En Saskatchewan, il travaille pour l’association Jeunesse en français et milite pour la défense du français auprès des jeunes de 12 à 25 ans.

Prairies: Shawn Jobin, minorité en gamme majeure

Des artistes francophones des quatre coins du pays, de la musique émergente ou confirmée, des concerts éclair d’une vingtaine de minutes. Contact Ontarois revient pour sa 37e édition du 16 au 20 janvier. Les vitrines grand public seront présentées au Centre des Arts Shenkman, à Orléans. Cartographie par portraits choisis.

À Contact Ontarois, Shawn Jobin cumule les singularités. C’est le seul artiste à représenter les Prairies. Le seul, aussi, à investir la catégorie des rappeurs. À l’image de son parcours ponctué de déménagements et de réadaptions, toujours du côté des minorités. Au Québec, il a été scolarisé dans une école anglophone. En Saskatchewan, il travaille pour l’association Jeunesse en français et milite pour la défense du français auprès des jeunes de 12 à 25 ans. « Je ne peux pas dire quelle est ma langue maternelle et je ne m’identifie pas bilingue non plus. » Caméléon peut-être ? Une chose est sûre, ce Fransaskois d’adoption a su embrasser les combats de ses lieux de résidence. 

Il chante que l’avenir de notre langue est « cauchemardeux » dans Éléphant, son premier album paru en mai 2017, mais n’a pas baissé les armes pour autant. À 25 ans, ce nouveau venu sur la vaste scène franco-canadienne nous appelle ses « cousins franco-ontariens », comme d’autres diraient « bro! » sous d’autres latitudes rap.

« Quand je suis arrivé en Saskatchewan rejoindre ma mère, à l’âge de 15 ans, ce n’était pas par choix, mais par obligation, se souvient-il. Je voulais repartir. Puis j’ai ressenti quelque chose de particulier, cette bataille linguistique encore vivante. Je me suis dit qu’il y aurait peut-être besoin de soldats dans ce combat-là ! » Cela posé, personne ne sera surpris qu’il ait choisi le rap comme porte-voix de la contestation adoptée.       

Depuis, Shawn Jobin a appris à aimer les vastes espaces et l’isolement concomitant du Far West. « Il y a peu de choses qui m’influencent côté scène et sons. Je suis seul dans mon univers avec l’avantage de ne pas avoir à entrer dans un moule ». 

Cet isolement fructueux pour l’inspiration se double d’une appréhension sans laquelle l’artiste ne ferait pas partie de Contact Ontarois. « Tourner dans l’Ouest, c’est impossible à cause de la logistique, résume-t-il. Je n’ai pas le choix de m’exporter et d’aller voir ailleurs, notamment en Ontario où j’aimerais présenter des spectacles et collaborer avec des artistes franco-ontariens. Mais je pense qu’inévitablement, il faudra bien retourner au Québec ensuite ». Une première participation à Contact Ontarois, en 2014, lui avait ouvert les portes des écoles de la province pour une grande tournée avec sa formation en duo. Maturé depuis, son nouveau spectacle réunit deux interprètes et un musicien multi-instrumentiste. « Nous aurons 20 minutes pour montrer la meilleure facette de l’album », s’impatiente Shawn Jobin, quelques jours avant le baptême du feu.     

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À l’affiche des Vitrines #8 et #9 - Grand public, le 19 janvier, de 19 h 30 à 23 h : Maryanne Côté, Raphaël Butler, Shawn Jobin, Céleste Lévis, Jacques Jacobus, Yao, Matiu, Laurence Castera et Shaun Ferguson.