S’il revêt de temps en temps le costume de chef d’orchestre, le pianiste émérite Louis Lortie sera derrière son instrument de prédilection pour interpréter le Concerto pour piano nº 24 de Mozart, au CNA.

Revisiter Mozart

Alors que son travail le transporte de Berlin à Shanghai, le célèbre pianiste québécois Louis Lortie fera escale au Centre National des Arts à Ottawa mercredi et jeudi, le temps d’un concerto de Mozart.

Sous la baguette de la cheffe d’orchestre invitée Xian Zhang, le virtuose interprètera le Concerto pour piano nº 24 de Mozart, longtemps considéré comme l’une des meilleures œuvres du génie autrichien. « C’est un des concertos les plus connus de Mozart, donc je ne le laisse jamais de côté très longtemps », indique Louis Lortie en entrevue téléphonique.

Si ses visites au pays sont exceptionnelles, c’est parce que le récipiendaire de l’Ordre du Canada et de l’Ordre national du Québec a une vie professionnelle plutôt chargée. Artiste en résidence, cette saison, à l’Orchestre symphonique de Shanghai, en Chine, directeur de la section piano à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth à Bruxelles, en Belgique, fondateur et directeur artistique du Festival international de musique du lac de Côme, en Italie, le pianiste domicilié à Berlin confie vivre davantage dans ses valises que chez lui. « J’essaye de traverser [l’Atlantique] pour faire plusieurs choses à la fois. Le décalage étant épuisant, je limite les déplacements. Malgré tout j’en fais quelques-uns dans l’année. »

Alors qu’il ne revient qu’à l’occasion au Canada, le pianiste revient toutefois souvent à Mozart. Il confie ne jamais se lasser d’interpréter les œuvres du génie. « J’aime tous les concertos de Mozart, même les moins connus, je les trouve tous magnifiques. Je les ai tous joués et c’est toujours très agréable d’y revenir. »

Fait inusité, Mozart composait davantage en majeur, et son Concerto pour piano nº 24 compte parmi les deux seuls qu’il a écrits en mineur. Une particularité qui le rend accessible. « Ces œuvres accrochent tout de suite, parce qu’elles sont dramatiques. C’est donc très agréable même pour quelqu’un qui n’aurait jamais entendu cette pièce », souligne M. Lortie.

Le pianiste québécois l’avait déjà interprété, il y a plusieurs années dans le cadre d’une tournée enregistrée au début des années 1990. Un enregistrement qui lui a d’ailleurs permis de réécouter ce qu’il avait fait à l’époque et d’y apporter une nouvelle couleur. « Après tant d’années, c’est toujours intéressant de revoir ce qu’on a fait. Ça m’a servi de base pour apporter des changements », explique-t-il.


« C’est très agréable même pour quelqu’un qui n’aurait jamais entendu cette pièce.  »
Louis Lortie

Si le musicien connait ce concerto sur le bout des doigts, jouer du Mozart laisse place à l’improvisation puisque les partitions, qui datent du 18e siècle, ne sont probablement pas telles que le compositeur les avait écrites. « Elles avaient été corrigées bien des décennies après [sa mort], indique Louis Lortie. Et, tout le monde s’entend pour dire que Mozart ne jouait pas exactement les notes comme elles sont dans la partition. Il se permettait d’improviser. Parfois, il s’agit d’une simple ligne mélodique, donc il faut imaginer ce que Mozart aurait pu écrire », souligne-t-il.

Ce concerto s’inscrit dans un programme où l’orchestre interprètera entre autres l’ouverture de L’Italienne à Alger de Rossini et la Symphonie nº 7 de Beethoven sous la baguette de Xian Zhang, qui est devenue en 2015, la première femme à obtenir un rôle titulaire à la tête de l’Orchestre national gallois de la BBC.

Les jeunes et le classique
Alors qu’il enseigne à de jeunes pianistes âgés de 18 à 30 ans à la Chapelle Musicale Reine Élisabeth, Louis Lortie avoue trouver cette expérience très enrichissante. « On apprend beaucoup avec l’inexpérience et ça peut être très utile. Il y a une fraîcheur qui fait partie de l’inexpérience qui est très providentielle », estime-t-il.

Et bien que certains jeunes trouvent une véritable vocation avec la musique classique, nombreux sont ceux qui sont réticents à en écouter, jugeant le style ringard ou trop ennuyeux. Mais pour Louis Lortie tout est une question d’éducation et le plus tôt est le mieux. « Ça commence par les programmes des orchestres qui leur permettent d’assister à des concerts en matinée ou à des visites dans les écoles. Il faut simplement développer leur goût en les amenant sur place et leur faire découvrir », conseille le pianiste.

POUR Y ALLER

Quand ? Mercredi 18 et jeudi 19 avril

Où ? Hall Southam au CNA

Renseignements : nac-cna.ca