Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Ce qu'on a pensé des derniers albums de Celine Dion, Alex Nevsky et Taylor Hawkins & The Coattail Riders (oui, oui, le batteur des Foo Fighters), ainsi que des derniers livres de Biz et Serge Bouchard.

MUSIQUE

Courage, album pop de Celine Dion ***

Mine de rien, Celine Dion n’avait pas proposé d’album en anglais depuis 2013. Il semble qu’elle ait voulu avec Courage compenser son absence par une surenchère de titres (20 dans la version dite «deluxe») et de ballades mettant sa voix en valeur, mais qui finissent par devenir un peu interchangeables. Entre le deuil de son mari et complice et le renouveau qu’elle a affiché ces derniers temps, beaucoup de choses se sont produites dans la vie de la diva. Elle a su s’entourer d’auteurs et de compositeurs (dont Sia, LP, Sam Smith ou le complice d’Adele Greg Kurstin) qui ont su faire écho à sa situation. En résulte un album en deux pôles. D’une part, des chansons évoquant l’amour, la perte, ou ce courage qui coiffe cette nouvelle collection musicale. De l’autre, une célébration de l’indépendance et de l’émancipation. D’un côté, des ballades puissantes qui flirtent parfois avec le sirupeux. De l’autre, des détours en territoires plus urbains qui auraient pu être plus nombreux. Geneviève Bouchard

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LIVRE

Les abysses, roman de Biz, ***

Les abysses relate, on s’en doute, le récit d’une noyade (métaphorique), celle de Catherine. La jeune femme souffre de l’emprisonnement de son père chéri — ce qu’expose d’abord Biz. Après le drame psychologique suit le policier : un retour en arrière détaille le mystérieux crime qui a conduit le paternel au pénitencier. On dévore cette dense deuxième partie, même si le lecteur se doute (malheureusement) de ce qui constitue le cœur de la tragédie. La brève conclusion n’en est pas moins percutante. Maladie mentale, relation père-fille, cruauté du milieu carcéral, réalité rurale, entre autres, sont évoquées avec beaucoup d’habileté dans ce septième livre de l’auteur de Dérives (2010) et de Naufrage (2016). Biz a la plume aiguisée et a droit à ses licences romanesques. Mais son dédain pour les médias le pousse ici à des amalgames maladroits, exagérés et déplorables. Un couac qui ternit le plaisir de la lecture de ce roman efficace, mais, somme toute, assez convenu. Éric Moreault

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MUSIQUE

Get the Money, album rock de Taylor Hawkins & The Coattail Riders ***

Les amateurs des Foo Fighters ne seront pas dépaysés par le troisième album du batteur de la formation de Dave Grohl avec les Coattail Raiders. Parce que ce dernier y prête son talent et sa voix — la signature sonore des Foo y est aisément reconnaissable, notamment sur You’re No Good at Life No More. On entend sur Get the Money un bref écho de Best of You. Mais aussi une citation de Tom Sawyer de Rush et une autre de Jane’s Addiction (Perry Farrell chante sur I Really Blew It). Hawkins a multiplié les invités (Duff McKagan, Nancy Wilson, Joe Walsh, Chrissie Hynde…) pour ce disque de rétrorock fortement influencé par Queen et autres groupes d’aréna : Roger Taylor est présent sur la reprise de Shape of Things des Yardbirds. L’ensemble suinte la nostalgie d’une époque révolue, mais le plaisir de Taylor Hawkins s’y révèle contagieux. Du gros fun. Éric Moreault

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LIVRE

L’allume-cigarette de la Chrysler noire, essai de Serge Bouchard, ****

Que voilà une lecture inspirante que ce livre de Serge Bouchard, grand observateur devant l’éternel de la vie qui bat autour de lui. Ce recueil d’une soixantaine de chroniques lues d’abord à l’émission C’est fou…, sur ICI Première, est un véritable délice. C’est avec émotion que l’anthropologue philosophe, un «intellectuel ordinaire», revisite ses souvenirs familiaux, dont ceux d’un père chauffeur de taxi qui aimait les bagnoles rutilantes. L’ouvrage baigne dans une grande tendresse, où il est aussi question de son amour pour la nature, des Amérindiens, évidemment, mais aussi de son héros d’enfance Maurice Richard. Bouchard montre aussi les crocs pour pourfendre ce personnage «indigne, corrompu et raciste» qu’a été le premier ministre canadien John A. MacDonald. Dans le chapitre La nostalgie ne se souvient de rien, l’auteur écrit de façon magnifique : «Si la mémoire nous fait défaut, la nostalgie est tout ce qu’il nous reste. Car la nostalgie est la mémoire de l’intervalle, la mémoire de tout ce dont on ne se souvient plus.» Un livre à méditer au coin du feu. Normand Provencher

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LIVRE

Folles frues fortes, collectif, ***1/2

Le mouvement #MoiAussi a libéré la parole des femmes. Ce recueil de textes ouvertement et fièrement féministes s’inscrit dans cette mouvance. À travers dix histoires au croisement de la fiction et de la réalité, les autrices (Marie Demers, Marie-Sissi Labrèche, Martine Delvaux...) ne mettent pas de gants blancs pour dénoncer agressions et injustices. Si certaines envolées poétiques laissent froid, certains témoignages, en revanche, ont l’effet d’un coup de poing dans le plexus. Un ouvrage que devrait lire tout homme, ne serait-ce que pour comprendre la peur qui peut étreindre les femmes dans certaines situations. Comme de se retrouver seule dans un taxi, dans un no man’s land de Los Angeles, en compagnie d’un chauffeur qu’on croyait honnête, mais qui a quelque sombre idée derrière la tête… Normand Provencher

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MUSIQUE

Chemin sauvage, album pop d'Alex Nevsky, ***1/2

Rythmes plus urbains, multiplication des collaborations, incursion dans le rap… Trois ans après Nos Eldorados, Alex Nevsky a rebrassé les cartes pour son quatrième album. Et ça lui va plutôt bien. On n’aurait pas d’emblée imaginé lire dans une liste de crédits le nom de l’auteur-compositeur-­interprète à côté de celui du collectif rap Alaclair Ensemble, mais la rencontre s’avère ici fertile. Tout comme celle avec le rappeur Benny Adam et les producteurs Ruffsound et Realmind, eux aussi plus associés au créneau hip-hop. Croisant ici et là le fer avec Claudia Bouvette ou Sophia Bell, Nevsky joue de contraste en passant de beats dansants à de somptueux arrangements de cordes. Dans un registre chansonnier plus près de ce à quoi il nous a habitués, l’homme aux refrains ver d’oreille remet ça de belle manière avec Les buées, pièce qui nous happe et qui a tout pour rester en tête longtemps. Alex Nevsky se produira au Grand Théâtre de Québec le 24 janvier. Geneviève Bouchard