Avec Portage, l’artiste peintre David Kaarsmasker représente une réalité concrète pour mieux l’abstraire ensuite dans ses œuvres.

Portraits du Portage à l’âge abstrait

Peu de temps après avoir déménagé à Toronto, l’artiste David Kaarsemaker expose dans la région où il a étudié. Ce titulaire d’une maîtrise en beaux-arts de l’Université d’Ottawa n’est pas tout à fait parti : son exposition Portage se découvre à la galerie Montcalm jusqu’au 26 novembre.

On l’aura récemment remarqué sur les cimaises du Musée des beaux-arts à titre de finaliste du Concours de peintures canadiennes de RBC : photographe de formation, il joue des notions de profondeurs dans sa démarche artistique.

Le visiteur de son exposition devinera en effet, derrière les coups de pinceaux, lignes et pointillés en guise d’écrans visuels, des formes distinctes sur certains tableaux : ici, les toits d’un village ; là, des arbres ou du mobilier d’intérieur. En dépit de l’effet abstrait qui domine son travail, rien n’est laissé au hasard ou à l’imaginaire.

« Je suis un peintre représentationnel, précise-t-il dans un français tout à fait charmant, j’aime travailler à partir d’une base que je peux observer. » 

Il nous explique qu’il confectionne son sujet à partir de maquettes en carton peintes en blanc sur lesquelles il projette des images. « J’aime cette transition entre un sujet tiré de la réalité et un procédé qui me permet d’abstraire cette réalité. »

L’artiste s’est inspiré des paysages urbains du secteur Hull, séduit par le brutalisme qui y prévaut. « Les bâtiments gouvernementaux ont été construits dans les années 70 et 80 dans un style très commun au Canada, mais qui a mal vieilli, analyse-t-il. L’idéologie de cette architecture ne se traduit plus de nos jours. Pourtant ce fut conçu avec les meilleures intentions, dans une forme d’utopie idéaliste. J’aime cette distance entre intentions et réalité. »

L'exposition Portage, par l’artiste David Kaarsemaker

Ce décalage cadrait bien avec la démarche du peintre : David Kaarsemaker dit chercher à créer une impression de distance psychologique par rapport aux sujets apparents de ses peintures et une présence vibrante et tangible. Pour expliquer son travail, il convoque souvent les images de strates géologiques ou de lignes de cartes topographiques. 

Tout comme dans ses toiles où le mouvement du pinceau prédomine, le parcours du peintre est dominé par les déplacements : élevé en Colombie-Britannique, il a voyagé en Afrique de l’Ouest où ses parents travaillaient pour une ONG, a appris le français au Burkina Faso, puis a choisi Montréal dans sa vingtaine, avant de déménager au Nouveau-Brunswick et à Terre-Neuve. 

Profondeur et illusion

« J’étais un enfant qui dessinait et peignait, raconte l’artiste âgé de 37 ans. J’ai toujours été attiré par la matérialité de la peinture, son aspect crémeux, en opposition à la photographie qui ne présente pas les mêmes qualités. J’aime le fait que la peinture peut exprimer la profondeur et l’illusion tout en offrant une surface tangible. » 

Les 22 toiles exposées à la galerie Montcalm promènent leurs titres sur le site Zibi : Eddy Mill 5, Chaudières, Zibi Interior 1… Sur le terrain, un chantier miné de controverses. En peinture, l’artiste retient un fabuleux sujet ourlé d’inspirantes contradictions : « Comment le langage — le blanchiment écologique [greenwashing], le respect du territoire autochtone, par exemple — devient une image et comment l’importance de cette image peut donner l’impression d’être complètement différente de la réalité. » 

Comme en communication ou en politique, l’art de David Kaarsemaker réussit ce tour de force : passer de la réalité naturelle à la réalité abstraite et proposer une vision du monde et de la forme tout à fait personnelle.


POUR Y ALLER

Quand ? Jusqu’au 26 novembre

Où ? Galerie Montcalm

Renseignements : (819) 595-7488