Dans le docu-réalité «Autiste, bientôt majeur» initié par Charles Lafortune, qui vit cette situation tous les jours avec son fils Mathis, nous suivrons sept jeunes autistes de 15 à 21 ans et leurs parents, avec tous les défis associés à ce trouble.

Autisme: bienvenue dans la réalité

CHRONIQUE / Moi et cie a le don ces dernières années de nous faire voir l’absurdité de nos réactions. Je l’ai déjà écrit et je le maintiens : je ne vois plus les personnes itinérantes de la même façon depuis «Face à la rue», la série documentaire de Jean-Marie Lapointe. Je n’agis plus de la même façon en leur présence non plus. C’est la force de la télévision.

Autiste, bientôt majeur, qui commence ce soir à 19h30, est de ce type-là. Un docu-réalité de 10 épisodes de 30 minutes, duquel je sens que je sortirai transformé, du moins après avoir vu les deux premiers au lancement de programmation de Moi et cie. Dans cette production initiée par Charles Lafortune, qui vit cette situation tous les jours, nous suivrons sept jeunes autistes de 15 à 21 ans et leurs parents, avec tous les défis associés à ce trouble, qui touche un enfant sur 63 au Québec. Il y a autant de formes d’autisme que de personnes autistes, du cas le plus léger au plus lourd.

Pourquoi montrer leur vie alors qu’ils approchent l’âge adulte? Parce que les ressources, nombreuses pour les enfants autistes, disparaissent soudainement lorsqu’ils atteignent l’âge de 21 ans, mais qu’ils ont pourtant un besoin d’aide criant pour aborder cette nouvelle réalité. Cette lacune évidente plonge les parents dans une angoisse compréhensible. Qui s’occupera de mon enfant si je ne suis plus là? Comment trouvera-t-il du travail? Comment vivra-t-il sa vie, point? Toutes ces questions obsèdent ces parents impuissants et souvent épuisés et on souhaite que la série puisse «leur ouvrir des portes».

Parents de Mathis, 17 ans, Charles Lafortune et Sophie Prégent font preuve d’une belle franchise. Quand celle-ci fait lecture à haute voix des commentaires odieux envoyés à Charles après qu’il ait dénoncé Walmart d’avoir momentanément interrompu son programme d’intégration, on a envie de grafigner. C’est après cet épisode douloureux que l’animateur de La voix a eu envie de montrer la réalité des familles d’enfants autistes.

La qualité principale d’un bon docu-réalité réside dans ses «personnages», ici très attachants. Fils de Mathieu Gratton et de Patricia Paquin (qui n’apparaît pas dans la série), Benjamin est déjà connu de plusieurs, notamment pour ses capsules Le monde de Benjamin. Impossible de ne pas s’attacher à ce garçon de 17 ans, qui ne s’en fait avec rien et que ses parents laissent de plus en plus libre de ses déplacements. Mathis et Benjamin sont les seuls enfants de parents connus. Vous vous prendrez d’affection pour Raphaël, 20 ans, qui a étudié au Collège Bart à Québec avant de déménager à Montréal pour mener sa propre vie en solo. Ses idoles : Woody et Buzz des films Histoire de jouets. Nous verrons comment se débrouille en société ce jeune homme qui a pourtant causé bien des soucis à ses parents lorsqu’il était enfant. Son père raconte un épisode particulièrement violent, qui montre à quel point l’autisme peut transformer la vie en cauchemar.

Mais le cas le plus déchirant concerne une mère monoparentale qui a dû se résigner à «placer» sa fille dans un centre spécialisé. Plus jeune, Malika pouvait mordre, pincer, tirer les cheveux et même frapper sa mère, qui devait se coucher sur elle pour la calmer. 

Aussi producteur de la série chez Pixcom, Charles Lafortune sollicite à l’écran une rencontre avec le premier ministre François Legault. «Le système les laisse tomber», nous disaient en choeur les trois parents vedettes hier. Le lancement de programmation a d’ailleurs permis à certains parents de la série d’exprimer leur joie et leur soulagement de voir leur réalité enfin dépeinte en toute franchise à la télévision. Des témoignages touchants de parents, parmi lesquels on percevait une certaine détresse.

Vous les verrez dans des situations aussi banales que chez la coiffeuse, à la maison au réveil ou à cuisiner des burgers. Banales pour nous, mais qui prennent une toute autre dimension ici. Magnifiquement réalisée par Isabelle Tincler, Autiste, bientôt majeur est une série qu’il faut voir. Pour saisir l’ampleur de la tâche, et pour que les malaises tombent quand vous croisez une personne autiste au magasin ou dans la rue. Parce que ça fait partie de la vie.

La grille d’automne de Moi et cie compte plusieurs titres intéressants, dont le documentaire Mont tétons, signé Anick Lemay. La comédienne, qui a elle-même surmonté un cancer du sein, accompagne cinq femmes atteintes de la même maladie dans leurs traitements. Un documentaire d’une heure qui s’annonce très émouvant, prévu pour le 30 septembre à 19h.

J’ai très hâte de voir la deuxième saison d’Infractions, un de mes coups de cœur chez Moi et cie la saison dernière. Cette année, des jeunes de 14 à 17 ans s’ajoutent aux cas d’adultes accusés d’infractions diverses, et qui font face à la justice. Une série très instructive qui démystifie le travail des avocats et tout l’appareil judiciaire. Début ce soir à 20h. Une curiosité pour Distorsion, où deux spécialistes de la culture numérique, Emile Gauthier et Sébastien Lévesque, explorent les vols d’identités, le sexe à l’ère numérique et les dangers du dark web, à partir d’histoires réelles. À partir du mercredi 25 septembre à 20h30.

Avec son virage docu-réalité des dernières années, on peut dire que Moi et cie a visé dans le mille. La chaîne a vu ses parts de marché augmenter de 46% depuis l’année dernière chez les 25 à 54 ans. Il s’agit de la plus forte hausse dans ce groupe d’âge, toutes chaînes confondues. Autre réussite : les 10 émissions les plus regardées sont des productions originales et non des traductions. Au printemps, les nouveautés Fins de mois et Urgence santé mentale ont trôné au sommet. J’ai bien l’impression qu’Autiste, bientôt majeur permettra à la chaîne du Groupe TVA de maintenir cette courbe ascendante.