Absolument hypnotisante par son étrangeté, Marjorie Diehl-Armstrong parvenait à entrer dans la tête de ses conjoints, les manipulant odieusement. Plusieurs hommes qui ont partagé sa vie sont morts mystérieusement.

Vol de banque et corps congelé

CHRONIQUE / Nous sommes en août 2003 dans la ville d’Érié en Pennsylvanie. Un livreur de pizza commet un vol de banque. Intercepté par la police à sa sortie, Brian Wells prétend avoir sous ses vêtements une bombe, prête à sauter. La suite est l’une des histoires les plus étranges et les plus sordides que vous aurez entendues. Triste aussi, mais bien réelle et parfaite pour une série documentaire captivante.

J’ai dévoré en une soirée les quatre épisodes de Génie du mal: La vraie histoire du plus diabolique vol de banque d’Amérique (Evil Genius), disponibles en français et en anglais sur Netflix depuis une semaine. Du calibre des grandes séries documentaires du service de vidéo en ligne, qui vous tient sur le bout de votre fauteuil. Il faut dire qu’il y a tout dans cette histoire abracadabrante pour «accoter» les meilleurs polars. Je me demande quel auteur aurait été assez tordu pour inventer une affaire pareille. J’aurais été le premier à tourner en ridicule son imagination trop fertile et l’invraisemblance de son scénario.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, les premières secondes nous emmènent complètement ailleurs, ouvrant sur l’histoire d’une femme au destin singulier, d’une grande beauté, mais isolée durant sa jeunesse. On comprend dès lors que ce personnage aura une importance capitale dans l’histoire qu’on s’apprête à découvrir. Et on ne se trompe pas. Cette femme manipulatrice, Marjorie Diehl-Armstrong, Marge pour les intimes, est absolument hypnotisante par son étrangeté.

De séduisante femme durant sa jeunesse, Diehl-Armstrong se métamorphose et devient un hideux personnage à faire peur. Accumulatrice compulsive, elle parvenait à entrer dans la tête de ses conjoints, les manipulant odieusement. Plusieurs hommes qui ont partagé sa vie sont morts mystérieusement. Le titre du second épisode est sans équivoque : Le corps congelé. Le seul qui l’ait aimée et qui ne soit pas mort par sa faute s’appelle Bill Rothstein, qui deviendra un des principaux suspects dans cette affaire. Un être tordu, oui, mais qu’on trouve presque sympathique.

L’appât du gain joue un rôle primordial dans le déroulement de l’histoire. En plus des témoignages du documentariste, la série repose beaucoup sur des images d’interrogatoires avec les suspects. Enquêteurs de police, tout aussi médusés que nous devant la bizarrerie de ce qu’ils découvrent, de même que des proches des victimes et des suspects complètent le tableau. L’affaire est complexe, mais le récit, limpide, nous ouvre sur un monde glauque, insoupçonné, dans une petite ville tranquille.

Le travail du coréalisateur et narrateur Trey Borzillieri est aussi fascinant. Happé par la tentation d’en savoir plus, il décide d’entretenir avec «Marge» une relation épistolaire soutenue, d’entrer dans son jeu, pour saisir le personnage. Il la joint aussi par téléphone à la prison où elle est détenue, parvient à obtenir sa confiance, à la manipuler à son tour, en quelque sorte. En regardant la seule entrevue qu’elle accorde en regardant la caméra, en répondant aux questions de son avocat, on l’observe comme un animal en cage, enragée, prête à mordre. Un spectacle aussi pathétique que révélateur du personnage.

Vous avez peut-être suivi le fait divers à l’époque. Sachez que la série apporte des réponses que n’avait pas révélées la presse jusque-là. Je ne vous dirai évidemment pas pourquoi Brian Wells a commis ce vol de banque, pourquoi il avait cette bombe sur lui, et quel rôle Marge et son entourage louche ont joué dans cette affaire. Mais ces questions vous habiteront au point de vouloir, sans attendre, aller jusqu’au bout de cette courte série. Vous n’en reviendrez pas.