François Morency entend évacuer la question de Gilbert Rozon dès les premières minutes du gala. Mais pas question d’en faire le thème de la soirée.

Gala Les Olivier: la fête malgré tout

CHRONIQUE / François Morency a animé 20 galas dans sa vie, que ce soit Juste pour rire, le Gala Artis. Il en a vu d’autres, a dû animer les Olivier de l’an dernier en pleine polémique impliquant Mike Ward et Guy Nantel, qui se disaient muselés. Jamais il n’aurait pensé qu’un autre événement pourrait battre ça en matière de controverse.

Entre le scandale Rozon, les chicanes entre humoristes et l’affaire Guy Nantel, il a bien l’intention que les spectateurs du 19e Gala Les Olivier passent une bonne soirée et sortent avec le sourire. Dimanche à 20h sur ICI Radio-Canada Télé, ce sera l’occasion idéale de décompresser, autant pour le milieu que pour le public, après un automne chargé en émotions.

Avec une controverse qui n’attendait pas l’autre, Morency admet que la préparation de ce Gala Les Olivier, son troisième, n’a pas été de tout repos. «Cette année, j’ai trouvé ça plus difficile de trouver le plaisir là-dedans. Je serais très hypocrite de dire le contraire. J’ai une équipe extraordinaire, la même que l’année passée. Mais il y a vraiment des réunions de production où on se disait : ‘‘Sérieux?’’», m’a confié l’humoriste, lui-même en nomination pour l’Olivier de l’année. Dans cette catégorie, l’animateur affronte Louis-José Houde, Philippe Laprise, Martin Matte, Mariana Mazza, Dominic Paquet et Laurent Paquin.

François Morency l’a déjà dit : il compte évacuer la question de Gilbert Rozon dès les premières minutes du gala. Mais pas question d’en faire le thème de la soirée. «Pour créer une ambiance festive, le mot rassembleur n’a jamais été aussi pertinent. C’est ma job ce soir-là.»

Avant l’éclatement des affaires Salvail et Rozon, l’équipe du gala avait déjà écrit un numéro inspiré de la série de dénonciations contre Harvey Weinstein aux États-Unis. On aurait pu le jeter au panier, on l’a au contraire conservé. Il sera livré par deux présentateurs dimanche. «L’histoire de Gilbert Rozon n’a en soi rien de drôle. On parle d’accusations très sérieuses d’agressions sexuelles. Les témoignages sont d’une lourdeur épouvantable. Ce ne sont jamais les événements qui sont drôles, c’est ce qui se passe autour et les interprétations qu’en font les gens. L’alcoolisme, il n’y a rien de drôle là-dedans. Mais il y a combien de personnages saouls qu’on a vus dans nos séries et qui nous font rire? C’est la preuve que si on a le bon angle, on peut arriver à faire quelque chose qui se tient.»


« Pour créer une ambiance festive, le mot rassembleur n’a jamais été aussi pertinent. C’est ma job ce soir-là »
François Morency

Comme le font désormais tous les animateurs de galas, François Morency a testé son monologue d’ouverture devant plusieurs publics, notamment en première partie du spectacle de Michel Barette. «Le but était d’arriver devant un public qui ne s’y attendait pas du tout. J’enregistre tout ça, et en revenant en char, je me réécoute pour savoir ce qui a marché ou pas. Le jugement des gens est sans appel, ils ne vont pas rire pour te faire plaisir. Si un gag ne marche pas, on ne s’obstine pas.»

Après avoir été présenté durant plusieurs années au printemps, le gala de l’humour déménage en décembre, à quelques semaines de Noël. Entre autres parce que TVA avait déplacé son dernier Gala Artis exactement à la date où on avait prévu faire Les Olivier. La présentation en décembre permet néanmoins à l’industrie de s’imposer sous le sapin. «En humour, au moins 50 % des ventes de billets se font dans le temps des Fêtes. C’est énorme», explique François Morency.

Le changement de garde à l’Association des professionnels de l’industrie de l’humour et la redéfinition des jurys ont été salutaires, croit François Morency. «Joanne Pouliot, la nouvelle directrice générale, a amené une attitude hyper positive. Elle a fait plein de consultations et le gala s’est ajusté à plusieurs égards. Ce sera plus court, deux heures au lieu de deux heures et demie, avec un rythme plus soutenu. Une catégorie a été éliminée, celle des spéciaux télé, et deux se sont ajoutées. Celle du web était sous-représentée, il y en a maintenant trois: meilleure capsule, meilleure série et meilleur podcast

L’animateur affirme que ceux qui aiment l’humour caustique seront servis dimanche. «Mais ça ne peut pas être que ça. Je me rappelle d’un gala des Olivier où, dans la salle, on trouvait que c’était juste trop. Certains peuvent s’en permettre plus que d’autres. Une recrue qui sort de nulle part qui se met à insulter un vétéran, ça peut être très drôle, mais ça peut aussi faire : ‘‘Hey, t’es qui toi au juste?’’ Il faut en tenir compte.»

En entrevue, François Morency ne se défile jamais, répond à toutes les questions, même les plus délicates. Mais il comprend Martin Matte lorsqu’il dit qu’il s’ennuie de l’époque où les humoristes n’avaient pas à donner leur opinion sur tout. «Les gens s’attendent à ce qu’on se prononce chaque fois qu’il se passe quelque chose en humour. Pour dire quoi? Qu’on est contre les menaces de mort? Ça va de soi! Faut-tu chaque fois sortir dans la rue? C’est très typique à l’humour. En musique, quand Richard Abel sort un album, allez-vous demander à Daniel Bélanger ce qu’il en pense? Pourquoi en humour faudrait-il cautionner ou s’opposer à ce que quelqu’un a dit?»

L’animateur, qu’on verra dès janvier dans la nouvelle émission Ouvrez les guillemets à ICI Radio-Canada Télé, croit que rien ne se passera au Festival Juste pour rire tant que l’entreprise ne sera pas vendue, y compris le gala hommage qu’il devait animer l’été prochain. «Ce n’est pas grave cette année si Juste pour rire est en version unplugged. Dans les circonstances, tout le monde va comprendre.»

Dès 19h30 dimanche, Anaïs Favron et Mario Tessier rencontrent les vedettes sur le tapis rouge, à ICI Radio-Canada Télé. Une fois le gala terminé, ils recueilleront les impressions des gagnants sur ICI ARTV vers 22h et sur ICI Radio-Canada Télé vers 22h30. Le rire est le meilleur des remèdes? Prenons-en une bonne dose dimanche.