Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE Boarding House Reach, album de rock alternatif, de Jack White ***1/2

Jack White a, depuis ses débuts avec les White Stripes et ses formations subséquentes, toujours largement puisé aux fondements du rock. Une fois digérée et recrachée, avec une tonne de guitares distortionnées et fuzzées, sa musique repousse sans cesse les frontières du genre. Sur Boarding House Reach, White poursuit son exploration en misant sur la diversité, de genres et d’inspirations. Le résultat est totalement éclaté. Du rock parfois presque instrumental qui rappelle le son des seventies (les MC5, les Stooges, même Funkadelic), mais apprêté à la sauce contemporaine, donc puisant autant au hip-hop qu’à l’électronica syncopé. Ce gombo ne sera pas au goût de tous. Surtout que certaines expérimentations sont juste trop weird, même pour l’aventurier du son qu’est White. C’est dire. Mais ce troisième solo contient plusieurs morceaux de bravoure. Un solide recueil, pertinent, actuel et risqué, une œuvre qui ne laisse personne indifférent. Certains vont détester. Pas moi. Boarding House Reach prouve non seulement que le rock n’est pas mort, mais qu’il est en constante mutation.   Éric Moreault

MUSIQUE

My Dear Melancholy, R&B de The Weeknd ***

Deux ruptures médiatisées (d’abord avec le mannequin Bella Hadid, puis avec la chanteuse Selena Gomez) ont visiblement inspiré The Weeknd à reprendre la plume. Le chanteur canadien (Abel Tesfaye de son vrai nom) a lancé la semaine dernière un minialbum surprise bien nommé My Dear Melancholy,. (Ma chère mélancolie,), sur lequel il s’épanche en six pièces sur ses sentiments post-séparation. Son timbre souple et haut perché se déploie ici dans une facture R&B forgée d’électro plutôt lente, parfois vaporeuse, parfois lancinante. On ne peut pas reprocher au chanteur de s’éparpiller. Il crée plutôt une bulle bien cohérente, quoique un peu linéaire. Après un rendez-vous manqué au Centre Vidéotron (il avait annulé son concert en prétextant un empoisonnement alimentaire, mais la piètre performance en billetterie laissait entrevoir une autre raison pour justifier son absence…), The Weeknd est attendu sur les plaines d’Abraham le 5 juillet, en ouverture du Festival d’été.  Geneviève Bouchard

LIVRE

La symphonie du hasard, Livre 1, roman de Douglas Kennedy  ****

«Ça ne devrait pas être si dur d’avoir une famille», lance à un certain moment l’un des membres du clan Burns, dans La symphonie du hasard, du réputé Douglas Kennedy. Son héroïne, Alice, étudiante dans une prestigieuse université du Maine, tente d’échapper aux guerres familiales intestines, mais ce sera un travail de longue haleine, à preuve, il s’agit du premier tome d’une trilogie où les conflits personnels se profilent sur 20 ans d’histoire américaine. La plume de l’auteur, toujours aussi vive et pertinente, fait plonger le lecteur au cœur des tourments existentiels de la jeune femme, entre ses amours avec un joueur de football et son amitié pour un professeur qui connaîtra un sort tragique. Comme dans son livre précédent (Toutes ces grandes questions sans réponse), Kennedy en profite pour livrer son amour pour Québec, où il retrouve «cette impression d’avoir atteint l’Europe quelques heures à peine après avoir passé la frontière». Ses admirateurs seront d’ailleurs contents d’apprendre que l’écrivain sera de passage au prochain Salon international du livre.  Normand Provencher

MUSIQUE

Premier juin, album pop de Lydia Képinski  ***1/2

Elle s’est démarquée dans divers concours (elle est sortie gagnante des Francouvertes et a aussi fait très bonne figure à Granby) et a laissé un minialbum comme carte de visite fin 2016. Voilà que Lydia Képinski pose une pierre de plus dans une jeune discographie fort prometteuse avec Premier juin, dévoilé en ligne en début de semaine. L’auteure-compositrice-interprète a renoué avec le multi-instrumentiste Blaise Borboën-Léonard (anciennement du groupe Hôtel Morphée) à la réalisation de cette brochette de huit chansons fortes en personnalité… et en synthétiseurs! Loin de la pop formatée, la Montréalaise fait montre d’une belle liberté en brodant des pièces tantôt sautillantes, tantôt plus graves, mais toujours portées par une plume imagée et un bon sens de la mélodie. On loge ici pas trop loin de Klô Pelgag, moins dans le son que dans l’énergie et l’imaginaire foisonnant. Si on sourit à la référence aux Mystérieuses cités d’or des Routes indolores, on se laisse happer par la théâtrale Belmont ou par la gymnastique poétique de Sur la mélamine.  Geneviève Bouchard

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter