Pour les besoins de son documentaire «Le cri du rhinocéros», Marc Labrèche est allé rencontrer des artistes de différents horizons.

Meilleur avant le...

CHRONIQUE / À partir de quand un artiste devrait-il faire ses adieux, avant de faire «le projet de trop»? On a tous des noms en tête d’un créateur qui a additionné les échecs, après avoir été traité en génie. C’est hélas le sort ingrat parfois réservé aux artistes, ici comme ailleurs.

La réflexion a taraudé Marc Labrèche, qui a voulu poser la question à plusieurs grands créateurs, et pas les moindres. Le résultat donne le singulier documentaire Le cri du rhinocéros, que présentera ICI Radio-Canada Télé, le mardi 27 novembre à 21h. Une œuvre que Labrèche parsème de sa folie, mais qui soulève néanmoins des questions fondamentales, qu’on ne pose jamais aux artistes.

Dans la liste impressionnante de personnalités rencontrées, qui va de Charlotte Gainsbourg à John Irving, aucun nom de véritable has been, ou d’artiste oublié après avoir connu la gloire. Il y a bien le cinéaste français Patrice Leconte, qui déplore que ses trois derniers projets aient avorté, et qui n’a pas tourné depuis trois ans, une première dans sa carrière. On sent d’ailleurs une certaine tristesse dans son œil, une sorte de crainte d’être le seul à ne pas savoir que son style est dépassé. C’est quand ses films n’ont pas trouvé leur public qu’il a le plus douté de sa pertinence. Lui enlever le cinéma serait comme lui ôter un bras, dit-il.

«Est-ce que j’ai besoin d’un autre album de Bob Dylan?» demande Daniel Bélanger, lorsqu’il s’interroge sur la pertinence de sa propre œuvre. Chose certaine, il aurait aimé voir évoluer un David Bowie à 86 ans.

On sent toute l’humilité avec laquelle se livrent presque tous les artistes interrogés dans le documentaire. L’auteur-compositeur-interprète français Albin de la Simone est convaincu qu’il écrit de la merde «99% du temps», et que c’est son 1% de bon matériel qui finit par se retrouver sur disque. Ça rappelle que Paul McCartney, qui produit encore de nouvelles chansons, a l’humilité de consacrer 80% de ses spectacles à ses chansons des Beatles. La seule personne interviewée qui ne doute «jamais, jamais, jamais» de la pertinence de ses propos est le romancier Alexandre Jardin. Attendez de voir la toute petite place que lui accorde le documentaire.

L'auteur des Corrections, Jonathan Frenzen, remarque que les hommes commettent souvent leurs meilleures œuvres tôt dans leur vie.

John Irving remarque que les meilleurs écrivains sont ceux qui se répètent le plus, comme Shakespeare avec la royauté, et que ce n’est pas forcément un défaut. Auteur des Corrections, le romancier américain Jonathan Franzen, «l’un des plus intéressants du moment» selon Marc Labrèche, remarque que les hommes commettent souvent leurs meilleures œuvres tôt dans leur vie, alors que les femmes, qui subissent plus de pressions sociales, gardent leurs chefs-d’œuvre passé la quarantaine.

À travers sa quête, Marc Labrèche soulève d’autres questions intéressantes, et demande entre autres si le public a toujours raison dans son jugement sur une œuvre. Xavier Dolan, François Girard, Denis Villeneuve, Denys Arcand et Robert Lepage ont tous leur avis sur la question.

C’est parce qu’il s’est constamment posé cette question de sa propre date de péremption comme artiste que Marc Labrèche a eu envie de créer ce documentaire, lui qui en avait fait un premier, J’haïs le golf, il y a 13 ans, à Canal D. Au fait, pourquoi Le cri du rhinocéros? Je laisse Marc Labrèche dévoiler ce mystère dans les premières minutes de son documentaire.

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La joute loin devant Mordus de politique

Déception chez ICI RDI, où l’arrivée de Mordus de politique avec Sébastien Bovet n’a pas donné l’impulsion souhaitée aux cotes d’écoute de l’antenne en après-midi, cet automne. Pour la période du 13 août au 10 novembre, de 16h à 17h, l’auditoire est resté sensiblement le même que la défunte deuxième édition des Ex, passant de 45000 à 44000, ce qui représente le tiers de l’auditoire de La joute, la rivale à LCN. Sans surprise, l’émission animée par Paul Larocque l’emporte haut la main, réunissant chaque jour 147000 fidèles, dans la même case horaire. On aurait pu croire que les départs de Luc Lavoie et de Bernard Drainville auraient pu faire mal, mais l’émission de LCN a même connu une hausse, en plein automne électoral. L’an dernier, à pareille date, 136000 personnes étaient au rendez-vous. L’ajout d’une heure supplémentaire à La joute, de 15h à 16h, a aussi donné un élan aux chiffres, puisqu’ils sont passés de 73000 à 107000 durant cette heure. Si on fait la moyenne des deux heures, LCN retient 127000 irréductibles contre 104000 l’an dernier.