Panorama: vu, lu, entendu cette semaine

LIVRE

Mon Starmania, témoignage, Fabienne Thibeault **1/2

À l’occasion du 40e anniversaire de Starmania, la première interprète de la serveuse automate Marie-Jeanne, Fabienne Thibeault, a plongé dans ses souvenirs pour nous livrer sa version de la création de l’opéra-rock de Michel Berger et Luc Plamondon. Quand elle entre dans le vif du sujet, son exposé fascine. Si Starmania a marqué l’imaginaire, on se rend compte en entrant dans ses coulisses à quel point plusieurs aspects ont pratiquement été improvisés et ont fonctionné grâce au talent de ses artisans : l’enregistrement du tube Les uns contre les autres, dont personne ne voulait; la mise sur pied du spectacle avec un metteur en scène américain qui ne parlait pas français; la prise en charge des costumes par les interprètes eux-mêmes, etc. On savoure le récit des coups de gueule de Diane Dufresne ou des crisettes de diva de France Gall. Mais l’auteure tourne autour du pot dans la première partie de son ouvrage (pourquoi ces biographies de Berger et Plamondon?) et s’égare vers la fin dans des témoignages d’un intérêt moyen. Un exercice réussi à moitié, en somme.  Geneviève Bouchard

MUSIQUE

R3UNION LIVE, jazz fusion, UZEB ***1/2

En 2017, UZEB s’est reformé pour une courte tournée, 25 ans après avoir tourné la page. R3UNION LIVE témoigne qu’avec le temps, Alain Caron, Michel Cusson et Paul Brochu n’avaient rien perdu de leur éloquence musicale, que la chimie était toujours intacte. Vrai que les trois musiciens québécois sont restés très actifs après la séparation. Une telle réunion demeure toujours teintée de nostalgie et cet album en spectacle en est nécessairement empreint — ce qui est tout de même étrange pour une formation dont l’avant-gardisme choquait les puristes à l’époque. Vrai que leur jazz fusion favorise parfois la virtuosité à tout prix au détriment du ressenti — chacun fait d’ailleurs démonstration de son talent avec d’ahurissants solos. Ce qui frappe surtout, c’est de voir à quel point la musique a bien vieilli. Il y a d’ailleurs trois pièces, sur neuf, qui proviennent de Fast Emotion, leur premier (et meilleur) disque (1983). De beaux souvenirs.  Éric Moreault

MUSIQUE

Guy, country rock, Steve Earle & The Dukes ***1/2

Steve Earle a toujours occupé une place à part dans mon panthéon musical. Le Texan a tout du desperado solitaire, proposant un country rock qui sort de la tradition — et dont les paroles engagées font souvent rager les traditionalistes. Lorsque le chanteur-guitariste est arrivé à Nashville, en 1974, c’est Guy Clark qui le prend sous son aile. Après son décès en 2016, il était logique qu’Earle lui consacre un album-hommage, lui qui s’était prêté à l’exercice pour Townes Van Zandt (grand ami de Clark!) en 2009. Le répertoire plus traditionnel sied moins bien à Earle, mais comme il n’en a toujours fait qu’à sa tête… En fait, il s’évertue à le mettre à sa main… et à sa voix, de plus en plus rugueuse et éraillée après ses longues années de toxicomanie (on peut entendre la différence avec The Last Gunfighter Ballad, enregistrée en 2001 et récupérée ici). Guy sent le souffre, comme d’habitude avec Steve Earle.  Éric Moreault 

MUSIQUE

Maison, hip-hop, Eman ***

Habitué de créer à deux (au sein des duos Accrophone ou Eman x Vlooper) ou en collectif (il est membre de la joyeuse bande Alaclair Ensemble), le rappeur Eman s’est cette fois commis en solo avec un minialbum dévoilé en surprise la semaine dernière. Emmanuel Lajoie-Blouin signe les paroles, la musique et la réalisation des six pièces de Maison, mais a collaboré avec son complice de la première heure, Claude Bégin, au mixage et aux arrangements. Il en résulte une parenthèse plutôt mélodique, où le rappeur d’expérience dresse une sorte de bilan de son parcours. De la maturité? Certes. Mais avec des images qui frappent l’imaginaire et des bonus plus décalés, comme la chanson Bouge, qui se termine sur un extrait sonore un brin surréaliste du Temps d’une paix…  Geneviève Bouchard

LIVRE

Ma mère m’a tué, témoignage, Albert Nsengimama (en collaboration avec Hélène Cyr) ***

Le Rwandais Albert Nsengimana a vécu littéralement l’horreur lors du génocide contre les Tutsis, il y a 25 ans. Non seulement a-t-il vu ses frères se faire assassiner sous ses yeux, mais c’est sa mère, une Hutue, qui a orchestré la tuerie. De ce voyage au bout de l’enfer, le jeune homme en a tiré un livre fort poignant, où il relate de l’intérieur la folie qui s’emparée du Rwanda à l’époque et sa cavale qui l’a mené à croiser un jour le chemin de l’ingénieure québécoise Hélène Cyr, celle qui l’aidera à reprendre sa vie en main. Ce témoignage qui dépasse l’entendement, écrit à la première personne, de façon très simple, démontre que l’humain peut survivre aux pires atrocités, pourvu que quelqu’un lui tende la main. Le concept de résilience appliqué dans sa forme absolue.  Normand Provencher