<em>SOMMM</em>, c’est la rencontre de l’autrice-­compositrice-interprète Ariane Moffatt et du producteur musical Étienne Dupuis-­Cloutier.
<em>SOMMM</em>, c’est la rencontre de l’autrice-­compositrice-interprète Ariane Moffatt et du producteur musical Étienne Dupuis-­Cloutier.

Panorama: vu, lu et entendu cette semaine

Musique

Clockdust ***1/2, Alternatif, Rustin Man

Il aura fallu 17 années à Paul Webb, alias Rustin Man, pour sortir de son silence discographique avec Drift Code. Un an plus tard, l’ex-bassiste du groupe-culte Talk Talk est de retour avec ce nouvel essai, non moins éclectique que le précédent. Ce qui n’est guère surprenant puisque les neuf chansons de Clockdust sont issues de la même session d’enregistrements. Les pièces s’avèrent moins denses, plus cinématographiques — et tout aussi belles. Rustin Man mise sur sa superbe voix, délicate et chaude, ainsi que sur une bonne base mélodique folk rock, souvent nappée de chœurs (Gold Tinsel). On entend des accents reggae (Night in the Evening), de l’expérimentation plus art rock (Rubicon Song), mais rien de trop excentrique. En fait, Clockdust se veut surtout l’autre face de Drift Code dans ses thèmes. Alors que ce dernier était marqué par des paroles évoquant la perte et la mortalité, ici, Rustin Man parsème sa musique nostalgique d’amour et de désir. Très réussi, encore une fois. Éric Moreault

Balado

Transmission ****, OHdio (5 épisodes), Annie Desrochers

Qui était vraiment Paul Desrochers, proche conseiller de Robert Bourassa, artisan des grands chantiers hydro-­électriques de la Baie-James? Sa petite-fille Annie Desrochers, animatrice à Radio-Canada, avait le goût depuis longtemps d’aller voir de ses yeux, à 16 heures de route de Montréal, ce qui était devenu le cœur de la vie de son grand-père. Elle part dans un road trip vers Radisson, amenant avec elle ses trois plus vieux fils. Les garçons découvrent la vie quotidienne de la nation crie, dans ce qu’elle a de riche et de triste. Puis, c’est l’immensité qui s’offre à eux. Le projet est familial, mais le ton du balado reste journalistique, jamais complaisant ou facile. La réalisation de Cédric Chabuel est impeccable, la voix d’Annie Desrochers nous berce et la trame sonore nous enveloppe comme une couverture chaude. Pour ceux qui ont aimé J’aime Hydro de Christine Beaulieu, c’est une autre expédition au cœur des grands barrages, où on sent le gigantisme des infrastructures et surtout leur impact dans la vie des gens. Isabelle Mathieu

<em>Transmission </em>sur OHdio, par Annie Desrochers

Musique

Spirit Rising ****, Blues rock, Philip Sayce

Quatre ans après avoir lancé l’album live Scorched Earth Volume 1, Philip Sayce revient avec Spirit Rising une collection de chansons immortalisées en studio, mais qui n’en gardent pas moins l’énergie, voire l’urgence d’une prestation en direct. L’auteur-compositeur-interprète et talentueux guitariste fonce tête baissée dans cette offrande blues rock franchement efficace, ponctuée de rugissants solos livrés avec une dextérité certaine. Celui que d’aucuns ont qualifié de guitar hero ne faillit pas à sa réputation, ici. Bien au contraire. Le Canadien d’adoption (qui réside maintenant à Los Angeles) privilégie souvent un son plus cru à une facture léchée et ça lui va plutôt bien. Dans ses propres créations comme dans les hommages qu’il rend à Lightnin’ Hopkins, Magic Sam ou son ancien complice Jeff Healey, difficile de résister à l’appel des guitares de Philip Sayce. Geneviève Bouchard

Musique

SOMMM ***1/2, Électro-pop, SOMMM

En cette période d’isolement, voilà le genre de projet collectif qui inspire et qui fait du bien. SOMMM, c’est la rencontre de l’autrice-­compositrice-interprète Ariane Moffatt et du producteur musical Étienne Dupuis-­Cloutier, qui forge ses rythmes sous le nom de D R M S. Pour le duo, l’alliance n’allait toutefois pas s’arrêter là : il a convié en studio une brochette de collaborateurs pour créer en gang ce qui allait devenir cet album. L’expérience avec LaF et FouKi s’était montrée concluante, elle a ouvert la porte du studio à Rosie Valland, Maky Lavender, Ruffsound, Clay and Friends (pour la particulièrement réjouissante Sunshine) et Marie-Pierre Arthur. Jeune, printanier et résolument urbain, le résultat varie les ambiances en cultivant une belle spontanéité. Il offre en prime quelques bonnes occasions de faire danser dans les chaumières confinées. Geneviève Bouchard

Musique

Shelby Lynne, ****, Americana, Shelby Lynne

Shelby Lynne n’en a toujours fait qu’à se tête depuis son défiant I Am Shelby Lynne (2000), son sixième disque, où la chanteuse country s’est réinventée, amalgamant blues acoustique, folk, country et rock. Elle n’a de cesse de creuser le sillon. Vingt ans et dix albums plus tard, la voici de retour avec un essai éponyme qui met plus que jamais en évidence sa magnifique voix de contralto, sur fond de soul sophistiqué en plus (Diana Krall peut aller se rhabiller). Shelby Lynne est la trame sonore d’un film en devenir (la réalisatrice Cynthia Mort signe la moitié des textes), mais aussi la création d’une femme qui assume le passage du temps tout en évoquant sans fard les douleurs (et les espoirs) liées à l’amour. Une œuvre avec le seau «fait maison» — elle joue de tous les instruments, sauf le piano, omniprésent —, donc forcément intime, mais qui a une portée universelle. Le genre, en fait, qui s’immisce sous votre peau d’écoute en écoute. Vieillir lui va si bien. Éric Moreault

<em>Shelby Lynne, </em>par Shelby Lynne