<em>Evermore, </em>Taylor Swift
<em>Evermore, </em>Taylor Swift

Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

L'équipe des arts
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Le Soleil
Vu, lu, entendu cette semaine : la musique de Taylor Swift, des suggestions de lecture et plus encore.

Musique

Evermore ****

Folk-pop, Taylor Swift

C’est deux en deux pour Taylor Swift. Deux albums-surprises qui avaient tout pour faire du bien en cette année trouble. Le premier, folklore, a agrémenté notre été. Le second, evermore, nous est arrivé en pleine grisaille automnale. Dans l’un comme dans l’autre, l’autrice-compositrice-interprète a travaillé avec Aaron Dessner de The National. Et elle revient à ses racines folk-country en se donnant la permission de mordre dans la fiction, après des années à s’être gratté le bobo en chanson ou à avoir porté le chapeau de la vedette pop. Il se dégage une sorte de paix, de simplicité et de plénitude dans ce duo d’albums, surtout dans le deuxième, qui prolonge visiblement l’aventure avec bonheur. On s’entend qu’en contexte de pandémie, la superstar a vu ses plans — et son horaire de tournée complètement fou — chamboulés. Elle semble en avoir profité pour revenir à une version plus authentique d’elle-même. On n’ira pas s’en plaindre. Geneviève Bouchard

Livre 

Le bruit assourdissant du silence *** 1/2 

Roman, Valérie Garrel 

En plus d’aborder le mal du pays et la perte de repères qui s’en suit, Rien que le bruit assourdissant du silence rend hommage aux musées, à ces espaces où l’art résonne, là où les œuvres réfléchissent sur nous en fonction des épreuves que l’on a traversées et de celles qui nous attendent. Au Musée des beaux-arts de Montréal, chaque samedi, devant une nouvelle toile, Cassandra rencontre un homme, mais ne lui parle pas. Antoine répond à son mutisme par des histoires, en inventant une vie aux personnages peints devant eux. Les récits fictifs troublent Cassandra puisqu’ils font écho à ses traumatismes, à son exil forcé et aux gens qu’elle a perdus ou laissés derrière. Tranquillement, des tableaux datant de plusieurs siècles pincent en elle une corde sensible et la poussent sur le chemin de la guérison. Parce que Cassandra puise ses réponses en elle, Valérie Garrel nous montre d’une façon bien particulière que les musées ne sont, bien souvent, qu’une grande galerie de miroirs qui reflètent l’âme de ceux qui se trouvent devant. Léa Harvey

D’horizons et d’estuaires

Livre 

D’horizons et d’estuaires  *** 1/2 

Essais, Sous la direction de Camille Larivée et Léuli Eshrãghi 

Essais sous forme classique accompagnés de photos, entretiens, scénarios ou autres, peu importe la forme des textes D’horizons et d’estuaires : en plus de donner à quelques occasions de grandes leçons d’histoire, le recueil offre à son lectorat un plongeon dans la culture et l’art des Premières nations qui peuplent le Québec et le Canada. Ce regroupement d’une dizaine de textes publiés récemment dans divers médias illustre de façon concentrée la richesse et la diversité des artistes autochtones en plus de soulever bon nombre d’enjeux historiques, économiques et sociaux les concernant. Alors que les œuvres présentées sont colorées, évocatrices et portent souvent un message politique, les textes posent notamment des questions quant à la représentativité des peuples autochtones et à la place que les organisations culturelles leur accordent. Lire D’horizons et d’estuaires n’est pas facile ni «divertissant». C’est un exercice ardu et, à bien des égards, intimidant. Sa lecture en est, malgré tout, importante et nécessaire si l’on souhaite faire tomber nos œillères. Léa Harvey

Musique

Wonder ***

Pop, Shawn Mendes

Ving-deux ans et déjà quatre albums au compteur. On ne pourra pas reprocher à Shawn Mendes de se tourner les pouces. La vedette torontoise nous revient avec Wonder, un opus sur lequel le chanteur continue de creuser son sillon pop, mais où il saisit quelques occasions de laisser de côté son flacon d’eau de rose. Il évoque la solitude qui vient avec la vie de tournée (Call My Friends) ou l’envers de la médaille de la célébrité (Monster, en duo avec Justin Bieber, un autre qui s’y connaît). Fidèle à lui-même, Mendes chante toujours beaucoup l’amour (et un peu le désamour). C’est encore souvent geignard, mais quand même moins qu’avant. Et on ne peut nier l’efficacité mélodique de l’ensemble. La version dite «Deluxe» offre notamment une interprétation du classique de Noël The Christmas Song avec sa douce, Camila Cabello, une reprise de Can’t Take My Eyes Off You et trois relectures de la pièce-titre. Si nous ne l’avez pas dans la tête au terme de l’exercice, vous méritez une médaille!   Geneviève Bouchard

Musique

Oh! Pardon, tu dormais… ****

Chanson, Jane Birkin

Ça faisait un bail qu’on n’avait pas entendu de chansons originales de Jane Birkin, qui s’était consacrée davantage au répertoire de Serge Gainsbourg dans les dernières années. Notre patience est récompensée avec la parution de l’album Oh! Pardon, tu dormais.… né de la collaboration entre la chanteuse et actrice et de l’auteur-­compositeur-interprète Etienne Daho, notamment. Ce qui devait être une adaptation de sa pièce de théâtre du même titre est devenu bien davantage pour celle qui a repris la plume afin de se livrer plus que jamais. Il y est question du décès de sa fille Kate (Cigarettes, sur une mélodie légère qui tranche avec le propos), de ses angoisses, de jalousie, des jeux d’enfance de ses filles. De sa voix délicate et avec un accent toujours aussi charmant, Jane Birkin se prouve de nouveau comme une interprète d’immense talent. L’album garde un aspect théâtral, mais on y entend surtout beaucoup de vérité.  Geneviève Bouchard

Livre

Wes Anderson — The Iconic Filmaker and His Work ****

Essai, Ian Nathan

Le livre d’Ian Nathan est un drôle d’objet — comme son sujet. Pas une biographie au sens propre, pas plus un essai «savant» sur l’œuvre visionnaire de l’iconoclaste — et iconique — réalisateur américain. Fait notable, il ne s’adresse pas directement au cinéphile épris de l’univers coloré de Wes Anderson et de ses longs métrages distinctifs sur le plan esthétique et narratif. Bien que celui-ci sera ravi de se plonger dans cet ouvrage richement illustré qui recense ses films dans l’ordre chronologique, de Bottle Rocket à The French Dispatch (encore inédit). En fait, on peut croire que son auteur a surtout voulu provoquer une furieuse envie chez le lecteur de (re)voir lesdits films. Nathan, un réputé critique de cinéma britannique, signait l’an passé un vaste panorama «non officiel et non autorisé» sur Tarantino (entre autres publications). Il nous offre encore cette année un beau cadeau!  Éric Moreault

Livre 

L’effet Rose *** 

Roman, Suzanne Mainguy 

Le cinquième roman de Suzanne Mainguy porte bien son titre : L’effet Rose existe et il se propage rapidement chez le lecteur qui savoure une à une les pages de l’ouvrage. Parce que Rose est une «femme-enfant» qui vit depuis sa naissance avec le syndrome de Williams, une maladie génétique qui se caractérise par une anomalie dans le développement physique et psychologique de l’enfant, mais son histoire nous porte au-delà de la condition médicale, des troubles du langage, des crises et des pleurs. La lumière de Rose, dont la musique est la langue maternelle, et la bienveillance des personnages qui l’entourent font ressortir l’humanité de derrière les différences. Avec sa plume simple et sensible, Suzanne Mainguy offre au public un roman touchant qui crée une brèche dans notre carapace sociale et collective.  Léa Harvey

Livre 

Salomon le saumon *** 1/2 

Roman/Croissance personnelle, Daniel Blouin 

Dans Salomon le saumon, Daniel Blouin propose à ses lecteurs de vivre le grand «voyage initiatique» des salmonidés, de l’océan jusqu’à la rivière qui les a vus naître et où ils se reproduiront à leur tour. Plus précisément, l’auteur nous offre de suivre le parcours de Salomon, un petit saumon qui cherche le sens de sa vie entre les entités «ours», les «êtres à peau» qui lancent de délicieuses mouches à la rivière, les «saumons-zombis» qui décident d’abandonner en plein milieu de parcours, la force du courant et sa petite voix intérieure qui le pousse à continuer. Dans une analogie déroutante parsemée d’humour, Daniel Blouin offre un regard sur la vie, ce qui la compose et sa finalité. Avec ses multiples niveaux de lecture, Salomon le saumon promet de raisonner longuement chez ceux qui oseront y plonger et affronter le courant.  Léa Harvey

Livre

Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs *** 1/2

Roman, Mathias Enard

Auteur érudit, féru d’histoire, Goncourt 2015 pour Boussoles et bien d’autres choses, Mathias Enard joint la truculence de verbe à l’imagination fertile. Son septième roman n’en démord pas, mais l’écrivain a troqué un certain exotisme pour le terroir français. Qu’il nous introduit par le point de vue d’un étudiant en anthropologie parisien déboussolé par ses découvertes et des villageois avec du bagout. Notamment le maire qui est aussi croque-mort et qui sert de lien avec le fameux banquet annuel du titre, gargantuesque ripaille pendant laquelle la Mort observe une trêve, et nœud de ce récit qui voyage entre les époques — et les réincarnations. Le résultat s’avère férocement drôle et étourdissant, parfois jusqu’à l’indigestion (notamment le chapitre du banquet). Il faut consommer avec modération, mais on y retrouve ici tout le plaisir de la littérature et sa puissance d’évasion.  Éric Moreault

<em>Le banquet annuel de la confrérie des fossoyeurs, </em>Roman, Mathias Enard

Livre 

Les impatientes *** 1/2 

Roman, Djaïli Amadou Amal 

Dans son cinquième roman, Djaïli Amadou Amal pose sa plume sur les pages comme on frappe son poing sur une table. Les impatientes, lauréat du prix Goncourt des lycéens 2020, présente à ses lecteurs un univers hostile envers les femmes, là où les mariages sont forcés et, l’amour, polygame. Où une relation sexuelle devient «devoir conjugal». Où le viol d’une épouse n’est qu’une simple «preuve d’amour». L’écrivaine camerounaise, ayant elle-même déjà été mariée à l’âge de 17 ans à un homme riche d’une cinquantaine d’années, use des histoires fictives de Ramla, Hindou et Safira pour s’insurger contre les mauvaises conditions féminines au Sahel. Plus encore, Djaïli Amadou Amal lance un cri du cœur au monde entier pour ne plus jamais que les femmes, où qu’elles soient, ne se retrouvent bâillonnées par la «munyal», patience, qu’on leur ordonne dès leur naissance.  Léa Harvey

Les impatientes, Roman, Djaïli Amadou Amal