Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Trois invités arriveront les uns après les autres dans ce loft splendide qui lui sert de décor. Sur la photo: Patrick Huard, Jean-Charles Lajoie et Normand Brathwaite.
Trois invités arriveront les uns après les autres dans ce loft splendide qui lui sert de décor. Sur la photo: Patrick Huard, Jean-Charles Lajoie et Normand Brathwaite.

La tour: un concept à apprivoiser

CHRONIQUE / Patrick Huard avait beau nous l'expliquer, il fallait voir pour comprendre. La tour, sa nouveauté quotidienne de 19h30 qui commençait lundi à TVA, est un hybride entre le talk-show et la comédie de situation. Mais il faudra plus qu'une émission pour saisir tout à fait le concept et surtout l'apprécier à sa juste valeur.

«Je pense qu'on a besoin de jaser», a commencé Patrick Huard, dans ce qui s'annonce être un court monologue d'ouverture. «Chez nous, ça chialait, ça buckait, ça s'obstinait», dit-il en racontant les réunions de famille de son enfance, qu'il souhaite un peu reproduire dans son émission. La première sera toutefois très consensuelle. Je l'ai dit, c'est une première.

La tour n'a aucun code du talk-show traditionnel: pas d'invités alignés qu'on interviewe un après l'autre, mais des conversations à bâtons rompus autour du comptoir de cuisine. On finit ça au salon, un peu comme dans La vraie nature, en s'enfilant du mousseux.

Trois invités arriveront les uns après les autres dans ce loft splendide qui lui sert de décor. Bien sûr, il sera beaucoup question de confinement, un calvaire pour Mariana Mazza. «L'affaire la plus difficile de toute ma vie pour ma relation avec ma maman. Y'a pas une journée où j'ai pas pleuré.» Jean-Charles Lajoie a apporté ses propres hot dogs, pas intéressé par les entrées un peu trop raffinées de son hôte.

Puis arrive Normand Brathwaite, qui veut briser le mythe du loup solitaire qui le suit. «J'aime le monde mais j'aime pas tout le monde», se défend-il. On discute encore beaucoup de la pandémie et des récalcitrants aux règles sanitaires. «J'ai peur qu'on devienne une gang de stools», lance alors l'animateur, ce à quoi Normand répond: «Le voisin qui appelle, c'est l'équivalent pour moi de voir deux Noirs sur un banc de parc pis appeler la police. On peut pas vivre comme ça.»

«As-tu triché?» a demandé Patrick à Mariana. «Je dis pas que j'ai pas essayé de le faire», a répondu l'humoriste, qui a appris à ne plus insister auprès de proches qui souhaitaient respecter les règles, dont sa mère. Le coanimateur de Belle et Bum ira jouer au piano Câline de blues, avant de raconter s'être déjà battu avec Gerry Boulet, tous ses jurons masqués par des bips.

La tour est visuellement impeccable et a la facture d'une série de fiction. Pour vrai, c'est beau à voir, c'est léché à souhait. Des sketchs entrecoupent la jasette, mais la transition entre les deux n'est toutefois pas très heureuse. Du moins, pas encore. On ne comprend pas trop ce que viennent faire les comédiens, d'un employé de café et de son client, du concierge à un résident de l'immeuble, dont l'humour burlesque jure avec la vérité des conversations de l'animateur et de ses invités. On verra à l'usage. On entrecoupe aussi les discussions de saynètes où Patrick s'adresse à la caméra, avec des blagues et des réflexions, qui brisent un peu le rythme de l'ensemble.

Dire que l'ensemble n'est pas sympathique serait mentir. Mais on ne refait pas le monde pour l'instant. Ça prendra plus pour me garder accroché chaque soir, des conversations plus consistantes. Il faut reconnaître à Patrick Huard la volonté de proposer un concept inventif, on retrouve là l'esprit du réalisateur avec une vision très claire en tête, qu'il restera à peaufiner. L'artiste a manifestement beaucoup de plaisir et d'aisance à explorer ce nouvel univers, voyons voir la suite.

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