Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

Musique

C’est la fin du monde à tous les jours, Chanson, Lou-Adriane Cassidy ****

Cassidy a grandi un pied dans la chanson française, l’autre dans la pop et le rock. Elle a surtout acquis très tôt une expérience de chanteuse auprès de la Maîtrise des petits chanteurs de Québec. Si elle compte sans doute sur un talent naturel, elle s’est aussi bâti un solide bagage d’interprète en collaborant avec sa mère, Paule-Andrée Cassidy, sur les scènes d’ici et d’Europe. C’est un peut tout ça que la jeune auteure-compositrice-interprète synthétise sur C’est la fin du monde à tous les jours, un album spectaculairement mature pour ses 21 ans. Portant ici les mots de Philémon Cimon (magnifique extrait Ça va ça va) ou de Tire le Coyote (dont on reconnaît la poésie dans Mon bel antidote), Cassidy ose aussi la plume sur cette première carte de visite. La voix souple au grain un brin patiné, elle butine entre la chanson épurée et les élans pop teintés d’influences seventies, le tout bonifié de florissants arrangements de cordes. Elle se permet de sortir du format standard pour offrir de l’air (et quelques détours mélodiques) à ses chansons, mitonnées avec la collaboration de Simon Pedneault à la coréalisation. On reconnaît certes l’influence d’un Louis-Jean Cormier sur certaines compositions comme Il pleut ou Respiration. Ça se comprend : la jeune auteure-compositrice admet l’avoir beaucoup écouté et signe ici ses premières chansons. Mais la base est solide. L’écriture sensible et la voix riche nous font croire qu’on n’a pas fini d’entendre parler de Lou-Adriane Cassidy. Geneviève Bouchard

Musique

Amo, Pop-rock, Bring Me The Horizon ***1/2

L’auditeur peut avoir une réaction viscérale de rejet à l’écoute d’Amo, le sixième album de Bring Me the Horizon, qui explore l’amour et le désamour sous toutes ses coutures. Le metalcore des débuts a presque totalement cédé la place à du pop-rock accrocheur. Ce qui convient à merveille aux capacités vocales d’Oil Sykes, capable de varier les tons selon les genres. Et ils sont nombreux, parfois dans le même morceau : Heavy Metal propose un mélange d’électro et de hip-hop; In the Dark est une power ballade en refrain en ver d’oreille; I Don’t Know What to Say ajoute une touche symphonique; I Apologize If You Feel Something a une touche expérimentale… Le groupe anglais n’a pas totalement renié ses racines : Wonderful Life sonne comme du Rage Against the Machine alors que Mantra a des parentés avec le son de Linkin Park. Ceux qui n’aiment pas les amalgames vont détester. Les aventureux vont adorer. Éric Moreault

Livre

Félix et la source invisible, Roman, Éric-Emmanuel Schmitt ***

Huitième et dernier récit du cycle de l’invisible, ce court récit sous forme de conte ne décevra pas la légion d’admirateurs de l’auteur de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran (dont je ne suis pas). Conçu dans la même veine, il suit cette fois Félix, un garçon de 12 ans qui a immigré du Sénégal à Paris avec sa mère Fatou. Tout va pour le mieux jusqu’à ce que la tenancière se retrouve dans un état catatonique. Le père absent depuis toujours — le bien nommé Saint-Esprit — arrive à la rescousse. Tout ce beau monde retourne en Afrique, où l’animisme, une croyance selon laquelle animaux, objets et phénomènes naturels peuvent être dotés d’une âme, est plus présent. Bien écrit avec humour, quoiqu’usant de formules faciles à outrance, la fable de Schmitt reste un peu trop en surface. Il s’agit tout de même d’un beau chant d’amour d’un fils à sa mère. Que l’auteur incarne d’ailleurs dans sa narration. Je serais d’ailleurs curieux de savoir ce qu’Éric-Emmanuel Schmitt pense de l’appropriation culturelle... Éric Moreault

Livre 

Astérix — le secret de la potion magique, BD, Olivier Gay, Fabrice Tarrin ***

Malgré son format BD, et la caractéristique (mais un peu trompeuse) entête d’Astérix qui orne la couverture, Le secret de la potion magique n’est pas une nouvelle aventure du Gaulois en BD, mais un «simple» récit illustré. Une adaptation. Celle du film (de Louis Clichy et Alexandre Astier), dont la sortie sur les écrans québécois est prévue pour le 15 février. Le scénario vaut-il le détour ? Oui, ne serait-ce que pour découvrir Sulfurix, un tout nouveau méchant sorti tout droit de l’imagination fertile d’Alexandre Astier, quelques nouveaux personnages attachants, et retrouver de nombreux visages connus. Accidenté au début de l’histoire, le druide Panoramix entreprend de désigner un successeur. Flanqué d’Astérix et Obélix, il se rendra dans la forêt des Carnute, participer à un conseil de druides. Malgré ses petits airs de déjà vu (dans La serpe d’or et Le combat des chefs), la quête fonctionne bien, et le récit s’ouvre sur quelque chose de différent — et d’assez épique, au plan cinématographique. Le texte d’Olivier Gay est très descriptif, pas assez ludique ou «second degré». Parfait pour les jeunes lecteurs, mais décevant pour les plus âgés. Le graphisme, lui, est impeccable : au dessin, Fabrice Tarrin (Violine), propose aux amateurs d’Uderzo un trait véritablement confondant. Yves Bergeras, Le Droit

Livre

L’arbre aux morts, Roman, Greg Iles ****

On avait franchement adoré le roman Brasier noir, premier tome d’une trilogie de l’écrivain américain Greg Iles à qui l’on doit aussi 24 heures pour mourir et La femme au portrait. Cette suite, L’arbre aux morts, nous replonge avec plaisir dans cette enquête journalistique et policière sur des crimes racistes perpétrés dans les années 60 par des adeptes des Aigles bicéphales, une copie mafieuse du Ku Klux Klan, au Mississippi et en Louisiane. Le roman se concentre sur le flic Forrest Knox, un officier ripou suspecté de meurtres, et sur le mystère entourant l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy en 1963. Les deux seraient liés, indique la trame du livre, le drame de Dallas ayant été commandité par un parrain de la mafia de La Nouvelle-Orléans menacé d’expulsion par le procureur général de l’époque… Bobby Kennedy. Les enquêtes du FBI et de la journaliste Caitlin Masters entraînent bien des morts violentes et révèlent un univers de corruption généralisée. On dévore L’arbre aux morts tout en surfant sur l’internet pour en savoir plus, la fiction se mêlant à des faits et des noms réels. À noter, le beau style de la traductrice Aurélie Tronchet qui rend la lecture de ce livre passionnant fort agréable. La Presse

NOS COTES

Exceptionnel ­­***** 

Excellent ****

Bon ***

Passable **

À éviter  *