Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

Everything is Love, album rap de The Carters ***1/2

Beyoncé et Jay-Z — les Carter à la ville — ont créé la commotion en début de semaine avec un album-surprise: Everything is Love. Cette création commune clôt la trilogie sur l’infidélité amorcée par le Lemonade (2016) de Queen B et poursuivie par le 4:44 (2017) du rappeur. Entre le «Let’s make love in the summer time» du début et la célébration néo-soul de leur bonheur conjugal retrouvé sur Lovehappy à la fin, le couple évoque cette thérapie artistique dans toutes ses déclinaisons (jusque dans leurs habitudes sexuelles). De l’exhibitionnisme? Plutôt une méditation sur le pardon et l’union dans l’adversité. Le duo ne s’arrête pas en si bon chemin. Il y est beaucoup question de la place congrue de la culture afro-américaine dans la prédominante culture blanche (aux États-Unis), mais aussi de l’influence du couple et de son héritage. Un album défiant et fier, avec deux artistes mutuellement inspirés. Un album rap, surtout. Les amateurs de la pop à la Beyoncé risquent d’être déstabilisés. Ceux qui ont adoré Watch the Throne (2011) de Jay-Z et Kanye West vont adorer Everything is Love. Éric Moreault

LIVRE

Faire campagne, BD documentaire de Rémy Bourdillon et Pierre-Yves Cezard ***

Voilà une nouvelle série prometteuse. Les maisons d’édition Atelier 10 (derrière la revue Nouveau projet) et La Pastèque se sont associées pour produire la collection Journalisme9, dont le premier tome, Faire campagne, vient de paraître. Le principe? Un reportage journalistique long, présenté sous la forme d’une bande dessinée. Le journaliste, Rémy Bourdillon, s’est intéressé au renouveau agricole dans la province. Il est allé visiter des petits fermiers qui essaient de vivre de leur agriculture de proximité, mais qui rencontrent de nombreux écueils. Le sujet est fort intéressant et le reportage bien structuré; Bourdillon s’est efforcé de présenter les deux côtés de la médaille. On referme le livre en se disant «Pourquoi faire simple, quand on peut faire compliqué?» À l’illustration, Pierre-Yves Cezard fait un bon travail pour rendre le reportage vivant; or, il est parfois un peu ardu de s’y retrouver parmi les nombreux visages, l’écriture est à certains moments vraiment trop petite. Reste que ça fait changement de lire sous cette forme, et la diversité est toujours bienvenue!  Isabelle Houde

SÉRIE TÉLÉ

13 Reasons Why, saison 2, drame d’après le roman de Jay Asher ***

Dès sa mise en ligne sur Netflix l’an dernier, la série américaine 13 Reasons Why a fait jaser. À cause de son thème — le suicide d’une adolescente — et de l’angle choisi: on y exposait uniquement la vision de la jeune désespérée, qui a expliqué son geste dans des enregistrements en dénonçant ceux qu’elle estime responsables. La deuxième saison nous amène quelque temps après sa mort, alors que plusieurs personnes ciblées dans ses cassettes sont appelées à témoigner dans un procès intenté par ses parents contre son école. On a parfois l’impression de tourner en rond et de gratter toujours le même bobo. Mais cette suite a aussi le mérite d’offrir enfin d’autres points de vue (on parle notamment de solidarité et de résilience) et de pousser la réflexion vers d’autres conséquences qui peuvent découler d’un climat scolaire malsain, trempé dans la culture du viol et l’intimidation. Dans un pays où les dirigeants n’ont que «des pensées et des prières» à offrir quand un énième forcené ouvre le feu dans une énième école, c’est une conversation qui s’impose. On s’adresse ici à un public assez jeune, mais quand même pas trop. La série est parfois très crue dans la manière de dépeindre les problématiques abordées. Le dernier épisode, notamment, donne lieu à une scène d’une violence inouïe. Geneviève Bouchard

EXPOSITION

Berthe Morisot. Femme impressionniste, peinture impressionniste au MNBAQ ***1/2

Malgré la beauté et le faste du nouveau pavillon Lassonde, il fait bon de retrouver le pavillon Gérard-Morisset au Musée national des beaux-arts, après sa cure de jeunesse. Un peu plus moderne, mais avec toujours ce cachet classique. C’est là un bel écrin pour l’une des expositions estivales du MNBAQ, Berthe Morisot. Femme impressionniste. La scénographie épurée, qui joue avec des trouées dans les murs pour créer de jolis effets de perspective, est réussie. On aime aussi ce bleu calme, propice à l’observation des toiles impressionnistes, où visages féminins, jardins et paysages lumineux sont à l’honneur. Mais au-delà de tout ça, c’est le destin de son auteure, Berthe Morisot, qui fascine. Une artiste-peintre professionnelle et audacieuse, à une époque où ce n’était pas vraiment de bon ton pour une femme d’en faire carrière. Elle n’a pas eu peur de s’inscrire dans un mouvement pictural qui dérangeait, aux côtés de ses contemporains Monet, Manet, Pissarro, Renoir… Une expo à saveur féministe, qui laisse dans un état d’apaisement et de mélancolie tout à la fois. Isabelle Houde

MUSIQUE

People to People, minialbum pop de DNCE ***1/2

Ce n’est peut-être pas beaucoup, mais ça semble être de bon cœur! Juste à temps pour l’été, la formation américaine DNCE — qui a fait un tabac au parc de la Francophonie l’an dernier, pendant le Festival d’été — propose à ses fans un minialbum de quatre titres plutôt accrocheurs. Avec People to People, la bande de Joe Jonas sert une portion bien tassée d’une pop sentie, ponctuée de touches plus funky, mais dans une ambiance généralement plus relaxe que la locomotive endiablée Cake by the Ocean, qui l’a instantanément tirée vers le sommet il y a trois ans. Si l’ensemble s’avère efficace, on craque particulièrement pour la pièce Man on Fire, choisie pour conclure le court exercice d’une manière qui ne manque pas de groove. Le quatuor est actuellement en tournée avec Bruno Mars. Le voilà bien armé! Geneviève Bouchard