La projection, réalisée au Cap Canaveral, en Floride, ne devait pas, entre autres, émettre de fréquence radio.
La projection, réalisée au Cap Canaveral, en Floride, ne devait pas, entre autres, émettre de fréquence radio.

Philippe Bergeron crée une projection 3D sur… une fusée opérationnelle

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
L’agence de projection vidéo 3D américaine PaintScaping, fondée par le Québécois Philippe Bergeron, a récemment marqué l’histoire du monde de l’art visuel. L’équipe a projeté pour la première fois, sur une fusée fonctionnelle, une vidéo de sept minutes, spécialement conçue pour cette structure particulière.

Quand on lui demande «Et alors?», loin de s’indigner, Philippe Bergeron s’anime. 

«Tout est enligné et calculé pour, et uniquement pour, ce building-là. Il y a des gens qui pensent qu’il s’agit juste de projeter de grosses images sur des bâtiments, mais ce n’est pas ça. Dans notre cas, l’image était calculée pour la fusée, mais aussi pour le building autour qui protège la fusée. Celui qui bouge juste avant le décollage», explique M. Bergeron. 

S’il admet que ce n’est pas le plus grand projet qu’il ait réalisé, en matière de surface de projection, Philippe Bergeron affirme qu’on parle bel et bien d’un grand projet, voire d’un exploit technique. Puisque l’expérience a été réalisée pour la première fois sur une fusée fonctionnelle, quelques jours avant son décollage, l’équipe a été confrontée à des défis technologiques hors du commun. 

La projection, réalisée au Cap Canaveral, en Floride, ne devait pas, entre autres, émettre de fréquence radio. «Il fallait prouver que les projecteurs n’émettaient pas de fréquence, par exemple. C’était la première fois dans notre vie qu’on nous demandait de répondre à ce type de critères. […] Malheureusement, on ne nous a pas vraiment donné beaucoup d’indications quant à la raison de ces critères», indique M. Bergeron en rigolant. 

La projection, réalisée au Cap Canaveral, en Floride, ne devait pas, entre autres, émettre de fréquence radio.
Le projet, d’une durée totale de sept minutes, a pris entre trois et quatre mois à concrétiser.
«C’est l’art qui est le plus important. Parce que les gens ne seraient pas intéressés de regarder quelque chose juste parce que l’image est bien enlignée avec le <em>building</em>. À la limite, les gens s’en foutent un peu même. […] Tu ne vas pas voir un film de Pixar parce que la résolution est forte ou parce que les mouvements de l’eau sont bien réussis. Tu y vas pour le contenu, parce que le film va te faire rire ou pleurer», fait valoir Philippe Bergeron.

Pour présenter la vidéo qui raconte l’histoire de la United Lauch Alliance (ULA), une agence américaine chargée de fabriquer et de lancer des fusées, l’équipe de PaintScaping a notamment utilisé des projecteurs canadiens. Les appareils de la compagnie ontarienne Christie, soit six projecteurs 45 000 lumens ISO, sont parmi les plus puissants de l’industrie, selon M. Bergeron.

Le projet, qui est arrivé comme un rêve, a placé l’équipe de PaintScaping dans une position incroyable : «Il n’y avait rien qui nous séparait de la fusée! Il n’y avait même pas une forme de clôture à l’horizon.»

Le projet, d’une durée totale de sept minutes, a pris entre trois et quatre mois à concrétiser. La ULA avait toutefois contacté PaintScaping pour la première fois en 2015. «Les démarches ont été longues. Ils voulaient vraiment utiliser le lanceur Delta IV Heavy, qui est plus intéressant pour une projection parce qu’il est plus gros. […] J’ose croire qu’ils ont aussi fait des vérifications sur nous. Avec l’endroit où nous étions situés avec les projecteurs, sans clôture, ils ont probablement vérifié si notre santé mentale était bien balancée», nargue le chef d’entreprise, basé à Los Angeles. 

Vers l’infini et plus loin encore

Bien qu’il travaille avec la fine pointe de la technologie, au gré des avancées scientifiques, l’art reste prioritaire dans la démarche de PaintScaping, croit Philippe Bergeron.

«C’est l’art qui est le plus important. Parce que les gens ne seraient pas intéressés de regarder quelque chose juste parce que l’image est bien enlignée avec le building. À la limite, les gens s’en foutent un peu même. […] Tu ne vas pas voir un film de Pixar parce que la résolution est forte ou parce que les mouvements de l’eau sont bien réussis. Tu y vas pour le contenu, parce que le film va te faire rire ou pleurer», fait-il valoir.

Selon M. Bergeron, c’est la technologie au service de l’art. «Quand les problèmes techniques sont réglés, tu peux te concentrer sur le contenu», nuance-t-il. 

En attendant de pouvoir projeter un smiley face sur la Lune — ce qu’il compte bien faire d’ici 40 ou 50 ans —, M. Bergeron aimerait beaucoup créer des projections sur le Château Frontenac, les pyramides d’Égypte ou encore l’oratoire Saint-Joseph.

«Projeter des images sur la nature, ce n’est pas la même chose que de le faire sur des bâtiments. Ça a quelque chose de plus magique encore. Au Zoo de San Diego, nous avions fait grandir de jeunes arbres grâce à une projection. C’était magnifique», raconte l’homme passionné dont l’imaginaire et les rêves sans fin aimeraient aussi être projetés sur le Grand Canyon. 

Bien que basée à L.A., PaintScaping réalise des projets partout dans le monde. L’entreprise est notamment connue, à Québec, pour avoir créé une projection sur le Palais Montcalm, dans le cadre du Carnaval de Québec de 2013.