Télé et radio

Tout le monde aime? Pas tellement

CHRONIQUE / On attendait beaucoup de «Tout le monde aime», qui marque le grand retour de Sonia Benezra à la télévision. Mais cette nouvelle émission de variétés manque résolument de magie. La première, dimanche à TVA, m’a tout simplement déçu.

Tout le monde aime souffrira forcément de la comparaison avec En direct de l’univers. Là où l’émission de France Beaudoin surprend, émeut, explose, Tout le monde aime ne crée pas grand frisson. On tente pourtant de nous faire pleurer en permettant à des fans de rencontrer leur idole en tête à tête, mais c’est peine perdue.

Télé et radio

Quatre chefs et un drôle de spectateur

CHRONIQUE / Des chefs de partis – oui, oui, et une co-porte-parole – n'avaient jamais autant débattu à la télé pour des élections provinciales. Après trois débats, ils ont lancé la 15e saison de «Tout le monde en parle», côte à côte durant deux segments d'entrevues, une première sur le plateau de Guy A. Un dernier match politique qu'on aurait souhaité plus vigoureux, et la présence d'un spectateur qui n'est pas passée inaperçue!

Les chefs étaient particulièrement disciplinés, ne s'interrompant pratiquement jamais, ou si timidement. Entre la cacophonie et les monologues séparés, il devrait y avoir un juste milieu. Faut dire que Guy A. a menacé les chefs de faire jouer Chante la la la de René Simard s'ils parlaient tous en même temps. Chacun des quatre a eu droit à sa «question qui tue», mais celles-ci ne tuaient pas autant qu'elles auraient dû. Jean-François Lisée avait brisé le matin même l'embargo imposé aux invités et au public en studio, mais c'était pour bien peu. L'extrait qu'il craignait voir disparaître au montage, impliquant François Legault et le bilan environnemental de la CAQ, ne nous apprenait rien.

Sur Twitter, Guy A. Lepage a reconnu avoir retranché les passages sur les cadres financiers, «trop de chiffres, cacophonique», a-t-il écrit, et sur la culture, «malheureusement trop peu maitrisé par les chefs selon nous». L'émission a été enregistrée vendredi plutôt que jeudi, afin de permettre aux chefs de participer au Face à face de TVA.

Manon Massé, dont le langage corporel était très révélateur dimanche, a sourcillé en entendant Couillard dire que son gouvernement avait été exemplaire en matière d'environnement. Même étonnement quand Jean-François Lisée disait avoir rétabli la réputation de son parti dans le même dossier. Le seul moment où le ton a vraiment monté, c'est quand Lisée s'est attaqué à Legault sur le dossier de l'éducation. «Le plus grave danger pour l'éducation, c'est si M. Legault est élu premier ministre», a-t-il envoyé à son rival, qui rigolait avec Philippe Couillard comme s'il venait de commettre un mauvais coup. François Legault a par ailleurs réitéré son appui au troisième lien.

Dany Turcotte a invité les chefs à lire une carte gentille à l'égard d'un de leurs adversaires. Ainsi, M. Couillard a lu celle-ci: «Après Ricardo et Jean-Claude Apollo, mon chef préféré, c'est François Legault.» Puis, Jean-François Lisée a conclu avec: «Le 1er octobre, on dit oui à Québec solidaire, pour qu'enfin, ce soit Manon qui pèse su'l piton.» Seul François Legault a changé sa carte, remplaçant le nom de Philippe Couillard par le sien. «Ça démontre un trait de caractère», a souligné le fou du roi.

J'aurais presque envie de décerner l'étoile du match au spectateur qui a «crashé» l'entrevue avec Louis-José Houde. Une autre première à Tout le monde en parle pour ce fan pas gêné, qui a presque volé le show, intervenant à plusieurs reprises avec des gags. «Aimerais-tu qu'on le sorte?» a demandé Dany Turcotte à un Louis-José médusé, puis mort de rire. «C'est plus stressant lui que de se faire interviewer par Paul Arcand. [...] Lui, il pose les vraies questions!» a lancé l'animateur du 40e Gala de l'ADISQ. Anormalement calme en début d'entrevue, il l'a conclue en feu, en proposant de créer un verbe sur mesure pour le footballeur, médecin et «héros» Laurent Duvernay-Tardif. «Il gosse des bols avec ses mains, il joue dans la NFL […] avec sa barbe charismatique. Moi, j'écris deux jokes, faut que je fasse une sieste!» Faites donc une phrase avec « laurentduverner », dans le sens de «pour faire avancer».

C'est à Paul Arcand que je décerne l'étoile, pour son entrevue intéressante et franche du début à la fin. Aucun des chefs politiques ne s'est d'ailleurs risqué à rester sur le plateau à l'arrivée de l'animateur du 98,5. «Je ne le prends pas personnel», a blagué M. Arcand, qui a reçu son premier Gémeaux dimanche dernier pour Conversation secrète. L'émission de TVA reviendra de façon événementielle. Si Éric Salvail se décide, Paul Arcand est bien sûr prêt à le recevoir. Approché par l'équipe, Guy Cloutier a décliné.

Au sujet des animateurs et commentateurs obligés de choisir entre Cogeco et Québecor, comme Mario Dumont et Luc Lavoie, il exprime son malaise et son désaccord. «Quand tu forces les gens à choisir, moi j'aime pas ça», a-t-il répondu. La carte de Dany: «Ceci est une conversation secrète. Parles-en surtout pas à Guy A., mais pour mener des entrevues, c'est toi mon préféré.»

C'est parce qu'elle trouve qu'on banalise le phénomène que Pénélope McQuade a voulu faire le documentaire Troller les trolls, avec le cinéaste Hugo Latulippe et diffusé à Télé-Québec le 3 octobre. «Je crains pour la sécurité, la toxicité et le bien-être collectif», affirme l'animatrice des Échangistes. «Il y a une limite à tolérer la haine», a renchéri Paul Arcand. La police n'est hélas pas habilitée à traiter toutes les plaintes, selon Pénélope. Il y a des exceptions: Dalila Awada a poursuivi le blogueur Philippe Magnan, condamné à lui verser 60 000$ pour des propos orduriers, qui donnent la nausée tant ils sont violents.

«Ça traîne», déplore Pénélope au sujet du dossier Gilbert Rozon. L'animatrice pense que notre système de justice n'est pas adéquat pour traiter les crimes sexuels, et salue la proposition de Véronique Hivon de créer un tribunal spécial pour les violences sexuelles et conjugales.

La cinéaste Sophie Dupuis, dont le film Chien de garde représentera le Canada dans la course au meilleur film en langue étrangère aux Oscars, trouve à la fois flatteur que son film soit comparé à Mommy de Xavier Dolan, et à la fois «un peu réducteur d'être la numéro deux de quelqu'un». Si Chien de garde est sélectionné, elle sera la première femme réalisatrice québécoise à voir son film nommé aux Oscars. Tout le plateau n'avait que de bons mots pour ce film anxiogène, dont on a trop peu parlé.

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RICHARD THERRIEN

Mais qu'avait mangé Lisée?

BLOGUE / Comment, en quelques heures, Jean-François Lisée a-t-il pu changer au point de bousiller d'aussi spectaculaire façon le début d'un débat des chefs, en s'obstinant à dévier du thème de la santé pour confronter Manon Massé sur l'identité du véritable chef de Québec solidaire? À un point tel que Pierre Bruneau a failli virer au violet. À peu près tout le monde s'entendait pour vanter la campagne de Lisée jusqu'ici, même si ça ne se traduit pas dans les sondages. Voilà un comportement qui risque toutefois de nuire à son parti, déjà en perte de vitesse.

«J'viens de me faire voler du temps en torieux!», s'est étonnée Manon Massé, incrédule devant l'insistance du chef du Parti québécois.

Les règles de ce face-à-face diffusé à TVA et LCN jeudi soir étaient encore plus complexes que celles de XOXO. À un moment donné, on ne savait plus qui débattait contre qui, et Pierre Bruneau a dû le rappeler plusieurs fois aux chefs, comme si cela était évident, alors que ce ne l'était plus du tout.

On a vu hier à quel point l'idée du chrono des deux précédents débats, français et anglais, était une bonne initiative, qui aurait dû être reprise par TVA. On a longtemps reproché à la formule du débat des chefs de Radio-Canada d'être statique et ennuyante. Cette formule de face-à-face à TVA était au contraire beaucoup plus contraignante et ne permettait pas de réel débat. Encore plus qu'il y a quatre ans, on avait l'impression que Pierre Bruneau a passé sa soirée à interrompre les chefs pour les empêcher de finir leurs phrases. On a dépoussiéré la formule pour la dynamiser; on a seulement réussi à complexifier les échanges.

S'il fallait déclarer un vainqueur, Manon Massé est celle qui a le mieux exprimé ses idées, calmement, perdant rarement son sourire, ne se laissant jamais déstabiliser par les batailles auxquelles se livraient ses adversaires. Philippe Couillard et François Legault ont été meilleurs qu'au premier débat en français, plus proactifs. On a eu l'impression que Legault avait été prévenu de sourire davantage, tant ses rictus paraissaient forcés. Encore une fois, répéter les mêmes formules trois ou quatre fois, comme il l'a fait avec l'expulsion du Parti libéral, ne fait que diminuer leur effet.

La dernière demi-heure du débat, sur l'économie et les finances publiques, a finalement été la moins chaotique et la plus cohérente. Il était cependant bien tard. «Je dois vous féliciter, vous avez été étonnamment disciplinés ce soir», leur a envoyé Pierre Bruneau en fin de soirée. Conclusion un peu surréaliste pour un débat aussi décousu et brouillon.

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Télé et radio

De garde 180 jours

CHRONIQUE / Tout le monde a une opinion sur la compétence des professeurs, sur l’état de nos écoles, sur ce qu’on devrait enseigner. Mais combien d’entre nous avons un réel portrait de ce qui s’y passe au jour le jour, des conditions dans lesquelles les profs doivent enseigner? La série documentaire «180 jours» risque d’avoir sur vous le même effet que «De garde 24/7», si vous avez suivi cette excellente série à Télé-­Québec, au point de changer considérablement votre vision du milieu scolaire.

Diffusée à partir de jeudi à 20h sur la même chaîne, la série de 12 épisodes, de la même équipe de production que De garde 24/7 chez Avanti, s’étend sur les 180 jours d’une année scolaire, de la rentrée au bal des finissants, à l’école secondaire Gérard-Filion à Longueuil. Dans cette première polyvalente au Québec, les élèves, de 65 nationalités différentes, proviennent souvent de milieu défavorisé. Le taux de décrochage y est élevé. De façon extrêmement sensible et respectueuse, la réalisatrice Mélissa Beaudet nous permet vraiment de saisir l’intensité de ce qui se vit dans une école chaque jour.

Comme d’autres problématiques scolaires, l’intimidation est l’un des sujets les plus sensibles. Et pas seulement celle qui se passe à l’intérieur des murs, mais aussi après les classes, notamment sur les réseaux sociaux, terreau fertile d’intimidation. Quand une élève reçoit des messages tels que «grosse pute, tu devrais pas vivre» et «fais-toi frapper par une voiture», l’école n’a pas le choix d’intervenir, de concert avec la police. Même collaboration quand un souteneur s’introduit dans la cour pour recruter des jeunes filles. Déjà dans les premiers jours, une altercation survient dans le couloir; un élève vient de dire à une autre de «niquer» sa mère. Un conflit que doit régler avec le plus grand tact une des directrices adjointes.

Imaginez, en cette rentrée, plusieurs postes de professeurs n’ont pas encore été comblés. Un enseignant engagé il y a à peine deux semaines doit à son tour former un suppléant. C’est si récent que, dans les documents remis aux élèves, Hugo Ladéroute n’est pas identifié. «Le pas de nom, c’est moi!» dit-il aux élèves qui cherchent leur classe de français. Attendez de voir la prof d’ECR (éthique et culture religieuse). Avec elle, la matière devient soudainement intéressante.

J’ai été particulièrement touché par la classe de Celso C. Leduc, composée d’élèves aux prises avec des troubles de communication. Une scène du cinquième épisode, particulièrement émouvante, montre ces élèves exprimer toute leur reconnaissance envers leur professeur et leurs camarades, avant le congé des Fêtes. Une démonstration éloquente de ce que peut changer l’école dans les vies d’enfants au bord de décrocher.

J’ai eu un coup de cœur pour la directrice, Sylvie Dupuis, elle-même une ancienne élève de Gérard-Filion. Humaine, attachante, investie. Les directeurs d’école peuvent passer pour des durs, c’est tout le contraire pour Sylvie Dupuis, qu’on sent tout à fait sincère dans ses rapports avec le personnel et les élèves.

Ce n’est pas vrai que les jeunes n’ont pas d’opinion, qu’ils n’ont rien à dire. Et ce, même si personne ne lève la main quand le prof demande qui connaît Michel Tremblay. Fred Pellerin? Deux mains se lèvent. Rachid Badouri? Tout le monde le connaît. Bien que certains visages soient brouillés dans les situations les plus délicates, la majorité des élèves se montrent à la caméra. Sachez qu’il a fallu expédier par la poste 1500 demandes de consentement aux parents afin d’y arriver, un travail titanesque.

C’est fou comme plusieurs séries offertes sur nos chaînes cet automne réveillent en nous tant d’admiration. Pendant que la téléréalité célèbre l’insignifiance, il y a au moins les Infractions, Classe à part, Pinel : au cœur de la maladie mentale, L’unité des naissances et 180 jours qui nous font voir le travail essentiel d’une multitude d’individus, motivés par le cœur et le dévouement. De la télé qui fait du bien, dont notre monde a cruellement besoin.

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Les quatre chefs chez Guy A.

Philippe Couillard, François Legault, Jean-François Lisée et Manon Massé seront de la première de Tout le monde en parle, dimanche à 20h sur ICI Radio-Canada Télé. Pour leur permettre de participer au Face à face Québec 2018 à TVA jeudi soir, l’émission sera exceptionnellement enregistrée vendredi. Aussi sur le plateau de Guy A. Lepage et Dany Turcotte : Louis-José Houde pour le Gala de l’ADISQ, Paul Arcand, qui a reçu un Gémeaux pour Conversation secrète, de même que Pénélope McQuade et Hugo Latulipe pour le documentaire Troller les trolls.