Projet D donne l'occasion de revoir une Maxine Turcotte des plus convaincantes dans chacun des trois rôles qu'elle y défend.

Projet D à La Nouvelle Scène: M pour Maxine

Le défi était grand, pour la metteure en scène Lisa L'Heureux : créer un univers cohérent à partir de trois courtes pièces signées par autant d'auteurs, dans des registres des plus différents. Si elle parvient à ne pas semer le public, avec son Projet D, c'est notamment grâce à un fil d'Ariane nommé Maxine Turcotte. Qu'elle campe une femme marquée au fer rouge par la disparition de sa soeur, une auteure à succès craignant de vieillir seule ou une commis de bureau désabusée de la vie, la comédienne brille, dans la production du Théâtre Rouge Écarlate présentée à La Nouvelle Scène jusqu'à samedi.
Une vieille baignoire rouge. Une scène en angles et des marches plus ou moins à niveau. Autour de ce décor unique - conçu par le scénographe John Doucet -  Lisa L'Heureux a convoqué Mishka Lavigne, Annie Cloutier et Antoine Côté Legault. Des contrecoups de la disparition d'un proche à la rencontre de deux femmes en quête d'un espace où respirer, en passant par la relation trouble entre une écrivaine vedette, son fils et une admiratrice, Projet D explore la détresse humaine en trois temps.
Du lot, le solo de Mishka Lavigne ressort sans l'ombre d'un doute. 
Rendu avec brio par une Maxine Turcotte qu'il faisait vraiment bon retrouver sur scène, Vigile lève le voile sur les secrets d'une femme ne s'étant jamais remise de la disparition de sa soeur aînée Maïa, alors qu'elles n'étaient toutes deux que des enfants. D'une confidence à l'autre - que la comédienne relate d'une voix douce, comme pour rassurer, voire bercer la petite fille qu'elle a déjà été - les spectateurs comprennent peu à peu son drame. Subtilement, Mishka Lavigne sème aussi le doute quant aux intentions réelles de son personnage. Qui participe à toutes les vigiles et les battues. Qui aime souffrir, dans l'espoir que sa souffrance ramène les enfants disparus... L'ensemble s'avère aussi habile que poignant.
Si Vigile lance la soirée de solide façon, elle ne lui donne toutefois pas le ton. Car avec Reviens, mon lapin, d'Annie Cloutier, on passe ensuite à l'absurde. Un absurde plus ou moins bien maîtrisé par le trio de comédiens qui ont à défendre un texte aux répliques tour à tour ampoulées et irrévérencieuses. 
Maxine Turcotte se glisse dans la peau - et la robe rouge - d'une star de la littérature carburant à la recette pour vendre. Elle est non seulement crédible, mais également cinglante, cajoleuse et pleurnicheuse à souhait. À ses côtés, en fan pour le moins intense de l'auteure, Chloé Tremblay réussit à donner le change, même si, parfois, elle pousse la note (et le rire) un peu trop fort, exagérant inutilement le côté caricatural de son personnage. Est-ce par manque de contacts visuels avec ses partenaires, toujours est-il qu'Alain Lauzon n'a pas toujours réussi à placer ses répliques au bon moment, lors de la première de mercredi. Du trio, c'est par ailleurs lui qui semblait avoir le plus de difficulté avec le ton particulier de Reviens, mon lapin.
Mmes Tremblay et Turcotte partagent de nouveau l'espace dans Et au-delà des gratte-ciel, d'Antoine Côté Legault. Cette fois, les deux actrices incarnent des femmes aux antipodes (une « jeune chienne de ruelle » en quête d'un repère et une commis plus ou moins dépressive) qui se retrouvent face à face, sur le toit d'un édifice. Une rencontre aussi improbable qu'importante pour ces êtres cherchant une raison de continuer à vivre. Et qui vont peut-être la trouver à force de passer du temps ensemble - offrant du coup une image forte et belle à recevoir  pour clore la soirée.
Plutôt que de platement enchaîner les trois pièces, Lisa L'Heureux a eu la très bonne idée de fondre les histoires par des noirs au sein desquels le public peut voir les comédiens se transformer, prendre position et installer chaque univers.
Avec les auteurs et les comédiens, elle a aussi tissé des liens entre les pièces, ici, par des allusions aux mousses de bain dans les textes ; là, par l'utilisation de feux de bengale comme accessoire.  
Il n'en demeure pas moins que l'exercice de réunir de la sorte trois histoires aussi éclectiques comporte son lot d'écueils, dont celui de l'inégalité, que Projet D n'évite pas tout à fait.
POUR Y ALLER :
Jusqu'au 11 mars, 20 h
La Nouvelle Scène
613-241-2727 ; nouvellescene.com