Chronique

Le pire de la télé en 2017

CHRONIQUE / Il y a du bon et du pas mal moins bon sur notre petit écran. Pour une septième année, permettez-moi de décerner mes prix Roger à ce qui s’est fait de pire en télévision en 2017. Des prix librement inspirés des Gérard de la télévision sur Paris Première en France et nommés ainsi en l’honneur de Roger Giguère des «Tannants». Le seul moment de l’année où je me permets quelques petites méchancetés, toujours envoyées avec humour. Et les Roger sont décernés à…

› L’émission de 2017 dont on souhaite le moins le retour

Sur-Vie. Dieu merci, la série ne survivra pas au jeu si naturel de Pamela Anderson.

› Le prix «Noir sur blanc» du scoop raté

Le reportage sur la mosquée à TVA. Pas de contrat? On s’en invente un!

› Le prix «Avez-vous crié? Avez-vous sacré?»

Le reportage sur Gilbert Sicotte à Radio-Canada. Pas de scandale? On s’en invente un!

› Le prix «Eille, j’ai un diplôme en psychologie»

L’insupportable Joanie à Occupation double. Teinture en vente nulle part. On lui donnera un talk-show dans six mois.

Télé et radio

Un Bye Bye 2017 réussi

CHRONIQUE / Tout le monde a son avis sur la question, mais dans mon livre à moi, on peut certainement parler d’un Bye Bye 2017 réussi. Beaucoup de bons moments dans cette revue humoristique d’ICI Radio-Canada Télé, dans laquelle Anne Dorval et Marc Labrèche se sont particulièrement illustrés, volant très souvent la vedette.

Dans mon palmarès, le sketch «Passe-Partrump» arrive tout en haut. Qui aurait pensé mixer Donald Trump et Passe-Partout, et entendre Kim Jong-un (excellente Anne Dorval) chanter «Mes ministres gigotent, mes ministres barbotent» sur l’air des Poissons, de la célèbre émission pour enfants? Et pour finir, Grand-Papa Bi maintenant transgenre, qu’on doit appeler Grand-Maman Barbra.

Autre sketch réussi, celui de «Chassons avec Luc Lavoie», où le commentateur de LCN, personnifié par Pierre Brassard, prodigue ses trucs pour chasser le séparatiste et qui recueille l’urine de Lise Payette pour attirer ses proies. La meilleure portion du bulletin «TAV Nouvelles» concernait le dossier de Radio-Canada sur Gilbert Sicotte, avec l’acteur qui subit un interrogatoire exagérément serré. «On l’a, nous aussi, notre scoop d’abus à Radio-Canada!» s’exclame le reporter. Plus acide que l’allusion à la bévue de TVA sur la mosquée. Brassard était parfait en Pierre Bruneau.

Très bon clin d’œil, ces Migrants Games au Stade olympique, avec les épreuves du 100 mètres douaniers et du lancer du préjugé. «En sortant d’ici, tu vas réaliser que t’aurais pas dû faire “Occupation doune”», disait la chanson de la très bonne parodie d’OD, avec une Jowanie (fabuleuse Véronique Claveau) complètement débile, au rire démoniaque, qui complote contre Sansdick, Karigne, Neurone, Karoube et les autres. Marc Labrèche a excellé en Jai du Temps, tout comme il a été très bon en Mélanie Djoly, dans «La spécialiste», présenté par Mietflix.

Cet automne de dénonciations a bien sûr fait l’objet de quelques sketches. Dans un segment beaucoup moins sévère que son numéro d’Info, sexe et mensonges, Marc Labrèche a repris Éric Salvail, qui montre son pénis à volonté, chez Salvail & Couilles. Inspiré du clown tueur de Ça, le sketch de Rozon dans les égouts, qui offre ses services à une femme qui perd ses clés, était moins percutant.

Anne Dorval a aussi ébloui en Giovanni/Jean-Claude, dans l’excellente parodie «Apollo dans l’sirop». «Despacito ne jouera pas dans le Bye Bye c’t’année», a promis Simon-Olivier Fecteau, en interrompant un sketch. Eh bien oui, la «toune de marde» a joué, avec l’apport d’Adib Alkhalidey et Joey Scarpellino. La parodie de District 31, «District 30 & 1», était moins drôle que celle de Votre beau programme, mais Anne Dorval était formidable en Hélène Bourgeois Leclerc.

Marc Labrèche, dont la Céline a fait fureur à Info, sexe et mensonges, l’a reprise pour cette parodie très drôle d’un shooting photo pour Vogue, où la diva arbore différents looks extravagants et mange des frites avec la main de René. Bonheur aussi quand Anne Dorval a fait une apparition express dans le sketch sur «L’Ameute», avec son personnage de pub de voitures, qui avait fait fureur l’an dernier.

Beaucoup ri de la bande de dégénérés de «La chambre froide», avec un Guy Carbonneau muet comme une carpe. Même dans les sketches plus faibles, Anne Dorval sauvait souvent la mise, comme son imitation d’Anne-France Goldwater dans «Gégnial!», parodie ordinaire de l’émission de Stéphane Bellavance. Plutôt convenu, le sketch de la boutique de pot n’était pas non plus le meilleur, mais au final, pas de moment vraiment raté dans ce très bon Bye Bye.

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Télé et radio

L’humour efficace d’«Ouvrez les guillemets»

CHRONIQUE / Le concept m’apparaissait un peu abstrait. Mais il suffit de voir les premières minutes d’«Ouvrez les guillemets» pour comprendre où on s’en va. La nouveauté de François Morency, diffusée à partir du vendredi 12 janvier à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, constitue certainement une des belles surprises de l’hiver. Même que la demi-heure passe très vite.

Je craignais la redite, avec Rétroviseur, l’émission de Véronique Cloutier qui confronte des vedettes à d’anciennes citations d’entrevues. Mais on est ailleurs avec Ouvrez les guillemets, où tout est prétexte à l’humour. Pas question de faire brailler les artistes, promet François Morency. On sort des paroles, des titres, des citations, existantes ou qu’on crée de toutes pièces, et on en rit.

Produite chez Attraction Images, Ouvrez les guillemets réunit tout ce que François Morency aime le plus : le stand-up, l’impro et l’entrevue. L’émission en est une de performance, où chaque personne, y compris l’invité, doit se surpasser pour faire rire. Ça ne réussit pas toujours, mais bien souvent. Au final, un seul segment est consacré aux citations passées de la personnalité invitée, les autres étant des manchettes de journaux, des titres de livres, des répliques de cinéma, des perles des réseaux sociaux.

Chaque émission suit un thème précis. Morency est assisté de deux comédiens-humoristes et d’une personnalité invitée. L’émission est divisée en trois segments, le second étant toujours consacré à l’invité de la semaine. Celui-ci doit compléter des citations d’entrevues accordées à des journaux et des magazines, mais aussi des paroles de chansons de son répertoire, s’il s’agit d’un chanteur. Morency propose des choix de réponses loufoques. André Robitaille, Mélissa Désormeaux-­Poulin, Patrice L’Écuyer ne sont que quelques-uns des 12 artistes à s’être prêtés à l’exercice.

Dans la première, sur l’information, Pierre Hébert et Anaïs Favron sont les collaborateurs et Jean-François Breau, l’invité. La seconde émission, sur l’enfance, est encore meilleure, avec un duo Pier-Luc Funk et Rémi-Pierre Paquin fort efficace. François Morency commence avec des titres de livres jeunesse plus que douteux, mais bien réels, dont Noune, l’enfant de la Préhistoire et Mettre son doigt dans le derrière du chat. Certains jeux peuvent faire penser à Piment fort. La pire chose à dire dans une pub de jouets? «La poupée Occupation double : quand on tire sur la corde, elle dit : “Si j’aurais!”»

Comme il l’avait fait du temps du Poing J et de Merci bonsoir, Morency donne la parole aux enfants, leur demandant de donner leur signification de proverbes ou encore d’identifier des hommes politiques. L’invitée, Bianca Gervais, admet ne pas avoir de filtre et regretter certaines de ses paroles. Elle reconnaît avoir menti à quelques reprises, soit pour décrocher un rôle ou tout simplement pour se rendre intéressante.

J’ai ri beaucoup plus en une émission d’Ouvrez les guillemets qu’en trois demi-heures de l’émission Les magnifiques, qui la suivra dans la grille le vendredi soir. 

Mais je n’ai jamais autant ri que les spectateurs en studio, qui se bidonnent presque trop. Beaucoup aimé le segment intitulé «la conférence de presse», où l’animateur et ses deux collaborateurs de la semaine doivent deviner des noms de personnalités. Pier-Luc Funk n’a qu’à parler de ses cheveux de façon un peu hautaine pour que les deux autres devinent qu’il parle de Xavier Dolan. Pour compléter le groupe de collaborateurs : Mehdi Bousaidan, Édith Cochrane, Tammy Verge, Philippe Laprise, Joëlle Paré-Beaulieu et Antoine Vézina. Une 13e émission réunira des moments inédits de la saison.

À peu près tout est scripté, comme à Piment fort, même si la livraison des gags paraît improvisée. Et on tourne deux fois plus pour garder le meilleur. Chaque émission se conclut par l’intronisation au Temple de la renommée d’une citation mémorable. Éric Duhaime est le premier «honoré» pour son fameux «mieux vaut de la mauvaise information que pas d’information pantoute», cité à volonté par la bande de La soirée est (encore) jeune.

Alors que d’autres de sa génération ont du mal à adapter leur humour aux nouvelles réalités, François Morency reste dans le coup. À preuve, son dernier Gala Les Olivier, sur la coche du début à la fin, vu par 1,5 million de téléspectateurs, et conçu par la même équipe, avec qui il travaille sur Ouvrez les guillemets et avant, pour ses galas hommage Juste pour rire. Malgré tout, Morency a décidé de passer son tour pour l’animation des Olivier l’an prochain. Assez les controverses! Il prend une pause des galas pour quelques années, préférant se consacrer à cette nouvelle émission et à une série créée à partir de son livre, Discussions avec mes parents, qu’il développe avec Radio-Canada.

Télé et radio

Hubert et Fanny: le règne de la beauté

CHRONIQUE / Beau comme un dieu et célibataire qui ne veut pas s’engager, Hubert Morin collectionne les conquêtes. Fanny Desjardins, elle, envisage d’avoir un enfant avec l’homme qui partage sa vie depuis sept ans. La rencontre de ces deux êtres, dans des circonstances tragiques, va tout changer.

C’est la prémisse d’Hubert et Fanny, un drame romantique signé Richard Blaimert (Nouvelle adresse), que diffusera ICI Radio-Canada Télé à partir du mardi 9 janvier à 21h, dans l’ancienne case de Mémoires vives. Mariloup Wolfe réalise 9 des 12 épisodes, et Richard Blaimert, les trois autres.

Hubert (Thomas Beaudoin), qui gagne sa vie comme tatoueur après des échecs en restauration, est beau et il le sait. Partout où il passe, les femmes se retournent, éblouies par sa beauté. Toutes les occasions de baise sont bonnes, y compris lorsqu’il accompagne son coloc à l’urgence de l’hôpital. Mais pour l’engagement, pas question. «Qui dit qu’on a besoin d’être en couple pour être heureux?» demande-t-il.

Travailleuse sociale très investie, Fanny (Mylène St-Sauveur) mène la vie que plusieurs femmes lui envieraient, avec un chum fin et intelligent, Guillaume (Mickaël Gouin). Plus qu’un amour ordinaire, une vraie belle complicité unit ce duo. Le destin fait qu’Hubert et Fanny se retrouvent ensemble sur les lieux d’un hold-up qui tourne mal dans une caisse populaire. Le prince charmant protecteur fait tout de suite son effet auprès de la douce éplorée. Les deux en sortent ébranlés et changés à jamais, attirés l’un vers l’autre de manière incontrôlable.