L’humoriste franco-ontarien Patrick Groulx ne digère pas la décision de Doug Ford d’abolir le Commissariat aux services en français ainsi que l’Université française de l’Ontario.

Patrick Groulx juge «inacceptables» les coupures du gouvernement ontarien

C’est grâce aux Franco-Ontariens que Patrick Groulx estime être devenu l’artiste qu’il est aujourd’hui. Sans leurs luttes pour préserver la culture et l’éducation francophones, « je ne serais pas là aujourd’hui pour faire ce que je fais ».

Lundi, l’humoriste et animateur a publié sur Facebook un pan d’histoire personnelle en réaction à la décision du gouvernement de Doug Ford de pulvériser le projet l’Université de l’Ontario français et le Commissariat aux services en français de l’Ontario.

Né à l’hôpital Montfort dans une famille franco-ontarienne, établi au Québec depuis 24 ans, Patrick Groulx explique appartenir aux deux cultures ; « un mélange de bleu, de blanc et de vert ». Jeune, il a vécu à Gloucester lorsqu’il avait entre 10 et 20 ans. C’est dans un entourage francophile et sur les bancs d’écoles francophones qu’il a découvert les artistes québécois de son adolescence et qu’il s’est initié au théâtre, à la radio et à l’improvisation.

« Quand tu es ado, tu te découvres des passions pour des choses comme la musique, le théâtre et la littérature. Le fait que mes ancêtres se soient battus pendant 400 ans pour cette langue-là m’a permis de continuer mes études en français et de m’épanouir en français », a-t-il ajouté, rejoint au téléphone mardi.

« Si ça n’avait pas été de ça, d’après moi, je ne serais pas un humoriste francophone aujourd’hui. »

En 24 heures, son cri du cœur rédigé spontanément a été partagé près de 1000 fois et a suscité quantité de témoignages et remerciements de la part de francophones de partout.

La réaction a tant surpris que touché l’auteur de la missive. « Je suis quelqu’un de politisé dans la vie, mais je n’aime pas mélanger les choses. Sauf que dans un cas comme celui-là, ça m’a interpellé. J’avais envie de partager cette opinion-là parce que c’est trop important. »

Souvenirs de « racisme »

Sa publication sur Internet expose qu’« on pouvait aussi recevoir des tapes sur la gueule à force de défendre cette langue. »

Ses années ontariennes l’ont vu cofonder Les 4-Alogues, son premier groupe d’humour avec lequel il a fait une centaine de spectacles. « Des ‘fucking frogs’ et des ‘speak white !’, on en a entendu ! » s’est-il rappelé. Ce « racisme », Patrick Groulx en a été la cible à plusieurs reprises, « comme beaucoup de jeunes Franco-Ontariens ».

« Mon père aussi l’a vécu : lui a défendu sa langue partout, dans son village, quand il jouait au hockey ; tout le temps. Mes grands-parents, mes arrière-grands-parents aussi ; j’ai appris une histoire de mon arrière-grand-père, qui est allé chercher quelqu’un dans un bar parce qu’il se faisait donner une volée… »

« Je ne peux pas croire qu’en 2018, on est encore en train d’essayer de se faire respecter par le gouvernement ontarien et par Doug Ford, qui prend des décisions qui n’ont aucun bon sens. C’est inacceptable ! »

Pétition

La lettre sur Facebook comprend un lien vers une pétition de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Sans chercher à devenir un porte-parole contre les coupures du gouvernement Ford, Patrick Groulx ne rejette pas de continuer à montrer son soutien. « Dans certains moments où ce sera possible, c’est sûr que je vais appuyer cette cause-là comme je peux. »

Cinq ans après la fin de Job : Humoriste, Patrick Groulx a récemment annoncé qu’il remontera bientôt sur scène. Il sera à l’auditorium de l’école polyvalente Nicolas-Gatineau le 15 mars 2019.