Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

LIVRE

Anatole qui ne séchait jamais, album jeunesse de Stéphanie Boulay et Agathe Bray-Bourret ***1/2

Si Les Sœurs Boulay se sont offert une pause ces derniers temps, la blonde des frangines n’a pas déposé sa plume pour autant. Outre cet album qu’elle a mitonné en solo et qui nous arrivera le 2 novembre (un premier extrait, Ta fille, a été dévoilé cette semaine), Stéphanie Boulay a aussi signé un premier livre jeunesse, Anatole qui ne séchait jamais. L’auteure avait déjà montré qu’elle sait habilement se mettre dans la peau d’une jeune fille dans À l’abri des hommes et des choses, son premier roman. Avec une prose toujours aussi imagée, elle tente de nouveau l’exercice en s’adressant aux enfants, en collaboration avec Agathe Bray-Bourret, qui illustre de fort jolie manière son univers. Elle nous amène chez la jeune Régine, dont le petit frère Anatole est inconsolable. Dans une quête à la fois simple et touchante d’acceptation de soi, la fillette fera de grands efforts pour qu’il comprenne et qu’il assume sa différence. Le message est beau et demeure lucide: la société juge encore souvent sévèrement les anticonformistes. Là-dessus, l’auteure ne ment pas à ses jeunes lecteurs. Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Portraits: Songs of Joni Mitchell, album jazz de Marianne Trudel et Karen Young ***1/2

Une voix et un piano. C’est en toute simplicité que Karen Young et Marianne Trudel rendent hommage à Joni Mitchell dans un album de grande qualité, tout en liberté et en tendresse, qui revisite le répertoire de l’auteure-compositrice-interprète canadienne de 74 ans, à différentes époques de sa carrière. Les deux femmes, unies par une complicité de tous les instants, font corps pour offrir des chansons apaisantes, mais qui savent aussi se faire entraînantes sur des arrangements jazzés (The Dry Cleaner From Des Moines et California). L’album n’aurait évidemment pas été complet sans la pièce fétiche de Mitchell, la toujours touchante Both Sides Now. À noter que le duo sera en concert le 18 octobre, à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre. Normand Provencher

MUSIQUE

Bottle It In, album rock de Kurt Vile ***

Kurt Vile a une dette envers Neil Young et ce n’est pas avec Bottle It In qu’il la soldera. Il poursuit toutefois la définition de sa propre signature sonore, plus sobre et intime que celle de War On Drugs qu’il a cofondé. L’auteur-compositeur-interprète a un penchant pour les loooooongues pièces introspectives planantes, comme Bassackwards, bâtie sur une boucle, un peu de claviers et quelques accords à la guitare acoustique, ou la pièce-titre, dans la même tonalité. L’approche a son charme, mais elle est un peu trop indulgente pour son bien. Les pièces plus concises viennent heureusement varier les atmosphères et ajouter un peu de rythme — la power pop Loading Zones ou l’alt-rock Yeah Bones, à la Dinosaur Jr. (avec J Mascis aux chœurs). Sinon, on a l’impression que Vile a enregistré l’album sur le valium. Parfait pour une ambiance après un gros pétard, mais avec des dangers de sombrer dans la catatonie. Éric Moreault

MUSIQUE

Les choses extérieures, album folk alternatif/chanson de Salomé Leclerc ****

Depuis la parution de son premier album, Sous les arbres, il y a sept ans, Salomé Leclerc creuse un sillon musical dans lequel elle ne cesse de s’épanouir. Pour sa troisième offrande, arrivée dans les bacs vendredi, l’auteure-compositrice-interprète avait plus que jamais soif de liberté. Entrée seule en studio avec un ingénieur de son, elle a à peu près tout fait sur Les choses extérieures, dont elle signe paroles, musiques, arrangements et réalisation en plus de jouer de presque tous les instruments. S’il vient forcément avec son lot de casse-tête, difficile de faire plus personnel comme processus de création. Et force est d’admettre qu’il sied bien à la musicienne, qui propose ses chansons les plus libres jusqu’ici. Dans la forme, elle donne de l’air à ses pièces, leur permet de s’évader dans moult détours ou leur infuse des changements d’ambiances en cours de route. La voix chaude au grain si caractéristique de la chanteuse trouve un écrin dans un paysage sonore qui cherche le naturel (comme dans ces sons ambiants, qui s’invitent un peu partout), tout en étant magnifié par la richesse des mélodies et l’ajout de cordes. Du très beau boulot.  Geneviève Bouchard

MUSIQUE

La hiérarchill, album pop/rock/Chanson de Jérôme 50 ****

À la fin de la pièce-titre de son premier album, Jérôme Charette-Pépin, alias Jérôme 50, a convié une chorale d’enfants : «Dans le piège du moule-moule-moule / Je ne veux plus y aller maman / Des gens bien serviles-viles-viles / m’ont fait trop pleurer maman», chantent-ils. Voilà qui résume l’esprit de cette collection de chansons réalisée par Philippe Brault (Safia Nolin, Koriass, etc.) et qui fuit les étiquettes. Il est souvent question de drogues dans cette Hiérarchill. Parfois dans un clin d’œil à Nelligan («tous mes amis gisent gelés», évoque-t-il dans Jardin de givre), parfois dans des récits anecdotiques (1,2,3,4) ou dans une prise de position plus affirmée: lancée au son d’une pipe à eau, Wéke n’ béke clame que «l’avenir appartient à ceux qui s’lèvent stone» avec un débit de livraison qui flirte avec le rap. Le chilleur s’assume, ici. Mais l’exercice va plus loin que ça. Qu’il joue la carte du cool, du sensuel ou du dansant (comme dans le réjouissant hommage au Québec Chaise musicale), Jérôme 50 porte un réel propos derrière un certain masque de naïveté. On le sent, par exemple, dans Je t’aime tellement, une chanson d’amour qui dénonce le cliché et qui conjugue avec brio la simplicité et le grandiose. Il y a un petit quelque chose de Jean Leloup dans ce Jérôme 50. C’est libre, c’est imagé, c’est décomplexé… Et c’est réjouissant! Geneviève Bouchard

Nos cotes: ***** Exceptionnel;  **** Excellent;  ***Bon;  ** Passable;  * À éviter