Pierre Verville et son vieux complice Daniel Lemire montent sur scène en duo pour la première fois depuis 1988.

Retrouvailles classiques

Ne demandez pas à Pierre Verville combien de voix différentes il a imitées au fil de sa carrière : il n’en sait rien. Et n’en a cure.

Dans ce métier, « on ne fait pas vraiment de calcul. Ni de mise à jour », dit-il. « Ça doit être dans les alentours de 300 », poursuit-il, évasif, parce qu’on insiste. « Ou 400 peut-être », en englobant les personnalités à qui il a donné vie, souvent de façon très éphémère, au fil des capsules et « caricatures sonores » qu’il a signé 16 années durant, au micro de René Homier-Roy.

Il est plus facile pour l’imitateur de circonscrire l’exercice comptable au nombre de voix qu’il fera ce soir, mercredi 22 novembre, sur les planches de la Maison de la culture de Gatineau : entre 25 et 30.

Mais Pierre Verville n’investira pas les planches de la Salle Odyssée tout seul : il y retrouvera son vieux complice Daniel Lemire, rencontré il y a quelque 33 ans (aux Lundis des Ha ! Ha !), avec qui il a souvent tourné (à la grande époque de Ding et Dong), mais avec qui il n’avait pas partagé la scène depuis 1988. 

Le tandem ne cache pas le « plaisir » que lui procurent ces retrouvailles, tout simplement titrées Lemire-Verville. 

« On avait le goût de se retrouver ensemble. Et de faire plaisir aux gens. On veut qu’ils s’amusent. Sauf que pour s’embarquer dans une aventure pareille, il faut d’abord que ça nous plaise. À nos âges, on ne fait plus ça pour l’argent. »

Ce spectacle commun permet à chacun de rompre avec sa routine : les one man shows pour Lemire ; les enregistrements hebdomadaires (À la semaine prochaine ; Et Dieu créa Laflaque) pour Verville, ravi de s’accorder le temps et la liberté d’« approfondir et peaufiner les choses », au lieu de travailler dans l’urgence, avec l’impératif de coller à l’actualité brûlante des derniers jours.

Une occasion rare et précieuse, car Verville a un véritable agenda de ministre. Comédien, il est aussi de la distribution de la série policière Mensonges. Et comme il devait passer trois semaines au Manitoba pour le tournage de l’émission Fou des oiseaux qu’il anime, il a confié à Lemire le soin d’écrire la première mouture du spectacle. 

« C’est équilibré, et personne ne tire la couverture », note Pierre Verville, en mentionnant aussi la participation de Donald Bouthillette et Daniel Chiasson à l’écriture, et la présence de Denis Bouchard à la mise en scène. Complice de longue date de Lemire, Bouchard avait aussi travaillé sur le spectacle de variété et d’imitations Cyclone, auquel avait participé Pierre Verville. « Je l’avais trouvé très efficace, et il l’a été encore une fois. C’est devenu notre show à tous les trois »

 Ensemble, ils proposent une série de sketches ni méchants, ni bon enfant, mais « entre les deux ». Quelque chose de « léger », mais « croustillant ». 

Une soirée à la fois collée sur le présent et trempée dans le passé. Car si le duo pose son regard décalé sur l’actualité, les deux vétérans de l’humour en profitent aussi pour « faire le point sur [leurs] carrières [...] et se taquiner là-dessus », expose Pierre Verville.

Le tandem ne cache pas le « plaisir » que lui procurent ces retrouvailles, tout simplement titrées Lemire-Verville.

Conversations

Dans cet élan nostalgique, Daniel Lemire ressort du placard la plupart de ses personnages fétiches, de l’éternellement défoncé Ronnie Dubé à Yvon Travaillé le fonctionnaire, en passant par Oncle George. Que Lemire voulait éviter, mais qu’il a accepté de ramener à la demande de Pierre Verville « et seulement quand on a réussi à trouver le bon flash ».

Sur scène se succèdent des « conversations » entre les personnages classiques de Lemire et les imitations pas moins classiques de l’autre. Verville se glisse aussi dans la peau de personnages stéréotypés, ce qui lui permet d’explorer une autre forme de théâtralité que lorsqu’il se contente d’imiter des personnalités politiques ou publiques.

Aborder l’actualité récente « est une façon de rencontrer rapidement de nombreux personnages que j’imite, [mais] ce n’est pas un festival d’imitations, précise-t-il toutefois. Si on décide de faire un personnage, c’est parce qu’il a quelque chose à dire ». 

Les personnages convoqués permettent au duo d’aborder des sujets sociopolitiques qui leur tiennent à cœur, tels les couacs du système de santé au Québec, les embouteillages montréalais, l’affaire Rozon ou encore la future rencontre du G7 organisée par Justin Trudeau à Charlevoix en juin prochain. 

Rodé depuis l’été dernier, le show a été présenté en première montréalaise la semaine dernière. « Depuis quelques semaines, c’est beaucoup plus fluide, on joue de façon beaucoup plus décontractée », 


POUR Y ALLER

Quand ? Mercredi 22 novembre, 20 h

Où ? Maison de la culture de Gatineau

Renseignements : 819-243-2525 ; www.salleodyssee.ca