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«Dans moins de 30 ans, il y aura plus de déchets plastiques dans les océans que de poissons», se désole l’auteure Andrée Poulin.
«Dans moins de 30 ans, il y aura plus de déchets plastiques dans les océans que de poissons», se désole l’auteure Andrée Poulin.

Pollution plastique d’Andrée Poulin: Le plastique expliqué aux enfants

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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Auteure d’une soixantaine de livres jeunesse,  la Franco-Ontarienne Andrée Poulin a fait paraître Pollution plastique, un livre documentaire des plus fouillés sur un sujet complexe, qu’elle vulgarise avec talent, en ciblant un public de 10 ans et plus.

Les jeunes et les moins jeunes lecteurs trouveront là matière à réflexion, vision globale du dossier, et gestes environnementaux à poser à leur échelle. Et, malheureusement, de quoi nourrir aussi cette écoanxiété qu’on dit si prégnante parmi les jeunes générations.

Tout en restant synthétique, l’ex-journaliste (elle a œuvré au journal Le Droit) a fait preuve d’une remarquable exhaustivité en abordant les nombreux enjeux liés au plastique, ici circonscrits à 56 pages — abondamment illustrées par Jean Morin.

Après avoir vécu l’âge de pierre, du bronze puis du fer, l’humanité a amorcé dans les années 1950 une nouvelle ère : l’âge du plastique, résume d’abord Andrée Poulin en cherchant à faire prendre conscience, dès les premières pages de son documentaire, de l’omniprésence des objets plastiques, de la chambre à la salle de classe.

Et si l’auteure n’omet pas de souligner — en quelques pages sans doute crève-cœur — l’aspect « merveilleux » du plastique, tout à la fois résistant, souple et léger, son importance capitale dans nos vies et son apport aux progrès de la médecine, de la sécurité, de l’hygiène et des technologies, elle se penche essentiellement sur les problématiques environnementales liées à sa dégradation (comprendre : sa non-dégradation) et au gaspillage qui découle de l’utilisation intensive d’objets à usage unique. Elle se focalise aussi, et sans surprise, sur l’impact catastrophique des miocroplastique sur les écosystèmes marins. 

Son livre donne, à hauteur d’enfant, des pistes pour réduire la consommation et développer des comportements responsables.

Pas une première

Andrée Poulin n’en est pas à sa première plongée dans l’écriture documentaire, elle qui, en 2012, avait publié À la découverte de l’Ontario français (L’Interligne), donnant un aperçu de la vitalité francophone dans sa province de naissance. 

Mais Pollution Plastique est autrement plus ambitieux, en termes de rayonnement international, et la nature scientifique du sujet, avoue l’auteure, la sortait cette fois de sa zone de confort. 

« Moi, j’ai un bac en littérature, pas en sciences, rigole-t-elle au bout du fil. Ce n’est pas un domaine que je connais, alors juste pour expliquer ce qu’est le plastique, ça m’a pris une semaine. » 

« Le sujet est vaste, énorme, complexe. [...] Expliquer à un jeune de 9 ans comment fonctionne l’économie circulaire, ce n’est pas simple. J’ai même appelé le CREDDO (Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais) pour vérifier mon manuscrit. » 

Un travail de « deux ans de recherche et de rédaction », dit-elle. 

« Mais mon expérience de journaliste m’a beaucoup aidée, pour consulter plusieurs sources, faire des entrevues, et la triangulation des informations », ajoute celle qui, le mois dernier, a remporté un Prix des libraires pour Enterrer la lune (La courte échelle), un récit de fiction comportant un sous-texte documentaire, comme beaucoup des livres d’Andrée Poulin.


« Le sujet est vaste, énorme, complexe. [...] Expliquer à un jeune de 9 ans comment fonctionne l’économie circulaire, ce n’est pas simple. »
Andrée Poulin, auteure

Des problèmes... et des solutions

Elle-même a « énormément appris » en chemin, et s’étonnait souvent de découvrir certaines informations frappantes qui, selon elle, méritaient d’être connues de tous, comme le fait que « nos fameuses brosses à dents en plastique mettent 450 ans à se décomposer », tout comme les bouteilles en plastique.

En tant qu’auteure jeunesse, Andrée Poulin est très consciente des inquiétudes de son jeune public vis-à-vis de l’environnement. Tout au long de « mes recherches, je me disais ‘Mon Dieu que c’est déprimant.’ Moi, je suis vieille, mais les enfants, ce sont eux qui vont vivre avec ça ».

Elle s’est donc efforcée d’avoir une approche globalement constructive, pour éviter d’alimenter leur écoanxiété et motiver au contraire les gestes écocitoyens.

Le défi, « c’était tout le temps d’expliquer et de présenter les faits sans décourager les jeunes. 

De leur montrer qu’il y a de l’espoir, malgré tout ce qui est négatif. À la fin du livre, on est dans l’action [en proposant] des choses faciles à changer », comme transporter sa bouteille d’eau réutilisable, ainsi que des ustensiles et une paille en métal, et autres trucs que « les familles peuvent facilement faire pour diminuer leur empreinte ».

L’ex-journaliste Andrée Poulin a fait paraître <em>Pollution Plastique</em>, un livre documentaire très fouillé destiné aux enfants de 10 ans et plus.

Le message

Les illustrations apportent ici et là une touche d’humour, mais elles « viennent aussi renforcer le message » ou le compléter visuellement, fait-elle valoir. Une image vaut mille mots. Un dessin d’albatros rempli de déchets plastiques est tout aussi éloquent que parler en détail de la « catastrophique » réalité  qu’on trouve dans l’estomac des oiseaux marins.

Il serait naïf d’attendre passivement que les gouvernements mènent le bal du changement, en termes de gestion du plastique, dit-elle. « Les enjeux économiques sont très importants et le lobby proplastique est très fort, même au Canada. Dès qu’un gouvernement tente quelque chose pour diminuer la consommation plastique », l’industrie vient lui mettre des bâtons dans les roues, avertit-elle.

Et le Canada est loin d’être le meilleur élève de la planète : « On s’est un peu traîné les pieds. Greenpeace Canada est très critique de la lenteur de nos stratégies » gouvernementales visant à limiter les plastiques à usage unique, constate Andrée Poulin.

« Seulement 10 % du plastique est recyclé dans le monde, parce que ça coûte plus cher de le recycler que de l’enfouir », argue-t-elle.

Pollution invisible

Elle se dit estomaquée par « l’ampleur » du problème. « Dans 30 ans, il va y avoir plus de déchets plastiques dans nos océans que de poissons », grince-t-elle en évoquant les cinq grands gyres océaniques formant ce qu’on appelle communément les « continents de plastique » (« soupes de plastique » serait plus proche de la réalité) saturés de microdéchets.

Elle s’alarme bien sûr pour la survie des créatures océaniques, mais elle s’inquiète avant tout de l’impact sur la santé humaine. Au-delà des images de plages et de rivages transformés en dépotoirs, la pollution est aussi invisible, car le plastique se désagrège en nanoplastique, puis en microparticules.

« Les particules, on les respire et on les mange ! Greenpeace cherche à établir des liens avec le cancer ou le déficit d’attention. Les recherches sont encore assez jeunes, mais je garantis qu’on va finir par prouver les liens entre ces substances toxiques et certaines maladies » humaines, avance-t-elle.

« On ne se débarrassera jamais du plastique, donc il faut s’en servir de façon intelligente », convient-elle. Son livre aborde les solutions technologiques qui s’offrent (ou s’offriront peut-être ?) à nous. Parmi les avenues qu’explorent les scientifiques, elle mentionne les expériences autour du bioplastique — fabriqué à partir du maïs et non plus du pétrole, par exemple — et qui s’avérerait moins nocif.

Polution plastique
André Poulin
56 pages ; Édition de l’Isatis
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