Richard Therrien

Nostalgie à dose quotidienne

CHRONIQUE / Nous sommes en 1957, dans un studio de conditionnement physique, tenu par un jeune homme qui semble à peine pubère, qui roule ses «r». Tout le monde dans le gym ne porte qu’un très petit maillot, genre Speedo, rien d’autre. Sauf le journaliste, Jean Ducharme, qui se lance: «Comment ça vous est venu l’idée de […] vous pomper tous ensemble?»

On croit avoir tout vu et entendu, mais ce n’est pas fini. «Le bench press a pour fonction d’ouvrir l’estomac», ajoute-t-il candidement. La caméra s’arrête ensuite sur un des «hommes forts» qui pédale dans le vide, chaussé de «souliers de fer», parce qu’«il a une jambe plus petite que l’autre».

L’extrait, tiré de l’émission Carrefour, est l’un des plus surréalistes — mais franchement drôles! — des dernières semaines, sur la page Facebook @ArchivesRadioCanada, un divertissement quotidien qui suscite la fascination. Radio-Canada dispose d’une voûte d’archives dont aucun autre diffuseur ne peut se vanter. Et heureusement, il nous en fait profiter chaque jour, sur son site, ici.radio-canada.ca/archives, et sur la page Facebook, active depuis 2014, qui regorge d’extraits savoureux, drôles, parfois plus dramatiques, la plupart du temps sérieux. Et souvent sans vedettes. L’arrivée du Commodore 64 y côtoie les recettes de Jehane Benoît et les dalots de L’heure des quilles.

Coordonnatrice du service à la clientèle et valorisation de la Médiathèque et archives de Radio-Canada, Amapola Alares constate que le vintage, tout ce qui est rétro, a la cote. Et contrairement à la croyance populaire qui veut que Radio-Canada ait sacrifié l’essentiel de son passé, la quantité d’images disponibles est pharaonique. «On a l’embarras du choix quand on veut mettre quelque chose en valeur», me dit-elle. Parmi ce qui titille le plus les amateurs : les vieux vox pop, les moments cultes de la télévision, les personnages jeunesse.

L’intention n’est pas de ridiculiser, mais de constater le décalage de certains propos, précise Amapola Alares. «Ça montre qu’on a changé, des fois pour le mieux, des fois pour le pire. Dans 30 ans, le look qu’on a aujourd’hui va faire autant rire que les anciens qu’on voit actuellement.»

L’une des vidéos les plus consultées, plus d’un million de fois, reprenait des images de la tempête du siècle. Mais pas besoin de chercher aussi loin : le record de visionnements revient à la fameuse vidéo de la palourde royale, tirée de l’émission Des kiwis et des hommes, classique des classiques dans la catégorie des fous rires. «C’est le moment culte. On a beau le revoir 10 fois, on trouve ça encore drôle.»

Chronique

«L'amour est dans le pré» et ses 14 bébés

CHRONIQUE / L’amourette entre Adamo et Alexandra, les gagnants d’«Occupation double Bali», est déjà chose du passé. Non, pour le véritable amour, il faut plutôt regarder du côté de «L’amour est dans le pré», qui ne fait pas les choses à moitié. Chaque année, on compile le nombre de bébés engendrés par les couples de l’émission, qui s’élève à 14 après six ans!

L’amour est dans le pré est l’émission la plus regardée en hiver à V. L’an dernier, elle a rallié 650 000 fidèles chaque semaine. Sachez que, des trois couples formés l’an dernier, deux ont tenu le coup: Gabriel et Clara, de même que Chloé et Olivier. Et ça s’annonce bien pour cette année, laisse entrevoir le producteur, Martin Métivier, chez Attraction Images. Toujours animée par Marie-Ève Janvier, l’émission sera désormais diffusée le jeudi à 21h, à partir du 18 janvier. Les habitués de l’émission seront en terrain connu; la formule est la même, d’année en année.

Le candidat qui risque de sortir du lot est Beauceron, Jean-Christophe, 25 ans, ancien footballeur du Vert et Or à l’Université de Sherbrooke, maintenant producteur maraîcher, de bovins et de porcs. Pas seulement par son physique, mais parce qu’il est le candidat parfait pour ce genre de téléréalité: sans filtre, drôle et franchement sympathique. Si le match n’a pas lieu, nul doute que plusieurs soupirantes l’attendront à la sortie.

Remarquez, les autres ne donnent pas leur place. Le plus jeune, William, a 21 ans, et vit encore avec ses parents. Producteur bio d’agneaux, de porcs et de grandes cultures à Saint-Gabriel-de-Rimouski, il vient d’une famille nombreuse et parle déjà d’avoir des enfants. Marco, 30 ans, spécialiste de l’épandage de fumier de Sainte-Martine en Montérégie, est fou de country et de tir au pigeon d’argile. L’aîné, Maxime, 33 ans, est producteur de bovins en Abitibi, et Simon, producteur laitier de 24 ans, vient de Granby.

Au moment où Marco rencontre ses cinq soupirantes, vous aurez un exemple parfait de courant qui ne passe pas à la première rencontre. Parmi les filles qui se présentent à eux, une attire particulièrement l’attention au premier épisode: Aimélie, oui, oui, Aimélie, une infirmière de Brossard, la plus expressive et entreprenante du groupe, qui déteste cuisiner. «Tu joues au hockey? J’peux-tu te marier tout de suite?» demande-t-elle à Marco. Elle pourrait se révéler la fauteuse de troubles du groupe. Cela dit, on n’est pas à Occupation double, ne vous attendez pas à du crêpage de chignon, prévient le producteur. Par contre, au moins un des couples vivra un voyage dans le sud plutôt tumultueux en fin de saison.

Vous remarquerez qu’aucune fille n’apparaît parmi les agriculteurs. C’est qu’aucune n’a su se démarquer durant la sélection. À quand un candidat de la communauté LGBT? Ça a failli avoir lieu l’an dernier, et il n’est pas du tout exclu que ce soit le cas dans une prochaine saison.

Arts et spectacles

Véro telle qu’on l’aime

Elle avait besoin d’une émission rassembleuse, au concept qui tient en quelques mots, pour faire oublier les déboires de Votre beau programme. Ça s’annonce plutôt bien pour 1res fois, la nouveauté de Véronique Cloutier, dont j’ai vu le premier épisode, diffusé le jeudi 18 janvier prochain à 20 h sur ICI Radio-Canada Télé.

Il faut dire que les deux invités de la première, Hélène Bourgeois-Leclerc et Pierre-Yves Lord, livrent la marchandise et affichent d’irrésistibles réactions. Comme chaque semaine, Véro invite ses invités à faire un retour dans le temps pour leur rappeler leurs premières fois, par des objets, des photos, et surtout des gens de leur passé, qu’ils n’ont parfois jamais revus depuis.

Le meilleur segment de cette première : les images de l’arrivée du petit Pierre-Yves Lord au Québec, qu’il n’avait encore jamais vues, et qui dormaient au fond d’un sous-sol. Très touchant de voir ses parents raconter son adoption en Haïti. Et le petit PY est craquant. Très drôle aussi d’entendre des extraits de cassettes qu’enregistrait Pierre-Yves, enfant, pour draguer les filles.

Hélène Bourgeois-Leclerc revoit son premier kick avec qui elle avait dansé un slow, « le plus beau gars de l’école ». Et elle s’excuse à genoux devant le comédien Martin Laroche, qu’elle avait largué en plein bal des finissants pour se sauver avec un autre. Jamais de malaises, que des retrouvailles réjouissantes et surprenantes. Pas de temps mort non plus, on enregistre deux heures pour ne conserver que le meilleur.

L’émission, conçue par Pierre-Louis Laberge, est produite par KOTV et Notre Compagnie de Production. Les invités doivent être capables d’autodérision, d’humilité et d’abandon, affirme Véronique Cloutier, à son meilleur à l’animation, sans jamais prendre trop de place. Quatre émissions ont déjà été enregistrées avec Pierre Hébert, Ricardo Larrivée, Mariloup Wolfe, Christian Bégin, Julie Perreault, Rémi-Pierre Paquin, Marina Orsini et José Gaudet. Pierre Hébert n’a pas eu le choix d’avouer un secret à Phil Roy, qu’il lui cachait depuis longtemps. Sa réaction sera explosive.

Il y aura beaucoup de trafic le jeudi soir dans notre télé. Avant 1res fois, à 19 h 30, TVA enverra Face au mur avec Maripier Morin, et V, l’hebdomadaire en direct de Danser pour gagner. Les trois émissions de variétés risquent de se faire une compétition féroce.

Télé et radio

SNL: oui pour la livraison, moins pour les textes

CHRONIQUE / On voulait faire revivre la formule, le temps d'un soir, question de voir si un retour plus régulier serait souhaitable. Mais «Le SNL de Magalie Lépine-Blondeau», diffusé sur ICI Radio-Canada Télé samedi soir, ne m'a convaincu qu'à moitié. Comme à Télé-Québec, la livraison y était, mais les textes, trop souvent décevants.

Disons tout de suite que Magalie Lépine-Blondeau, qui ne fait pas de «stand up» dans la vie, a su exploiter à merveille son potentiel comique. «C'est bien connu, je suis un feu roulant de rigolade. Dans le milieu, on m'appelle la petite Poune», a-t-elle ironisé au sujet des nombreux drames de ses personnages. Elle a été ovationnée dès son monologue d'ouverture par un public heureux de la voir dans ce contexte très différent. Pourquoi l'avoir choisie, elle? «Le facteur Éric Salvail ouvre bien des portes. Il travaillait pour 10.» Là où elle a été la meilleure, c'est dans ce sketch emprunté à la formule originale, en fille qui aime beaucoup trop les surprises-parties, jouée aux États-Unis par Kristen Wiig. L'actrice, d'un enthousiasme débordant, y était particulièrement drôle.

Par-dessus tout, mon sketch préféré reste celui du numéro musical de Léane Labrèche-Dor, qui chante, désespérée: «Chu pas abonnée à Netflix!» Avec Pier-Luc Funk, vêtu d'un léotard, qui danse avec un ruban. Le moment fort de Virginie Fortin: l'imitation de sa collègue de Code F. Mariana Mazza, qui répète «vagin» aux trois mots. Parfaite dans la gestuelle et dans le ton de voix. C'était dans un sketch de magazine de cinéma, un prétexte pour évoquer les dénonciations de harcèlement. SNL ne s'est pas déguisé en Bye Bye, quoique certains sketchs revenaient sur des sujets de la dernière année, comme celui-là et un autre sur les déboires du Canadien.

Un des gags bien sentis qui a marché le plus dans l'assistance, déjà hilare, a été celui-ci de Guillaume Girard dans Les Nouvelles SNL, sur la séparation d'Adamo et Alexandra d'Occupation double: «Cette nouvelle s'ajoute à la longue liste de nouvelles récentes dont je me câlisse!» On sentait le ras-le-bol dans la livraison de l'acteur et dans la réception du public.

On va se le dire, c'est toujours risqué de s'aventurer dans les blagues de caca. SNL a eu son segment scato, avec le sketch pas très drôle sur les toilettes trop proches de la salle à manger. Puis, cette infopub de papier de toilette pour blanchir «l'anu», plus réussi, surtout grâce à ses interprètes, Virginie Fortin et Magalie Lépine-Blondeau. Aussi dans la catégorie «mal de cœur», on allait ramener la famille Loiseau, du SNL original, qui mastique la nourriture avant de la recracher dans la bouche de l'autre, cette fois à l'épicerie. Moins drôle que la première fois et trop long.

D'autres sketchs n'étaient pas mauvais, comme celui de Phil Roy en génie malcommode qui sort de la lampe. Ceux qui attendaient Katherine Levac, une des meilleures de la troupe de SNL Québec, ont été déçus. L'humoriste n'a eu que deux courtes apparitions sur vidéo, ramenant brièvement Paidge Beaulieu, son personnage légendaire, dans Les Nouvelles SNL. Personnellement, sa présence m'a beaucoup manqué samedi. En prestation deux fois plutôt qu'une, Daniel Bélanger n'a pas déçu, comme toujours.

Si le diffuseur souhaite ramener une édition régulière de SNL, il faudra «repimper» l'équipe d'auteurs. Parce qu'il y a certainement de la place pour ce type de variétés d'humour dans notre télé, mais pas avec des textes aussi quelconques. On en revient toujours à ça.

Pour commenter, rendez-vous sur ma page Facebook.

Suivez-moi sur Twitter.

Consultez QuiJoueQui.com.