Le réalisateur Rémi St-Michel propose son premier long métrage qui se déroule à Baie-Saint-Paul, dans Charlevoix.

Rémi St-Michel: au pays des hormones

«L’idée de base, c’est de fusionner le coming of age movie (film de passage de cap) et le film catastrophe», explique le réalisateur d’Avant qu’on explose, Rémi St-Michel.

Son film suit le trajet de Pierre-Luc, en pleine crise hormonale adolescente, devenu d’autant plus pressé de perdre sa virginité qu’autour de lui, la troisième guerre mondiale semble imminente, à en croire les nouvelles qui bombardent le téléviseur.

Pour le personnage de Pierre-Luc, «la guerre amène la notion que la vie peut arrêter à tout moment. Elle représente la mort, mais c’est pire que sa propre mort à lui [puisque] la fin du monde approche, et que c’est la fin de tout.»

La guerre illustre ainsi une pression extérieure, «un ultimatum terrible, pour motiver encore davantage la quête qu’il s’est donnée — de baiser à tout à prix — et qui selon moi est un peu irrationnelle. À mes yeux, c’est une façon pour lui de détourner sa peur de la mort», poursuit le réalisateur, qui, pour son tout premier long métrage, s’est amusé à jongler avec des éléments empruntés à plusieurs autres genres cinématographiques.

Malgré trois ou quatre séquences vidéoclipées, dont l’énergie fait écho au fantasme qui sous-tend la scène, Avant qu’on explose opte pour une caméra généralement très statique. «C’est la façon dont j’ai pris l’habitude de faire tous mes courts-métrages : j’essaie de laisser mes acteurs prendre l’espace dans l’image», se défend le réalisateur.

«Dans tout le film, on fait une espèce de slalom de genres. Il y a des éléments de comédie [dont on] reprend les codes connnus, en les assumant. Ça prend un virage plus dramatique par bouts» au point que le spectateur peut légitimement se demander si ça va prendre le champ, glisser dans un tragique plus glauque (genre Roméo et Juliette, Basketball Diaries ou Kids, choisissez votre venin), voire dans une poésie post-apocalyptique, tel que le suggère la présence insolite – surréaliste, presque – d’un orchestre de rues qui s’impose en figure héraldique de l’apocalypse annoncée, et dont le joyeux tintamarre revient régulièrement inquiéter les protagonistes.

Sans être dangereux, ces musiciens «deviennent de plus en plus alarmistes», et un peu menaçants sur les bords, reconnaît le réalisateur en riant. En réalité, il s’agit du sympathique Orchestre d’Hommes Orchestres, dont sont fans tant Rémi St-Martin que son scénariste, Éric K. Boulianne.

La présence de l’orchestre est, de la part du cinéaste, «un petit clin d’œil à [Emir] Kusturica et au Cirque du Soleil», car tout le film se déroule à Baie-Saint-Paul, petite ville qui a vu éclore Les échassiers de la Baie... troupe fondée par Guy Laliberté et quelques amis artistes de rue, clowns et autres cracheurs de feu juchés sur leurs échasses — et qui, dans les années 80, ont provoqué quelques flammèches, au sein d’une collectivité prise de court.

Dans le film, l’orchestre déglingué crée lui aussi de la tension, souligne le réalisateur. «Assez tôt, on établit qu’à Baie-Saint-Paul, personne ne s’inquiète vraiment de la guerre, à part Pierre-Luc et eux (les forains). Donc à chaque fois qu’il les voit, ça renforce sa peur en même temps qu’un sentiment d’urgence.»

«Mais est-ce que la fanfare est là pour de vrai ou est-ce que [Pierre-Luc] l’hallucine? Pour moi, les musiciens sont vraiment là. Mais si le spectateur préfère penser que c’est un délire, je n’ai aucun problème avec ça!» s’esclaffe-t-il.

Énergie de jeunesse

L’angoisse du protagoniste n’est pas autobiographique. L’angoisse déraisonnable, exagérée du garçon, «je m’en affranchis», précise Rémi St-Michel, amusé. «C’est davantage celle du scénariste : Éric, s’il voit une comète, il [se crispe]. Plus jeune, il a aussi connu de [nombreuses] crises de panique.»

Reste qu’«il y a un moment dans ton adolescence où tu réalises que tu vas mourir [inéluctablement] et tu paniques. Ça, personnellement, je me souviens très bien avoir eu ce vertige existentiel», indique l’homme de 36 ans, qui a rapidement su «faire abstraction» de cette réalité, à laquelle il n’existe nulle réponse ni alternative.

Avec son complice Éric K. Boulianne, coscénariste de De Père en Flic 2 et auteur pour la télé (SNL Québec; Les Pêcheurs), il a déjà tourné plusieurs courts-métrages, dont Petit Frère, en 2014, qui a été sélectionné au Festival de Cannes.

M. Boulianne jouait d’ailleurs dans ce court mettant en vedette un tout jeune Étienne Galloy... lequel campe aujourd’hui Pierre-Luc, le protagoniste d’Avant qu’on explose.

«Ce n’est pas du tout une suite de Petit Frère, mais c’est vrai qu’on a tout de suite voulu reprendre Étienne et son énergie, pour la transposer en long métrage — en s’accordant autant de liberté que quand on a fait le court», précise le réalisateur.

«Avec Éric, on a toujours cette tendance de rendre un peu puérils nos personnages adultes. On aime les relations facétieuses qu’ont les jeunes, entre amis, et ce langage direct, où on ne prend pas de gants pour se lancer une craque. [...] Cette dynamique était intéressante» à travailler avec les comédiens, aussi jeunes que nombreux, qui constituent 80 % de la distribution (à commencer par Will Murphy et Madani Tall, à qui donnent la réplique Antoine Olivier Pilon et Rose-Marie Perreault).

Le noyau de l’équipe de production se situe «entre deux âges» : «Éric a 34 ans; Mathieu Laverdière, le directeur photo, en a 40. Moi, il y a encore une grosse partie adolescente qui m’habite et qui, sans doute, ne s’en ira jamais totalement...»

Avant qu’on explose prend l’affiche le 28 février.