L’interprète d’Édith Piaf Anne Carrère sera en spectacle au Centre des arts Shenkman, ce samedi 14 avril.

Piaf, comme si vous y étiez

La Française Anne Carrère se fond dans la voix et l’énergie d’Édith Piaf comme bien peu l’ont fait avant elle.

Nombreux, en France, sont ceux qui voient Anne Carrère comme l’« héritière musicale légitime » de « La Môme » depuis que la jeune femme a commencé à incarner Édith Piaf — d’abord au sein de la comédie musicale Paris, le spectacle, en 2015, date qui commémorait le centenaire de naissance d’Édith Piaf ; puis à l’avant-scène, à présent qu’on lui a confié les rênes de Piaf ! le spectacle, où elle chante en solo — entourée toutefois de quatre musiciens.


«  Les gens, de plus en plus souvent, viennent me voir en disant : “On aime Édith Piaf. Mais maintenant, on aime aussi Anne Carrère.  »
Anne Carrère

Gage, semble-t-il, de ses qualités : Piaf ! Le spectacle a dépassé les 400 représentations. Le spectacle est même devenu Piaf ! the show lorsque Mme Carrère a été invitée en 2017 à tourner aux États-Unis, s’arrêtant notamment au célèbre Carnegie Hall de New York, qui l’a présenté (à guichets fermés) ; « un moment magique », se souvient-elle. Quelque 60 ans plus tôt, Édith Piaf avait foulé ces mêmes planches. La tournée se prolongera au moins jusqu’en 2019, indique l’interprète.

Sans oublier qu’un Piaf symphonique — un projet qui serait livré clef en main aux orchestres philharmoniques de la planète — est déjà sur la table à dessin du même producteur, Gil Marsalla, qui a retenu les services du compositeur japonais NOBU pour les orchestrations.

Ce spectacle qui « retrace la vie d’Édith Piaf à travers ses chansons », Anne Carrère vient le présenter ce samedi 14 avril, au Centre des arts Shenkman.

Le fil de chansons se déroule en continu, sans s’embarrasser d’un récit biographique, mais rehaussé de projections vidéos qui transportent l’œil à une autre époque, « dans les paysages et les lieux de Paris ».

Mais « non, les souliers ne sont pas trop lourds à porter », réplique au téléphone Anne Carrère, que notre expression québécoise (empruntée à l’anglais) fait sourire. « Les chaussures, non, mais, le rôle en soi, oui, bien sûr. Il est devenu de plus en plus important, et c’est vrai que beaucoup de choses reposent sur mes épaules, aujourd’hui, parce je suis un peu devenue l’ambassadrice de la chanson française de cette époque-là, et [la représentante] de cette grande artiste qu’était Édith Piaf. » On doit nécessairement « faire attention : il faut veiller à respecter l’artiste, respecter son univers et sa voix, pour ne pas choquer ni... être “à côté de ses pompes”, justement », rit-elle en troquant une expression pour une autre. « Pompe », en France, signifie « chaussure ».

Cas de mimétisme surprenant, Anne Carrère reproduit jusqu’au grain de la célèbre voix et son timbre identifiable entre mille.

Délicate émancipation
Mais face aux louanges, la « résurrection » vocale de Piaf reste humble. « Ce n’est pas moi qui le dis. C’est parce que mon producteur avait trouvé qu’il y avait une similitude dans ma voix et dans ma façon de chanter Piaf, qu’il m’a confié le rôle » (dès Paris ! le spectacle).

« À la base, il y avait donc quelque chose qui me ressemblait vraiment. Mais plus ça va, et plus je prends mes aises sur scène, avec ma voix et ma personnalité. » Tout en prenant garde de ne pas trop « s’éloigner » de l’interprétation originale. « Ça reste similaire à ce qu’elle faisait, dans la puissance, dans les “r” roulés, j’ai gardé tout ça, mais je trouve un peu plus d’espace de liberté. »

« Et les gens, de plus en plus souvent, viennent me voir en disant : “On aime Édith Piaf. Mais maintenant, on aime aussi Anne Carrère”. Et j’aime entendre ce genre de commentaires ; je me dis : “wow ! J’ai réussi à les emporter dans mon univers, mes émotions, à travers les chansons d’Édith Piaf. »

Rappelant que « La Môme Piaf » est née dans la misère — dans la rue, prétend sa légende — et qu’elle a longtemps été associée aux quartiers populaires d’un Paris plutôt canaille, le spectacle consacre sa première partie aux œuvres de jeunesse, aux « chansons les moins connues » d’Édith Piaf.

« Avec la première partie, on est dans la rue — c’est beaucoup plus joué, “théâtralisé”, pour que les intentions soient claires peu importe le pays où l’on est. » Le spectacle a connu un joli succès au Mexique, au Japon et en Chine. (Il s’agirait du plus gros succès francophone dans le monde depuis 2015, selon le producteur.)

Dans « la deuxième partie, on est à L’Olympia, avec les plus grands succès d’Édith Piaf, qui ont fait d’elle ce qu’elle est devenue par la suite », explique Anne Carrère.

Fado
Révélée au grand public en 2005, grâce à une émission télévisée concoctée par Michel Fugain, Attention Mesdames et Messieurs, Anne Carrère a eu un parcours bien rempli, depuis. Elle a été choriste pour le chanteur Dave pendant 6 ans. Elle a touché à la musique pour enfants et chanté dans un groupe de musique soul et Rythm & Blues.

En parallèle à Piaf ! le spectacle, elle propose sur scène Deux accordéons, une voix, où cohabitent la chanson française, les musiques brésiliennes et le fado portugais. « Mais pas le fado triste et mélancolique. C’est du fado lusitanien, plus folklorique, plus enlevé », précise-t-elle.

Ce « projet intimiste », elle espère pouvoir le voir dans les bacs des disquaires d’ici la fin 2018. Elle « Piaf » évidemment d’impatience...

APPROUVÉE PAR LES COLLABORATEURS DE PIAF

Anne Carrère est dans la jeune trentaine. N’ayant pas vraiment grandi en écoutant les chansons d’Édith Piaf, et souhaitant mieux connaître la personne derrière la voix avant de plonger dans ce spectacle à saveur biographique, l’interprète a approché certaines personnes qui avaient fréquenté Édith Piaf.

Le compositeur Charles Dumont, qui a offert à « La Môme » plusieurs chansons devenues des classiques de son répertoire (notamment Non, je ne regrette rien, qu’Anne Carrère reprend sur scène) est devenu un fan inconditionnel de la jeune Française. 

Anne « m’a tiré des larmes. Et je n’ai pourtant pas la larme facile », confiait-il au journal Le Parisien en janvier 2017. « Elle redonne une âme à mes chansons. Et je suis heureux qu’elle fasse voyager certaines chansons qui dormaient », estime M. Dumont, qui ne tarit d’éloges ni sur la voix d’Anne Carrère, ni sur sa sensibilité et l’émotion qu’elle parvient à transmettre. « Elle n’imite pas Piaf, contrairement à beaucoup d’autres (artistes) qui font du sous-Piaf. »

Anne Carrère a d’ailleurs eu l’occasion de partager la scène avec M. Dumont, lors d’un spectacle à l’Olympia de Paris. « On a chanté en duo Je m’en remets à toi, une chanson qu’il avait écrite pour Piaf [à la fin de sa carrière], mais qu’elle n’a pas pu chanter. Il l’a donc offerte à Jacques Brel. »

La chanteuse Germaine Ricord qui fut l’amie d’Édith Piaf, et qui ouvrit certains de ses spectacles à la fin des années 50, était elle aussi en pâmoison. Tout en soulevant l’aspect « irremplaçable » de Piaf, Mme Ricord a estimé que « la voix d’Anne est celle qui la représente le mieux depuis 50 ans ».

POUR Y ALLER

Quand ? Samedi 14 avril, à 20 h

Où ? Centre des arts Shenkman

Renseignements : 613-580-2700 ; shenkman.ca