Panorama: vu, lu et entendu cette semaine

Ce qu'on a pensé des derniers albums de Marie-Pierre Arthur, Eminem, Brett Kissel et Halsey.

MUSIQUE

Des feux pour voir, Pop-rock, Marie-Pierre Arthur, ****

D’un album à l’autre, l’univers musical de Marie-Pierre Arthur se développe et se déploie. Son tout récent Des feux pour voir poursuit dans cette tendance en mettant de l’avant des créations à la fois envoûtantes et enlevantes, fruits d’expérimentations sonores et d’une liberté assumée sur la forme à donner aux chansons. L’auteure-compositrice-interprète a partagé le chapeau du réalisateur avec ses complices François Lafontaine et Sam Joly. Le trio a visiblement voulu s’éloigner des cadres et laisser couler la musique, qui prend divers chemins. Entre l’éthérée Faux, la pimpante Dans tes rêves ou la grisante pièce-titre, les tableaux musicaux de la Gaspésienne ne s’imposent pas de frontières. La voix (l’une des plus belles de la scène québécoise…) toujours aussi souple et agile, Marie-Pierre Arthur porte une poésie parfois minimaliste, mais toujours évocatrice. Voilà un album inspiré et inspirant qui touche indéniablement la cible. Geneviève Bouchard

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MUSIQUE

Music to Be Murdered By, Hip-Hop, Eminem *** 1/2

Eminem nous refait le coup de l’album-surprise avec Music to Be Murdered By, deux ans après Kamikaze. Alors que ce dernier avait été concocté dans l’urgence, après le flop de Revival, avec des résultats mitigés, ce nouvel effort s’avère beaucoup plus solide. L’iconique rappeur de Detroit a manifestement décidé de rester dans sa zone de confort, avec quelques expérimentations — les sonorités reggae de Farewell — et une certaine reconnaissance du renouveau hip-hop (Godzilla avec un échantillonnage de feu Juice WRLD). Ce qui fonctionne très bien avec la old school super dynamique Yah Yah, par exemple, l’une des meilleures pièces de cet album d’une vingtaine de morceaux. À 47 ans, Marshall Mathers a encore du souffle comme le prouve son flow d’enfer sur Unaccommodating. Côté paroles, les règlements de compte habituels sont lassants et datés. Eminem essaie tout de même d’embrasser un peu plus large, comme l’inquiétante et mélodique Darkness, où il se glisse dans la peau de l’auteur de la fusillade de Las Vegas. Tout à fait dans l’esprit du titre, même s’il ne s’agit par pour autant d’un album-concept malgré les quelques interventions du regretté Alfred Hitchcock. Qu’on aime ou pas, Eminem reste une valeur sûre. Qui aurait cru qu’il serait encore pertinent 25 ans après ses débuts? Éric Moreault

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MUSIQUE

Now or Never, Country, Brett Kissel, *** 1/2

Le quatrième album en carrière du célèbre chanteur country albertain, maintenant établi à Nashville, devrait certainement combler ses nombreux admirateurs. De sa voix douce et chaleureuse, le jeune chanteur aborde des thèmes simples (le temps qui passe, l’importance d’être soi, les amours naissantes et perdues…), fidèle au style new country dont il se fait le porte-étendard. La très réussie That’s Country Music pourrait même servir d’hymne à tous les fervents de ce style de plus en plus en vogue. Avec ses sonorités pop, Drink About Me a déjà conquis bien des cœurs. De son côté, la jolie ballade Hummingbird rappelle à quel point l’amour est un oiseau rebelle. Kissel propose aussi des airs plus entraînants, tels A Few Good Stories et l’excellente She Drives Me Crazy qui devrait faire résonner bien fort les bottes de cowboy sur les pistes de danse.  Normand Provencher

MUSIQUE

Manic, Pop, Halsey, *** 1/2

Après deux albums-concepts ancrés dans les métaphores, Halsey laisse tomber les masques sur Manic, son offrande la plus personnelle à ce jour. L’introduction qui porte son véritable prénom, Ashley, donne le ton, le reste de cette collection de 16 titres suit la tendance d’une manière à la fois cohérente dans le propos et plus diversifiée sur la forme. Dans une veine pop indéniablement efficace, celle qui a fait sensation auprès des Chainsmokers ou des icônes de la K-pop BTS (elle renoue d’ailleurs avec le rappeur SUGA le temps d’un interlude) déballe ses démons intérieurs en mode ballade ou pétillant, avec une énergie plus rock ou même en dans des teintes plus folk ou country le temps de régler ses comptes avec un ex (impitoyable You Should Be Sad) ou de s’adresser à un nouvel amour (Finally/Beautiful Stranger). Partageant ici et là le micro avec Dominic Fike ou Alanis Morissette, la chanteuse, qui a confié souffrir de troubles bipolaires, met cartes sur table et mise sur l’honnêteté. Et ça lui réussit plutôt bien.  Geneviève Bouchard