Télé et radio

Béatrice: le temps des adieux

CHRONIQUE / Chers fans d’Au secours de Béatrice, aussi bien entreprendre votre deuil aujourd’hui. Ne reste plus que neuf épisodes à la série de TVA, qui prendra fin en mars au 88e, après quatre trop belles saisons. Les deux prochains épisodes, que TVA nous a montrés en avant-première, et diffusés le mercredi à 20h, possèdent tout ce qu’on a aimé de cette série.

On a appris avant les Fêtes que Christophe (Robert Lalonde), le père de Béatrice (Sophie Lorain), était atteint d’une grave maladie. Et on a compris dans les yeux de sa fille qu’il ne lui en restait plus pour longtemps. L’épisode de la semaine prochaine, qui est aussi une réflexion sur l’aide médicale à mourir, est à la fois bouleversant et d’une grande beauté. Préparez-vous à verser quelques larmes en voyant Christophe faire ses adieux aux siens. Un homme qu’on a trouvé si dur au début, mais qu’on ne voudrait maintenant plus voir partir.

Dans ce même épisode, Marie-Ginette Guay joue une patiente sans-abri, que soigne le Dr Clément, avec tous les défis que ça comporte. Un superbe personnage, et une brillante analogie de l’auteure avec ce que vit Béatrice avec son père. La disparition de Christophe marquera une étape importante dans la vie de sa fille, qui deviendra par le fait même le nouveau boss de la famille Clément. On en a fait du chemin depuis cette famille éclatée de la première saison jusqu’à ce clan si soudé aujourd’hui.

J’ai aimé chaque épisode de cette série. Aucune intrigue de trop, je dirais même aucun mot de trop. L’intelligence et la sensibilité de l’écriture de Francine Tougas m’ont procuré un immense bonheur chaque semaine. Même quand les situations sont tristes, on se sent enveloppé par Au secours de Béatrice, notre This Is Us à nous. Le réalisateur Alexis Durand-Brault a su donner une texture et une couleur uniques à cette série, et à nous faire croire totalement au quotidien de cet hôpital.

Par son interprétation si vraie, Sophie Lorain nous a fait aimer cette femme si exigeante envers elle-même. C’est encore et toujours l’une de nos meilleures actrices au Québec. Alexis Durand-Brault, qui est aussi son conjoint, en a fait l’expérience à l’hôpital, quand le personnel infirmier a demandé l’approbation de sa compagne pour s’assurer qu’il posait les bons gestes! De son côté, Gabriel Arcand, un acteur entier, n’a jamais voulu se regarder à l’écran en Monsieur P. Il déteste faire de la télé, mais a toujours préparé ses textes avec rigueur et joué avec conviction. Le résultat touchait au cœur.

Dans les faits, Au secours de Béatrice devait se terminer après trois saisons. Mais TVA a convaincu l’auteure d’en écrire une quatrième, heureusement pour nous. Et cette ultime saison n’est surtout pas la saison de trop. Mais voilà, Francine Tougas ne voulait surtout pas s’étendre inutilement, et c’est tout à son honneur. Faudra s’y faire.

Chronique

L'étoile du match à Aurélie Lanctôt

CHRONIQUE / La nuance n'est peut-être pas très sexy. C'était pourtant une des forces du débat sur cette lettre signée par une centaine de femmes françaises, dont Catherine Deneuve, qui dénoncent les dérives du mouvement #moiaussi et appellent à la «liberté d'importuner». Un échange sain et éclairant entre quatre femmes, qui a donné le ton à ce premier «Tout le monde en parle» de 2018, dimanche soir.

Aurélie Lanctôt, chroniqueuse à Radio-Canada et au Devoir, et Léa Clermont-Dion, animatrice et documentaristes y ont vu du mépris à l'endroit de celles qui ont choisi de dénoncer. La deuxième croit que les signataires poussent la note un peu trop loin, et caricaturent les féministes. De leur côté, la sexologue Sylvie Lavallée et la présidente de l'Action Nouvelles Conjointes du Québec, Lise Bilodeau, sont plutôt d'accord avec la centaine de femmes françaises.

La plus solide du quatuor, Aurélie Lanctôt a tenu le discours le plus percutant. Quand Sylvie Lavallée a rappelé que nous étions des êtres sexués, des objets de désir, la chroniqueuse a souligné que les gestes dénoncés n'avaient rien à voir avec ce jeu de l'amour et de la séduction, que souhaitent préserver les signataires de la lettre. Aurélie Lanctôt se réjouit de l'élan d'empathie à l'endroit des victimes, notamment de la part des hommes, qui prennent conscience des gestes à dénoncer.

Lise Bilodeau craint que cette déferlante de dénonciations ait des effets négatifs sur les rapports entre hommes et femmes. «Qu'est-ce que sera le ressac? Est-ce que les hommes ne nous craindront pas? […] Je crains qu'on tue le charme, qu'on tue le droit de rêver.» Elle déplore aussi que la présomption d'innocence soit occultée par le battage médiatique. Sylvie Lavallée croit que le mouvement #moiaussi a pu brimer certains hommes et affirme que certains de ses clients ne savent plus comment exprimer leur virilité.

Lanctôt et Clermont-Dion ont profité de leur passage pour lancer #etmaintenant, un mouvement symbolisé par un cœur jaune, pour soutenir les personnes qui ont pris la parole et pour ouvrir des pistes de solution. Un site Internet, etmaintenant.net, a été mis en ligne. Par ailleurs, Léa Clermont-Dion admet qu'elle en veut à Lise Payette de lui avoir conseillé de ne pas porter plainte pour agressions sexuelles contre l'ancien journaliste Michel Venne. «Lise Payette, c'était une idole pour moi, depuis toujours», dit-elle, retenant ses larmes. Elle dit tout de même lui avoir pardonné.

Avant Hochelaga, terre des âmes, François Girard n'avait réalisé que deux films en 17 ans, donnant beaucoup dans l'opéra, notamment. Le cinéaste considère que la technologie et les réseaux sociaux nous ont éloigné de notre devoir de mémoire. «Collectivement, on est plongés dans l'obsession du présent. […] On a une myopie du futur, une amnésie du passé», déplore-t-il. Rendant hommage aux Premières Nations, François Girard considère que la crise d'Oka a laissé des plaies qui ne se sont jamais refermées. «Les Mohawks et les Amérindiens ont raison d'être fâchés.» Lui aussi avait son mot à dire sur le mouvement #moiaussi, déplorant la crucifixion rapide de certaines personnes sur la place publique, et que la justice soit «court-circuitée par les marchands de journaux».

On a parlé de tout et de rien avec les comédiennes des Magnifiques, Geneviève Schmidt, Léane Labrèche-Dor, Julie Ringuette et Marie-Hélène Thibault. Le quatuor symbolise le girl power, mais «on rit autant des hommes que des femmes», a affirmé Julie Ringuette pour décrire la nouvelle émission de sketchs. Même si son père y jouait, Léane Labrèche-Dor considère que les sketchs du Bye Bye sur Éric Salvail et Gilbert Rozon manquaient de mordant et passaient à côté du mouvement #moiaussi. Elle a préféré de loin le monologue d'ouverture de Seth Myers aux Golden Globes.

On pouvait entendre une mouche voler durant l'entrevue portant sur la condamnation du meurtrier de Joleil Campeau, trouvée morte en 1995 alors qu'elle n'avait que neuf ans. Donna Sénécal a décrit avec émotion ses derniers moments avec sa fille. Impressionnant de voir comment la science a permis d'identifier son meurtrier, grâce à des parties d'ADN retrouvées sur une cagoule, une histoire racontée dans un docufiction de Canal D, Joleil Campeau: mon histoire. Troublant aussi d'entendre la mère relater comment elle s'est adressée au meurtrier de sa fille, parvenant malgré tout à lui exprimer du respect et souhaitant qu'il puisse réparer sa vie.

«Je trouve ça débile de voir que ton show, c'est le meilleur vendeur de billets. Parce que je te suivais dans les bars à tes débuts, et c'était pas toujours très bon!» a avoué Julie Ringuette à François Bellefeuille. Quatre cents représentations plus tard, il s'est amélioré, même si «on devient bon après 20 ans», croit-il. Bellefeuille déplore qu'il n'y ait pas eu de commentaires officiels de Juste pour rire au sujet des dénonciations qui visent Gilbert Rozon. «On ne sait pas ce qu'ils pensent», affirme l'humoriste, qui a mis son Olivier aux enchères. Vincent Guzzo l'a acheté pour 10 100$, montant que Juste pour rire et lui-même ont égalé, pour le remettre au regroupement des CALACS. Très beau de voir et d'entendre François Bellefeuille parler de son père décédé après avoir souffert de schizophrénie.

Correspondant de Radio-Canada à Washington, Christian Latreille a du mal à comprendre qu'on ait laissé le journaliste Michael Woolf, auteur du livre Fire and Fury, arpenter les couloirs de la Maison-Blanche durant plus d'un an, sans questionner sa présence. À l'image de l'amateurisme du gouvernement de Donald Trump, complètement désorganisé, dit-il. Le journaliste considère qu'Hillary Clinton a mené «une très mauvaise campagne» et que c'est «une très mauvaise politicienne». Mais les Américains ont cru que Donald Trump pourrait devenir présidentiel, «ce qui n'arrivera pas», se dit convaincu Christian Latreille, qui ne croit pas impossible une candidature possible d'Oprah Winfrey.

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Richard Therrien

Nostalgie à dose quotidienne

CHRONIQUE / Nous sommes en 1957, dans un studio de conditionnement physique, tenu par un jeune homme qui semble à peine pubère, qui roule ses «r». Tout le monde dans le gym ne porte qu’un très petit maillot, genre Speedo, rien d’autre. Sauf le journaliste, Jean Ducharme, qui se lance: «Comment ça vous est venu l’idée de […] vous pomper tous ensemble?»

On croit avoir tout vu et entendu, mais ce n’est pas fini. «Le bench press a pour fonction d’ouvrir l’estomac», ajoute-t-il candidement. La caméra s’arrête ensuite sur un des «hommes forts» qui pédale dans le vide, chaussé de «souliers de fer», parce qu’«il a une jambe plus petite que l’autre».

L’extrait, tiré de l’émission Carrefour, est l’un des plus surréalistes — mais franchement drôles! — des dernières semaines, sur la page Facebook @ArchivesRadioCanada, un divertissement quotidien qui suscite la fascination. Radio-Canada dispose d’une voûte d’archives dont aucun autre diffuseur ne peut se vanter. Et heureusement, il nous en fait profiter chaque jour, sur son site, ici.radio-canada.ca/archives, et sur la page Facebook, active depuis 2014, qui regorge d’extraits savoureux, drôles, parfois plus dramatiques, la plupart du temps sérieux. Et souvent sans vedettes. L’arrivée du Commodore 64 y côtoie les recettes de Jehane Benoît et les dalots de L’heure des quilles.

Coordonnatrice du service à la clientèle et valorisation de la Médiathèque et archives de Radio-Canada, Amapola Alares constate que le vintage, tout ce qui est rétro, a la cote. Et contrairement à la croyance populaire qui veut que Radio-Canada ait sacrifié l’essentiel de son passé, la quantité d’images disponibles est pharaonique. «On a l’embarras du choix quand on veut mettre quelque chose en valeur», me dit-elle. Parmi ce qui titille le plus les amateurs : les vieux vox pop, les moments cultes de la télévision, les personnages jeunesse.

L’intention n’est pas de ridiculiser, mais de constater le décalage de certains propos, précise Amapola Alares. «Ça montre qu’on a changé, des fois pour le mieux, des fois pour le pire. Dans 30 ans, le look qu’on a aujourd’hui va faire autant rire que les anciens qu’on voit actuellement.»

L’une des vidéos les plus consultées, plus d’un million de fois, reprenait des images de la tempête du siècle. Mais pas besoin de chercher aussi loin : le record de visionnements revient à la fameuse vidéo de la palourde royale, tirée de l’émission Des kiwis et des hommes, classique des classiques dans la catégorie des fous rires. «C’est le moment culte. On a beau le revoir 10 fois, on trouve ça encore drôle.»

Chronique

«L'amour est dans le pré» et ses 14 bébés

CHRONIQUE / L’amourette entre Adamo et Alexandra, les gagnants d’«Occupation double Bali», est déjà chose du passé. Non, pour le véritable amour, il faut plutôt regarder du côté de «L’amour est dans le pré», qui ne fait pas les choses à moitié. Chaque année, on compile le nombre de bébés engendrés par les couples de l’émission, qui s’élève à 14 après six ans!

L’amour est dans le pré est l’émission la plus regardée en hiver à V. L’an dernier, elle a rallié 650 000 fidèles chaque semaine. Sachez que, des trois couples formés l’an dernier, deux ont tenu le coup: Gabriel et Clara, de même que Chloé et Olivier. Et ça s’annonce bien pour cette année, laisse entrevoir le producteur, Martin Métivier, chez Attraction Images. Toujours animée par Marie-Ève Janvier, l’émission sera désormais diffusée le jeudi à 21h, à partir du 18 janvier. Les habitués de l’émission seront en terrain connu; la formule est la même, d’année en année.

Le candidat qui risque de sortir du lot est Beauceron, Jean-Christophe, 25 ans, ancien footballeur du Vert et Or à l’Université de Sherbrooke, maintenant producteur maraîcher, de bovins et de porcs. Pas seulement par son physique, mais parce qu’il est le candidat parfait pour ce genre de téléréalité: sans filtre, drôle et franchement sympathique. Si le match n’a pas lieu, nul doute que plusieurs soupirantes l’attendront à la sortie.

Remarquez, les autres ne donnent pas leur place. Le plus jeune, William, a 21 ans, et vit encore avec ses parents. Producteur bio d’agneaux, de porcs et de grandes cultures à Saint-Gabriel-de-Rimouski, il vient d’une famille nombreuse et parle déjà d’avoir des enfants. Marco, 30 ans, spécialiste de l’épandage de fumier de Sainte-Martine en Montérégie, est fou de country et de tir au pigeon d’argile. L’aîné, Maxime, 33 ans, est producteur de bovins en Abitibi, et Simon, producteur laitier de 24 ans, vient de Granby.

Au moment où Marco rencontre ses cinq soupirantes, vous aurez un exemple parfait de courant qui ne passe pas à la première rencontre. Parmi les filles qui se présentent à eux, une attire particulièrement l’attention au premier épisode: Aimélie, oui, oui, Aimélie, une infirmière de Brossard, la plus expressive et entreprenante du groupe, qui déteste cuisiner. «Tu joues au hockey? J’peux-tu te marier tout de suite?» demande-t-elle à Marco. Elle pourrait se révéler la fauteuse de troubles du groupe. Cela dit, on n’est pas à Occupation double, ne vous attendez pas à du crêpage de chignon, prévient le producteur. Par contre, au moins un des couples vivra un voyage dans le sud plutôt tumultueux en fin de saison.

Vous remarquerez qu’aucune fille n’apparaît parmi les agriculteurs. C’est qu’aucune n’a su se démarquer durant la sélection. À quand un candidat de la communauté LGBT? Ça a failli avoir lieu l’an dernier, et il n’est pas du tout exclu que ce soit le cas dans une prochaine saison.

Arts et spectacles

Véro telle qu’on l’aime

Elle avait besoin d’une émission rassembleuse, au concept qui tient en quelques mots, pour faire oublier les déboires de Votre beau programme. Ça s’annonce plutôt bien pour 1res fois, la nouveauté de Véronique Cloutier, dont j’ai vu le premier épisode, diffusé le jeudi 18 janvier prochain à 20 h sur ICI Radio-Canada Télé.

Il faut dire que les deux invités de la première, Hélène Bourgeois-Leclerc et Pierre-Yves Lord, livrent la marchandise et affichent d’irrésistibles réactions. Comme chaque semaine, Véro invite ses invités à faire un retour dans le temps pour leur rappeler leurs premières fois, par des objets, des photos, et surtout des gens de leur passé, qu’ils n’ont parfois jamais revus depuis.

Le meilleur segment de cette première : les images de l’arrivée du petit Pierre-Yves Lord au Québec, qu’il n’avait encore jamais vues, et qui dormaient au fond d’un sous-sol. Très touchant de voir ses parents raconter son adoption en Haïti. Et le petit PY est craquant. Très drôle aussi d’entendre des extraits de cassettes qu’enregistrait Pierre-Yves, enfant, pour draguer les filles.

Hélène Bourgeois-Leclerc revoit son premier kick avec qui elle avait dansé un slow, « le plus beau gars de l’école ». Et elle s’excuse à genoux devant le comédien Martin Laroche, qu’elle avait largué en plein bal des finissants pour se sauver avec un autre. Jamais de malaises, que des retrouvailles réjouissantes et surprenantes. Pas de temps mort non plus, on enregistre deux heures pour ne conserver que le meilleur.

L’émission, conçue par Pierre-Louis Laberge, est produite par KOTV et Notre Compagnie de Production. Les invités doivent être capables d’autodérision, d’humilité et d’abandon, affirme Véronique Cloutier, à son meilleur à l’animation, sans jamais prendre trop de place. Quatre émissions ont déjà été enregistrées avec Pierre Hébert, Ricardo Larrivée, Mariloup Wolfe, Christian Bégin, Julie Perreault, Rémi-Pierre Paquin, Marina Orsini et José Gaudet. Pierre Hébert n’a pas eu le choix d’avouer un secret à Phil Roy, qu’il lui cachait depuis longtemps. Sa réaction sera explosive.

Il y aura beaucoup de trafic le jeudi soir dans notre télé. Avant 1res fois, à 19 h 30, TVA enverra Face au mur avec Maripier Morin, et V, l’hebdomadaire en direct de Danser pour gagner. Les trois émissions de variétés risquent de se faire une compétition féroce.

Télé et radio

SNL: oui pour la livraison, moins pour les textes

CHRONIQUE / On voulait faire revivre la formule, le temps d'un soir, question de voir si un retour plus régulier serait souhaitable. Mais «Le SNL de Magalie Lépine-Blondeau», diffusé sur ICI Radio-Canada Télé samedi soir, ne m'a convaincu qu'à moitié. Comme à Télé-Québec, la livraison y était, mais les textes, trop souvent décevants.

Disons tout de suite que Magalie Lépine-Blondeau, qui ne fait pas de «stand up» dans la vie, a su exploiter à merveille son potentiel comique. «C'est bien connu, je suis un feu roulant de rigolade. Dans le milieu, on m'appelle la petite Poune», a-t-elle ironisé au sujet des nombreux drames de ses personnages. Elle a été ovationnée dès son monologue d'ouverture par un public heureux de la voir dans ce contexte très différent. Pourquoi l'avoir choisie, elle? «Le facteur Éric Salvail ouvre bien des portes. Il travaillait pour 10.» Là où elle a été la meilleure, c'est dans ce sketch emprunté à la formule originale, en fille qui aime beaucoup trop les surprises-parties, jouée aux États-Unis par Kristen Wiig. L'actrice, d'un enthousiasme débordant, y était particulièrement drôle.

Par-dessus tout, mon sketch préféré reste celui du numéro musical de Léane Labrèche-Dor, qui chante, désespérée: «Chu pas abonnée à Netflix!» Avec Pier-Luc Funk, vêtu d'un léotard, qui danse avec un ruban. Le moment fort de Virginie Fortin: l'imitation de sa collègue de Code F. Mariana Mazza, qui répète «vagin» aux trois mots. Parfaite dans la gestuelle et dans le ton de voix. C'était dans un sketch de magazine de cinéma, un prétexte pour évoquer les dénonciations de harcèlement. SNL ne s'est pas déguisé en Bye Bye, quoique certains sketchs revenaient sur des sujets de la dernière année, comme celui-là et un autre sur les déboires du Canadien.

Un des gags bien sentis qui a marché le plus dans l'assistance, déjà hilare, a été celui-ci de Guillaume Girard dans Les Nouvelles SNL, sur la séparation d'Adamo et Alexandra d'Occupation double: «Cette nouvelle s'ajoute à la longue liste de nouvelles récentes dont je me câlisse!» On sentait le ras-le-bol dans la livraison de l'acteur et dans la réception du public.

On va se le dire, c'est toujours risqué de s'aventurer dans les blagues de caca. SNL a eu son segment scato, avec le sketch pas très drôle sur les toilettes trop proches de la salle à manger. Puis, cette infopub de papier de toilette pour blanchir «l'anu», plus réussi, surtout grâce à ses interprètes, Virginie Fortin et Magalie Lépine-Blondeau. Aussi dans la catégorie «mal de cœur», on allait ramener la famille Loiseau, du SNL original, qui mastique la nourriture avant de la recracher dans la bouche de l'autre, cette fois à l'épicerie. Moins drôle que la première fois et trop long.

D'autres sketchs n'étaient pas mauvais, comme celui de Phil Roy en génie malcommode qui sort de la lampe. Ceux qui attendaient Katherine Levac, une des meilleures de la troupe de SNL Québec, ont été déçus. L'humoriste n'a eu que deux courtes apparitions sur vidéo, ramenant brièvement Paidge Beaulieu, son personnage légendaire, dans Les Nouvelles SNL. Personnellement, sa présence m'a beaucoup manqué samedi. En prestation deux fois plutôt qu'une, Daniel Bélanger n'a pas déçu, comme toujours.

Si le diffuseur souhaite ramener une édition régulière de SNL, il faudra «repimper» l'équipe d'auteurs. Parce qu'il y a certainement de la place pour ce type de variétés d'humour dans notre télé, mais pas avec des textes aussi quelconques. On en revient toujours à ça.

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Chronique

Le pire de la télé en 2017

CHRONIQUE / Il y a du bon et du pas mal moins bon sur notre petit écran. Pour une septième année, permettez-moi de décerner mes prix Roger à ce qui s’est fait de pire en télévision en 2017. Des prix librement inspirés des Gérard de la télévision sur Paris Première en France et nommés ainsi en l’honneur de Roger Giguère des «Tannants». Le seul moment de l’année où je me permets quelques petites méchancetés, toujours envoyées avec humour. Et les Roger sont décernés à…

› L’émission de 2017 dont on souhaite le moins le retour

Sur-Vie. Dieu merci, la série ne survivra pas au jeu si naturel de Pamela Anderson.

› Le prix «Noir sur blanc» du scoop raté

Le reportage sur la mosquée à TVA. Pas de contrat? On s’en invente un!

› Le prix «Avez-vous crié? Avez-vous sacré?»

Le reportage sur Gilbert Sicotte à Radio-Canada. Pas de scandale? On s’en invente un!

› Le prix «Eille, j’ai un diplôme en psychologie»

L’insupportable Joanie à Occupation double. Teinture en vente nulle part. On lui donnera un talk-show dans six mois.

Télé et radio

Un Bye Bye 2017 réussi

CHRONIQUE / Tout le monde a son avis sur la question, mais dans mon livre à moi, on peut certainement parler d’un Bye Bye 2017 réussi. Beaucoup de bons moments dans cette revue humoristique d’ICI Radio-Canada Télé, dans laquelle Anne Dorval et Marc Labrèche se sont particulièrement illustrés, volant très souvent la vedette.

Dans mon palmarès, le sketch «Passe-Partrump» arrive tout en haut. Qui aurait pensé mixer Donald Trump et Passe-Partout, et entendre Kim Jong-un (excellente Anne Dorval) chanter «Mes ministres gigotent, mes ministres barbotent» sur l’air des Poissons, de la célèbre émission pour enfants? Et pour finir, Grand-Papa Bi maintenant transgenre, qu’on doit appeler Grand-Maman Barbra.

Autre sketch réussi, celui de «Chassons avec Luc Lavoie», où le commentateur de LCN, personnifié par Pierre Brassard, prodigue ses trucs pour chasser le séparatiste et qui recueille l’urine de Lise Payette pour attirer ses proies. La meilleure portion du bulletin «TAV Nouvelles» concernait le dossier de Radio-Canada sur Gilbert Sicotte, avec l’acteur qui subit un interrogatoire exagérément serré. «On l’a, nous aussi, notre scoop d’abus à Radio-Canada!» s’exclame le reporter. Plus acide que l’allusion à la bévue de TVA sur la mosquée. Brassard était parfait en Pierre Bruneau.

Très bon clin d’œil, ces Migrants Games au Stade olympique, avec les épreuves du 100 mètres douaniers et du lancer du préjugé. «En sortant d’ici, tu vas réaliser que t’aurais pas dû faire “Occupation doune”», disait la chanson de la très bonne parodie d’OD, avec une Jowanie (fabuleuse Véronique Claveau) complètement débile, au rire démoniaque, qui complote contre Sansdick, Karigne, Neurone, Karoube et les autres. Marc Labrèche a excellé en Jai du Temps, tout comme il a été très bon en Mélanie Djoly, dans «La spécialiste», présenté par Mietflix.

Cet automne de dénonciations a bien sûr fait l’objet de quelques sketches. Dans un segment beaucoup moins sévère que son numéro d’Info, sexe et mensonges, Marc Labrèche a repris Éric Salvail, qui montre son pénis à volonté, chez Salvail & Couilles. Inspiré du clown tueur de Ça, le sketch de Rozon dans les égouts, qui offre ses services à une femme qui perd ses clés, était moins percutant.

Anne Dorval a aussi ébloui en Giovanni/Jean-Claude, dans l’excellente parodie «Apollo dans l’sirop». «Despacito ne jouera pas dans le Bye Bye c’t’année», a promis Simon-Olivier Fecteau, en interrompant un sketch. Eh bien oui, la «toune de marde» a joué, avec l’apport d’Adib Alkhalidey et Joey Scarpellino. La parodie de District 31, «District 30 & 1», était moins drôle que celle de Votre beau programme, mais Anne Dorval était formidable en Hélène Bourgeois Leclerc.

Marc Labrèche, dont la Céline a fait fureur à Info, sexe et mensonges, l’a reprise pour cette parodie très drôle d’un shooting photo pour Vogue, où la diva arbore différents looks extravagants et mange des frites avec la main de René. Bonheur aussi quand Anne Dorval a fait une apparition express dans le sketch sur «L’Ameute», avec son personnage de pub de voitures, qui avait fait fureur l’an dernier.

Beaucoup ri de la bande de dégénérés de «La chambre froide», avec un Guy Carbonneau muet comme une carpe. Même dans les sketches plus faibles, Anne Dorval sauvait souvent la mise, comme son imitation d’Anne-France Goldwater dans «Gégnial!», parodie ordinaire de l’émission de Stéphane Bellavance. Plutôt convenu, le sketch de la boutique de pot n’était pas non plus le meilleur, mais au final, pas de moment vraiment raté dans ce très bon Bye Bye.

EN DIRECT DE L’UNIVERS : LA MAGIE OPÈRE

Télé et radio

L’humour efficace d’«Ouvrez les guillemets»

CHRONIQUE / Le concept m’apparaissait un peu abstrait. Mais il suffit de voir les premières minutes d’«Ouvrez les guillemets» pour comprendre où on s’en va. La nouveauté de François Morency, diffusée à partir du vendredi 12 janvier à 21h sur ICI Radio-Canada Télé, constitue certainement une des belles surprises de l’hiver. Même que la demi-heure passe très vite.

Je craignais la redite, avec Rétroviseur, l’émission de Véronique Cloutier qui confronte des vedettes à d’anciennes citations d’entrevues. Mais on est ailleurs avec Ouvrez les guillemets, où tout est prétexte à l’humour. Pas question de faire brailler les artistes, promet François Morency. On sort des paroles, des titres, des citations, existantes ou qu’on crée de toutes pièces, et on en rit.

Produite chez Attraction Images, Ouvrez les guillemets réunit tout ce que François Morency aime le plus : le stand-up, l’impro et l’entrevue. L’émission en est une de performance, où chaque personne, y compris l’invité, doit se surpasser pour faire rire. Ça ne réussit pas toujours, mais bien souvent. Au final, un seul segment est consacré aux citations passées de la personnalité invitée, les autres étant des manchettes de journaux, des titres de livres, des répliques de cinéma, des perles des réseaux sociaux.

Chaque émission suit un thème précis. Morency est assisté de deux comédiens-humoristes et d’une personnalité invitée. L’émission est divisée en trois segments, le second étant toujours consacré à l’invité de la semaine. Celui-ci doit compléter des citations d’entrevues accordées à des journaux et des magazines, mais aussi des paroles de chansons de son répertoire, s’il s’agit d’un chanteur. Morency propose des choix de réponses loufoques. André Robitaille, Mélissa Désormeaux-­Poulin, Patrice L’Écuyer ne sont que quelques-uns des 12 artistes à s’être prêtés à l’exercice.

Dans la première, sur l’information, Pierre Hébert et Anaïs Favron sont les collaborateurs et Jean-François Breau, l’invité. La seconde émission, sur l’enfance, est encore meilleure, avec un duo Pier-Luc Funk et Rémi-Pierre Paquin fort efficace. François Morency commence avec des titres de livres jeunesse plus que douteux, mais bien réels, dont Noune, l’enfant de la Préhistoire et Mettre son doigt dans le derrière du chat. Certains jeux peuvent faire penser à Piment fort. La pire chose à dire dans une pub de jouets? «La poupée Occupation double : quand on tire sur la corde, elle dit : “Si j’aurais!”»

Comme il l’avait fait du temps du Poing J et de Merci bonsoir, Morency donne la parole aux enfants, leur demandant de donner leur signification de proverbes ou encore d’identifier des hommes politiques. L’invitée, Bianca Gervais, admet ne pas avoir de filtre et regretter certaines de ses paroles. Elle reconnaît avoir menti à quelques reprises, soit pour décrocher un rôle ou tout simplement pour se rendre intéressante.

J’ai ri beaucoup plus en une émission d’Ouvrez les guillemets qu’en trois demi-heures de l’émission Les magnifiques, qui la suivra dans la grille le vendredi soir. 

Mais je n’ai jamais autant ri que les spectateurs en studio, qui se bidonnent presque trop. Beaucoup aimé le segment intitulé «la conférence de presse», où l’animateur et ses deux collaborateurs de la semaine doivent deviner des noms de personnalités. Pier-Luc Funk n’a qu’à parler de ses cheveux de façon un peu hautaine pour que les deux autres devinent qu’il parle de Xavier Dolan. Pour compléter le groupe de collaborateurs : Mehdi Bousaidan, Édith Cochrane, Tammy Verge, Philippe Laprise, Joëlle Paré-Beaulieu et Antoine Vézina. Une 13e émission réunira des moments inédits de la saison.

À peu près tout est scripté, comme à Piment fort, même si la livraison des gags paraît improvisée. Et on tourne deux fois plus pour garder le meilleur. Chaque émission se conclut par l’intronisation au Temple de la renommée d’une citation mémorable. Éric Duhaime est le premier «honoré» pour son fameux «mieux vaut de la mauvaise information que pas d’information pantoute», cité à volonté par la bande de La soirée est (encore) jeune.

Alors que d’autres de sa génération ont du mal à adapter leur humour aux nouvelles réalités, François Morency reste dans le coup. À preuve, son dernier Gala Les Olivier, sur la coche du début à la fin, vu par 1,5 million de téléspectateurs, et conçu par la même équipe, avec qui il travaille sur Ouvrez les guillemets et avant, pour ses galas hommage Juste pour rire. Malgré tout, Morency a décidé de passer son tour pour l’animation des Olivier l’an prochain. Assez les controverses! Il prend une pause des galas pour quelques années, préférant se consacrer à cette nouvelle émission et à une série créée à partir de son livre, Discussions avec mes parents, qu’il développe avec Radio-Canada.

Télé et radio

Hubert et Fanny: le règne de la beauté

CHRONIQUE / Beau comme un dieu et célibataire qui ne veut pas s’engager, Hubert Morin collectionne les conquêtes. Fanny Desjardins, elle, envisage d’avoir un enfant avec l’homme qui partage sa vie depuis sept ans. La rencontre de ces deux êtres, dans des circonstances tragiques, va tout changer.

C’est la prémisse d’Hubert et Fanny, un drame romantique signé Richard Blaimert (Nouvelle adresse), que diffusera ICI Radio-Canada Télé à partir du mardi 9 janvier à 21h, dans l’ancienne case de Mémoires vives. Mariloup Wolfe réalise 9 des 12 épisodes, et Richard Blaimert, les trois autres.

Hubert (Thomas Beaudoin), qui gagne sa vie comme tatoueur après des échecs en restauration, est beau et il le sait. Partout où il passe, les femmes se retournent, éblouies par sa beauté. Toutes les occasions de baise sont bonnes, y compris lorsqu’il accompagne son coloc à l’urgence de l’hôpital. Mais pour l’engagement, pas question. «Qui dit qu’on a besoin d’être en couple pour être heureux?» demande-t-il.

Travailleuse sociale très investie, Fanny (Mylène St-Sauveur) mène la vie que plusieurs femmes lui envieraient, avec un chum fin et intelligent, Guillaume (Mickaël Gouin). Plus qu’un amour ordinaire, une vraie belle complicité unit ce duo. Le destin fait qu’Hubert et Fanny se retrouvent ensemble sur les lieux d’un hold-up qui tourne mal dans une caisse populaire. Le prince charmant protecteur fait tout de suite son effet auprès de la douce éplorée. Les deux en sortent ébranlés et changés à jamais, attirés l’un vers l’autre de manière incontrôlable.