Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

MUSIQUE

An American Treasure, coffret rock de Tom Petty ****1/2

Il était logique, environ un an après sa tragique mort, qu’un coffret célèbre la carrière de Tom Petty. Il le méritait amplement. Petty formait, avec Dylan et Springsteen, la sainte trilogie de la chanson américaine, celui des aspirations légitimes mais aussi des espoirs déçus. An American Treasure recoupe donc ses 40 ans de carrière, de son premier enregistrement avec Mudcrutch — devenu les Heartbreakers — jusqu’à un de ses derniers en spectacle, un an avant son décès. Les quatre CD s’écoutent comme une histoire orale de son glorieux parcours. Sa veuve, sa fille et ses fidèles complices Mike Campbell et Benmont Tench ont évité les pièges de la compilation pour le fan fini qui regroupe des inédites et de celle qui comprend seulement les plus grands succès (qu’on retrouvait sur Playback en 1995). Ils ont trouvé un juste équilibre entre incontournables et joyaux méconnus. C’est le plus bel hommage qui soit. Et ça nous console un peu de cette triste perte. À 66 ans, Petty avait encore de belles années devant lui. Une surconsommation accidentelle de médicaments en a décidé autrement. Au moins, il nous reste la musique. Éric Moreault

MUSIQUE

Petites mains précieuses, album pop d'Ariane Moffatt ****

Trois ans après 22h22, un cinquième album empreint de sa maternité nouvelle, Ariane Moffatt dit avoir été happée par une transe d’écriture à la suite d’un accouchement difficile. Ce n’est toutefois pas tant la mère qui s’exprime sur Petites mains précieuses. Sur des chansons alternant entre force et douceur (parfois dans la même pièce), l’auteure-compositrice-interprète évoque notamment le couple qui s’éloigne (Du souffle pour deux), la mémoire qui flanche (Pneumatique noir), la dépendance aux écrans (légère et non moralisatrice Cyborg) et offre un hommage au mouvement #MoiAussi avec La statue, enlevant hymne à l’émancipation, à la détermination et à la libération. On reconnaît la signature de Moffatt dans ces tableaux électro-pop, qui s’habillent d’inspirations soul ajoutant un côté sensuel à l’ensemble. Ancrés dans des ambiances où l’éthéré côtoie le groundé (les basses parlent fort, ici), plusieurs titres se déploient dans de beaux crescendos, nourris par l’apport des cordes (comme dans cette grisante Pour toi). On retiendra au final la clarté de la voix de Moffatt et une puissance mélodique qui ne se dément pas. Geneviève Bouchard

LIVRE

Face à faces, biographie de Jean-Yves Girard ***

Michel Courtemanche revient de loin. Après avoir conquis le Québec et l’Europe, au début des années 1990, avec ses inimitables mimiques et sa face caoutchouteuse, l’humoriste a connu une longue descente aux enfers en raison de sa consommation effrénée de drogues découlant d’une bipolarité encore non diagnostiquée. Depuis son enfance auprès d’un père qu’il croyait fou, jusqu’à son séjour dans un centre de désintoxication, en passant par ses épisodes suicidaires et ses nombreuses psychoses, Courtemanche raconte dans le détail, avec beaucoup de franchise, plusieurs épisodes douloureux de sa vie. Un témoignage touchant qui saura faire œuvre utile auprès des gens atteints de maladie mentale. Quand le clown est triste… Normand Provencher

MUSIQUE

Wanderer, album folk-rock alternatif de Cat Power ****

Six ans se sont écoulés depuis Sun, une éternité, mais l’attente en valait la peine: Wanderer est un petit bijou. Dans notre monde de tumulte et de fureur, les chansons de Cat Power agissent comme un baume. Chan Marshall, de son vrai nom, poursuit dans sa veine habituelle de folk-rock alternatif dépouillé à sa plus simple expression : piano ou guitare acoustique, avec sa magnifique voix (parfois dédoublée) ou des cordes discrètes (Stay). En fait, nous sommes ici dans les mêmes eaux que son classique The Covers Record (2000). L’émotion passe encore mieux — il y a une fragilité et une vulnérabilité bouleversantes dans l’interprétation. Ça se comprend: victime d’une maladie auto-immune, Marshall a regardé la mort dans les yeux entre les deux disques (et accouché d’un fils). Black s’ouvre d’ailleurs avec la chanteuse qui répète «la grande faucheuse» comme un mantra, bien qu’elle évoque la perte de proches. L’écriture des pièces est, évidemment, fortement imprégnée de ces expériences qui changent une vie et, ultimement, la vision d’un artiste. Wanderer est tout simplement magnifique. Éric Moreault

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter