Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Film

Homecoming, documentaire, Beyoncé ****

Quand elle a su qu’elle serait la première femme afro-­américaine à occuper la tête d’affiche du festival Coachella, Beyoncé a voulu marquer le coup. Et elle l’a fait pas à peu près l’an dernier, selon ce qu’on peut constater dans le film Homecoming, à la fois documentaire et captation de spectacles, diffusé sur Netflix. En plus de deux heures qui passent en un éclair, on a droit d’une part à un enchevêtrement d’images des deux magistrales prestations qu’elle a offertes, entourée de quelque 200 musiciens (dont une gigantesque fanfare) et danseurs, tous noirs, réunis dans un éblouissant hommage à la culture afro-américaine. Un spectacle engagé et percutant, réfléchi sur la forme comme sur le fond, mais exultant de joie et de fierté. Les segments musicaux sont entrecoupés d’incursions dans les coulisses de la création, où l’on découvre une femme à la détermination de fer, empreinte d’une vision artistique puissante et sans compromis, bien déterminée à faire bon usage de sa tribune. Bref, une artiste inspirante, qui mérite pleinement son royal surnom de Queen Bey. Geneviève Bouchard

Livre

La cage dorée, roman, Camilla Läckberg ***

Camilla Läckberg ouvre un nouveau chapitre de sa prolifique carrière avec La cage dorée, premier ouvrage d’un diptyque. Après une dizaine de romans, la reine du polar nordique abandonne Erica Falck et Patrik Heström et la petite ville de Fjällbacka pour Faye et les hautes sphères de la société stockholmoise. Une bonne idée de sortir de sa zone de confort, même si les résultats ne sont pas à la hauteur. Pour deux raisons. D’abord, la trop longue mise en place, divisée eu deux récits parallèles sur l’arrivée de la jeune femme dans la grande ville, d’une part, et sa vie dévouée à son imbuvable mari Jack, d’autre part, est laborieuse et inutilement détaillée. Ensuite, l’histoire de revanche de la femme trompée, à l’heure du #MoiAussi, sent l’opportunisme. N’empêche. Quand le tout se met en place, La cage dorée est d’une efficacité redoutable. L’auteure de La princesse des glaces (2008) et de La sorcière (2017) connaît tous les trucs du métier pour maintenir le lecteur sur les dents et le saisir d’effroi (même en abusant de clichés). Une bonne lecture estivale. Éric Moreault

Musique

Social Cues, pop-rock, Cage the Elephant ***

Il est commun de vouloir se réinventer après un gros succès, pour éviter l’étiquette de la formule. Ce qu’a fait Cage the Elephant avec Social Cues, après avoir remporté le Grammy du meilleur album rock avec Tell Me I’m Pretty en 2017. Sans rien enlever au sextuor, la production de Dan Auerbach, des Black Keys, y était pour beaucoup. Avec John Hill (Florence + the Machine) derrière la console, le groupe américain a des visées beaucoup plus sucrées, avec des références aux années 1980. Ce cinquième album est plus intéressant quand il délaisse la pop-rock générique pour s’aventurer un peu hors des sentiers battus — Night Running, avec son beat reggae, par exemple. Mais la pièce emprunte au Beck post-pop de Colors, qui chante d’ailleurs sur cette pièce. En fait, c’est en ralentissant le tempo, comme sur The War is Over, la sirupeuse What I’m Becoming ou la très belle complainte Goodbye, en finale, que l’interprétation gagne en authenticité. Un essai en demi-teintes. Éric Moreault

Musique

Boys Like Having Fun, pop-rock, Forest Boys ***

Pendant que son frère Hubert Lenoir faisait parler de lui avec son flamboyant projet Darlène, Julien Chiasson n’est pas resté musicalement oisif. Avec un autre collègue du groupe The Seasons (le batteur Rémy Bélanger) et les complices Antoine Blanchet-Couture (saxophone, piano), Félix Saint-Pierre (basse) et Yuri Yann Lépine-Malone (percussions), le chanteur et guitariste a mis sur pied le projet Forest Boys, dont le premier mini-album est encore tout chaud. Voguant entre la pop et le rock, dans un environnement qui cherche (et trouve souvent, d’ailleurs) le groove dans des inspirations un peu rétro, la formation offre ici six chansons qui font montre d’un don certain pour la mélodie (on pense notamment au ver d’oreille Electrify). Fort sympathique et indéniablement efficace, l’ensemble tombe à point et devrait faire danser cet été. Un lancement officiel aura lieu le 14 mai à L’Anti, salle qui recevra de nouveau le groupe le 19 juin. Geneviève Bouchard