Malgré sa peine, l’homme d’affaires et ancien dragon Alexandre Taillefer s’est prêté à un documentaire très touchant, qu’il faut voir absolument, selon notre chroniqueur Richard Therrien.

«Bye», un documentaire bouleversant

CHRONIQUE / Qu’est-ce qu’on aurait pu faire pour empêcher ça? La question revient systématiquement chaque fois que quelqu’un se suicide, même chez les meilleurs parents. Imaginez le nombre de fois qu’Alexandre Taillefer a pu se la poser quand son fils de 14 ans s’est enlevé la vie dans le sous-sol de la maison, il y aura deux ans le 6 décembre.

Malgré sa peine, l’homme d’affaires et ancien dragon s’est prêté à un documentaire très touchant, qu’il faut voir absolument. Pour que la mort de son Thomas ne soit pas vaine et puisse servir à faire avancer les choses. L’œuvre d’une heure, initiée et produite par Jean-Philippe Dion, et réalisée par Frédéric Nassif et Mathew Mckinnon, sera diffusée à ICI Radio-Canada Télé, mardi à 21h. Le titre: Bye. Le seul mot laissé par Thomas aux siens à sa mort, sur un simple «post-it».

Cyberdépendant, Thomas ne s’est jamais ouvert à sa famille à ce sujet. Mais des mois avant de se tuer, il avait écrit à une star de Twitch, une plateforme web très populaire chez les amateurs de jeux vidéos, pour lui confier qu’il avait des idées suicidaires. Cette personne au surnom de sodapoppin ne lui a jamais répondu. Le jour même de son suicide, Thomas a publié une photo de la balle qu’il utiliserait pour mettre fin à ses jours, en plus de dépenser 3500$ sur Twitch. Alexandre Taillefer a tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec la direction d’Amazon, propriétaire de Twitch, sans succès. L’entreprise avait pourtant tout entre les mains pour agir.

On n’a pas idée du courage qu’il a fallu à Alexandre Taillefer pour se replonger dans une histoire aussi dévastatrice. Pour la première fois, il retourne dans la maison où a eu lieu le tragique événement. Incapable d’y remettre les pieds, le couple et sa fille ont séjourné à l’hôtel avant de déménager après la mort de Thomas. Généreux malgré la gravité du sujet, Taillefer reste tout de même protecteur de son intimité, et c’est très bien ainsi. On voit à peine sa femme Debbie et pas du tout leur fille, sauf en photos et dans une touchante vidéo, où on voit le frère et la sœur partir pour l’école, tout sourire.

L’une des scènes les plus frappantes a été tournée dans un lieu où se regroupent des amateurs de jeux vidéo pour vivre leur passion. Quand Alexandre Taillefer demande qui dans la salle consacre au moins 50 heures par semaine aux jeux vidéos, plusieurs mains se lèvent. Et quand il demande qui a déjà fait une tentative de suicide, 8 sur 20 se manifestent. L’un d’entre eux avoue que ses parents auraient été les derniers à qui il aurait confié ses idées noires. «Vous nous avez mis au monde, fait qu’on ne veut pas vous décevoir!»

Avant son suicide, Thomas a connu quelques épisodes psychotiques, dont un qui l’a mené à l’hôpital, où aucun psychiatre n’a pu le voir le soir même. Alexandre Taillefer et sa femme auraient apprécié que les professionnels de la santé décèlent les signes. Mais chaque fois, le diagnostic était que l’enfant était surdoué. «Debbie et moi pensions que c’était une crise d’adolescence et que ça allait passer», dit-il.

M. Taillefer croit qu’il est impératif que le gouvernement consacre un demi milliard de dollars par année en santé mentale, et pas seulement quelques millions. Pas normal qu’il faille attendre six mois pour voir un psychiatre, parce que les ressources fondent à vue d’œil, croit-il. Le documentaire finit sur une rencontre toute récente avec le ministre Gaétan Barrette à l’Assemblée nationale, à qui M. Taillefer montre des extraits du documentaire. Visiblement ébranlé, le ministre de la Santé admet la gravité de la situation. On verra s’il passera de la parole aux actes.

L’un des moments les plus émouvants du documentaire est cette rencontre avec Loïc, 17 ans, cyberdépendant comme Thomas, à sa sortie d’une thérapie de deux mois au Centre Le Grand chemin de l’hôpital Rivière-des-Prairies. Il vous touchera au cœur. Un garçon brillant, qui a sombré dans la dépression, se réfugiant à temps plein sur son écran. «Je me sentais important», dit-il au sujet du temps qu’il passait à jouer. Loïc, qui a voulu en finir, montre à Alexandre Taillefer une lettre qu’il destinait à ses parents avant de partir. Une charge émotive très forte pour le père endeuillé comme pour nous, témoin de ce geste d’une grande intimité.

Alexandre Taillefer

À plusieurs moments, les larmes montent. C’était le silence le plus total dans la salle après la projection de presse mardi. Deux ans après la mort de son fils, Alexandre Taillefer paraît encore brisé, même s’il symbolise la réussite en affaires. On le sent aussi dépassé par les multiples appels à l’aide qu’il reçoit de tous côtés depuis la mort de son fils. Mais on sent chez lui cette volonté de conscientiser la population à ce problème criant, pour éviter que d’autres connaissent le même sort que Thomas. Le documentaire donne diverses pistes de solution, et donne un peu d’espoir pour l’avenir. Une application permettant aux jeunes de communiquer ce qu’ils ressentent, Youhou!, sera testée à l’école de Thomas, et pourrait vraiment faciliter le dialogue.

En plus d’être diffusé simultanément sur ICI Radio-Canada Première mardi, le documentaire sera suivi à la radio d’une table ronde animée par Catherine Perrin avec divers intervenants. Le lendemain matin à Médium large, l’animatrice recevra Alexandre Taillefer pour poursuivre la réflexion. De la radio et de la télé utiles et nécessaires.

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DANSER POUR GAGNER À 18h30

La quotidienne de Danser pour gagner, animée par Julie Ringuette, sera diffusée à 18h30 cet hiver à V, dans la case actuellement occupée par Occupation double Bali. Olivier Dion animera quant à lui le grand variété hebdomadaire en direct, de cette adaptation québécoise de America’s Best Dance Crew, qui porte le sceau de la productrice Julie Snyder.