de même se déplacer en fauteuil roulant durant une courte période. «Ça change le point de vue sur la vie. On sent une espèce de sentiment d’infériorité, que le regard des gens change à notre endroit», raconte-t-elle. Or, Clash restera une série lumineuse malgré le drame. À travers les défis qu’ils auront à relever, les jeunes patients développeront une forte amitié, animés par une urgence de vivre.

Étant seule dans la catégorie des séries dramatiques quotidiennes, District 31 pourra tout de même participer aux Gémeaux, aux côtés des séries annuelles cette année. Ça risque de changer l’an prochain, puisque Clash s’ajoutera comme quotidienne. C’est dire que deux productions d’Aetios seront l’une contre l’autre, le temps du gala.

Stéphane Langdeau brise le silence

Dimanche à Tout le monde en parle, l’ex-animateur de L’antichambre, Stéphane Langdeau, fera sa première apparition publique depuis sa démission de RDS. Le mois dernier, l’ancien animateur de radio Gary Daigneault avait porté plainte à la Sûreté du Québec pour «s’être senti menacé» par Stéphane Langdeau au cours d’un appel téléphonique, avait relaté Le Journal de Montréal. Aussi sur le plateau de Guy A. Lepage : Pauline Marois, Yolande James, Pascale Navarro, Ricardo Trogi, Jean-Carl Boucher, Louise Richer, Marc Brunet, Louis Morissette et Dany Boon.

Chronique

«District 31» enfin aux Gémeaux

CHRONIQUE / La compétition monte d’un cran aux Gémeaux, puisque le talent des artistes et artisans de «District 31» pourra enfin y être reconnu. J’ai appris qu’un amendement à un règlement permet désormais à Aetios Productions d’inscrire sa populaire quotidienne dans la catégorie des séries dramatiques annuelles, ce qui n’était pas possible jusqu’à l’année dernière.

Ce changement à la réglementation de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision prévoit que lorsqu’une série est seule dans sa catégorie, celle des séries dramatiques quotidiennes dans le cas de District 31, un producteur peut maintenant l’inscrire dans la catégorie qui s’en rapproche le plus. L’œuvre de Luc Dionne pourra donc concourir avec des séries annuelles qui ont 14 épisodes ou plus par année, comme par exemple Unité 9, Au secours de Béatrice et O’.

Il y avait quelque chose d’absurde à ce que District 31, considérée comme le phénomène de l’heure sur nos écrans, soit exclue de la grande fête annuelle de la télévision. Or, cette situation découlait de la décision de répartir les séries dramatiques en trois catégories distinctes — saisonnières, annuelles et quotidiennes —, installées depuis le gala de 2015, et qui visait entre autres à rassembler des productions de format, de fréquence et de budget similaires, une façon d’être juste envers tout le monde. En d’autres mots, la volonté était de comparer des pommes avec des pommes. Cette décision avait cependant comme effet pervers d’exclure automatiquement la fiction quotidienne d’ICI Radio-Canada Télé, si elle était seule dans sa catégorie, ce qui était le cas depuis 2017. Pour remédier à l’absence de District 31 du tableau des finalistes l’année dernière, le jury avait décerné à l’équipe de la série le prix Jean-Besré qui souligne l’originalité et l’excellence d’un individu, d’une production ou d’un diffuseur.

La période d’inscriptions en vue du 33e gala est maintenant terminée. Animée en solo par Jean-Philippe Wauthier, la soirée se tiendra le dimanche 16 septembre prochain, sur ICI Radio-Canada Télé. Les noms des finalistes seront dévoilés le 14 juin. Les jurys sélectionneront les lauréats au cours de l’été. Disons que District 31 se positionne drôlement bien pour le gala de l’automne.

DU HOCKEY DE PRINTEMPS SUR TOU.TV

Pas une seule fois, je n’ai pensé à Lance et compte en regardant les trois premiers épisodes de Demain des hommes, la nouvelle série de Guillaume Vigneault sur le hockey junior majeur (rebaptisé élite), disponible sur l’Extra d’ICI Tou.tv à partir de mercredi à 9h. Bien sûr, comme dans la série de Réjean Tremblay, les joueurs défient les couvre-feux et commettent des gaffes. Mais Demain des hommes, réalisée plus sobrement par Yves Christian Fournier, n’est pas une série d’action avec d’immenses punchs à la fin de chaque heure. L’œuvre de 10 épisodes s’attarde plutôt à la capacité d’adaptation des personnages, que ce soit celle de l’entraîneur Robert Dion (Normand D’Amour) aux méthodes plus douces de son nouveau bras droit, Stéphane Meunier (Émile Proulx-Cloutier). Ou celle des jeunes joueurs des Draveurs de Montferrand (ville fictive), au stress de la compétition et à leur passage à l’âge adulte.

J’ai beaucoup aimé Émile Proulx-Cloutier dans le rôle d’adjoint. Son personnage, le plus attachant du lot, devra composer avec l’arrivée de sa fille de 14 ans, qui refuse de suivre sa mère en Asie. Le médecin de l’équipe (Catherine de Léan) pourrait s’avérer un atout majeur dans cette vie de père monoparental.

En général, les jeunes jouent juste, autant sur la glace qu’à l’extérieur. On a fait un effort particulier pour rendre les scènes de hockey crédibles, et ça marche. L’arrivée du joueur russe Oleg Petrenko (Trevor Tave Momesso, fils de l’ancien Canadien, Sergio Momesso), qui semble ne pas manquer de moyens financiers, soulève l’intérêt de Roxanne (Sophie Nélisse), la fille du propriétaire des Draveurs. Le rôle le plus détestable est attribué à Joey Scarpellino, celui du joueur vedette Zach Walker, qui ne se prend pas pour de la m… depuis qu’il a été repêché par les Blues de St. Louis.

Parmi les plus jeunes, l’un des personnages les plus intéressants en est un secondaire, celui de Chloé Bouchard (Marianne Fortier), qui travaille à la cantine de l’aréna et développe un lien particulier avec le coach Dion, un être colérique que seule sa femme (Marie-Chantal Perron) réussit à tempérer.

La trame musicale, très présente, fait une belle part à Tire le coyote, à qui on doit entre autres le thème d’ouverture. L’animateur de radio Jean-Charles Lajoie fait ses débuts au jeu en analyste sportif, alors que son fils Pier Gabriel, que vous avez peut-être vu dans 30 vies ou comme mannequin entre autres pour Simons, joue un des personnages principaux, Maxime Richer, dont le cœur balance entre le hockey et la batterie. Comme les Canadiens ne font pas les séries, les gens d’ICI Tou.tv Extra comptent bien sur les amateurs pour se rabattre sur ses Draveurs.

EN TOUT CAS RENOUVELÉE À TVA

TVA a commandé 10 nouveaux épisodes de la comédie En tout cas, prévus pour l’hiver prochain. Guylaine Tremblay et Anne-Élisabeth Bossé reprennent donc leurs rôles de mère et fille, la première quittant son Abitibi pour retrouver sa fille à Montréal. Plusieurs ont comparé la série de Rafaële Germain à Lâcher prise, diffusée à la même heure sur ICI Radio-Canada Télé, aussi avec un duo mère-fille. Le public a toutefois été plus nombreux à suivre En tout cas, qui a enregistré une moyenne de 1047000 téléspectateurs, contre 892000 pour Lâcher prise, le lundi à 19h30.

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Télé et radio

Des croque-morts bien sympathiques

CHRONIQUE / On croit qu’ils sont de sinistres personnages, qu’ils passent leur vie au sous-sol, les stores fermés, et mènent une vie triste et austère. Le très divertissant docuréalité «Les croque-morts» vous les fera plutôt voir comme de bons vivants, pas du tout ennuyants, et capables de rire de la mort. Produite chez Pixcom, la série de 10 épisodes de 30 minutes est diffusée à partir du mercredi 2 mai à 20h sur la chaîne Moi et cie, qui adopte une nouvelle image dès ce printemps.

Le choix des protagonistes est toujours primordial dans ce genre de série, et celui des Croque-morts est particulièrement judicieux. Tous deux âgés de 35 ans, Louis-Simon Lamontagne et Maryse Proulx sont en couple depuis bientôt neuf ans, et parents de deux garçons de deux et trois ans. Thanatologue de quatrième génération à Saint-Félix-de-Valois dans Lanaudière, Lamontagne gère avec sa conjointe les résidences funéraires F. Thériault. Veillent au grain sa mère Francine, surnommée «la reine mère» de l’entreprise, et son père, Louis Lamontagne, avec qui il se «tiraille» régulièrement, pour emprunter le mot de Louis-Simon. Mais il règne dans cette famille une réelle unité, et on est loin du dysfonctionnel clan Fisher de Six pieds sous terre.

La vie de ces gens n’est pas celle qu’on croit, mais elle n’est pas pour autant banale. Déjà dans l’un des premiers plans, on voit Louis-Simon demander à l’intercom d’un garage si le lave-auto a la capacité d’accueillir son corbillard. L’image du plus jeune garçon dans son siège de bébé dans le corbillard, avec un cercueil (vide) à ses côtés, a quelque chose de surréaliste.

Louis-Simon Lamontagne pousse l’audace jusqu’à commanditer des soirées d’humour intitulées Mort de rire et à offrir comme prix d’un tournoi de golf non pas un voyage dans le sud, mais un cercueil! Pour une campagne de publicité à l’arrière des autobus, l’entreprise a adopté comme slogan: «Ne textez pas au volant car vous pourriez devenir notre client.» Vous voyez que ces gens-là ne se prennent pas trop au sérieux. Disons que leurs méthodes dérangent parfois les plus vieux dans le domaine.

Chacun des 10 épisodes nous les montrera dans leur vie de tous les jours, y compris dans cette pièce où ils doivent préparer les corps. Bien entendu, on a respecté les règles, obtenu les autorisations des familles et, soyez rassuré, brouillé toutes les parties des cadavres. On parle tout de même ici de vrais morts. Le couple pourrait suivre un certain rituel et garder le silence au cours des manipulations; il tient au contraire les conversations les plus banales sur le programme de la journée. C’en devient presque une partie de plaisir. Et heureusement, je dirais, parce qu’on risquerait d’avoir le haut-le-cœur à les voir vider les cadavres de leur sang pour le remplacer par une solution préservatrice. Opération que Louis-Simon Lamontagne compare à «un backwash de piscine». Juste pour vous donner un exemple de ce qui peut survenir, une petite fuite de tuyaux est survenue au premier épisode, de sorte que le sang a commencé à fuir.

Je n’aurais pas aimé être à la place des caméramans, qui eux, voyaient tout. Le réalisateur Simon Sachel (Barmaids, Homme cherche sérieux) parvient à bien traduire le mode de vie de ces personnages aussi ordinaires qu’extraordinaires. Jamais de mauvais goût, et on en montre juste assez. Drôle de hasard que cette série arrive à peine quelques jours après l’annonce d’Une autre histoire, la série dans laquelle Marina Orsini jouera une thanatopractrice. Au fait, si on les appelle croque-morts, c’est qu’on raconte que les embaumeurs de jadis devaient croquer l’orteil du défunt pour s’assurer qu’il était bien mort.

Sans doute dans une volonté de faire décoller ses parts de marché, qui collent à 0,5%, Moi et cie se donne un nouveau logo, abandonne son esperluette (&) et devient «la chaîne des histoires vraies», juste à temps pour sa programmation printemps-été, le 30 avril. Avec les succès de Je suis trans, Face à la rue et Tu ne m’as pas tuée, autant auprès des hommes que des femmes, on veut multiplier les séries de faits vécus. Déjà peu nombreuses, toutes les émissions de style de vie et de cuisine ont été évacuées de la grille.

Tous ceux qui ont suivi le docuréalité Face à la rue ne voient plus les sans-abri du même œil. Jean-Marie Lapointe entreprend la deuxième saison le mardi 1er mai à 21h avec Lucienne, dont le fils est décédé le 1er juin dernier alors qu’il vivait dans la rue à Mont­réal. Cette quête pour trouver des gens qui l’ont côtoyé dans les derniers jours de sa vie au Square Viger, donnent des moments extrêmement touchants, qui arrachent les larmes. Une série utile, formidablement construite, qu’il faut voir absolument. Moi et cie reprend aussi l’excellent documentaire en deux épisodes Pablo Escobar raconté par son fils, lancé sur le Club illico en décembre.

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LA VOIX ET LE BEAU TEMPS

Avec le beau temps comme compétiteur dimanche, La voix a perdu quelques plumes, attirant tout de même 1674000 téléspectateurs à TVA. Baisse aussi pour Tout le monde en parle sur ICI Radio-Canada Télé, avec 859 000. Jeudi dernier, 1315000 fidèles médusés ont assisté à la démente finale de District 31, qui a permis à la pièce The Way, du groupe Fastball, de revenir sur les palmarès de ventes, 20 ans après sa création. Vous avez été par ailleurs nombreux à me faire part de votre mécontentement de la fin de Virtuose, le diffuseur considérant «avoir fait le tour de la formule». De 499000 fidèles la première saison, la moyenne d’écoute avait baissé à 336000 la deuxième, puis à 286000 cette saison, le vendredi à 19h.