Panorama: lu, vu et entendu cette semaine

LIVRE

Paul à la maison, ***, BD, Michel Rabagliati

Ce neuvième tome des péripéties ordinaires de l’alter ego de Michel Rabagliati aurait tout aussi bien pu s’intituler, si ça se pouvait, Paul à la déprime. Ça ne va pas bien pour le bédéiste : sa femme est partie, sa fille Rose quitte le nid familial et veut s’envoler vers l’Angleterre, les bobos de la cinquantaine le tourmentent et sa mère vit ses derniers jours (assez sereinement). Album du deuil, donc, celui du parent, mais aussi d’un style de vie qui se désagrège sous les yeux de l’antihéros. Ce qui permet à Paul de pester contre les sites de rencontres où il ne trouve personne, les zombies qui ont les yeux rivés sur leur téléphone au détriment de toute communication en personne, les désagréments du voisinage… Pas de doute, notre homme a la banlieue triste. Rabagliati a le sens de l’observation toujours aussi aiguisé et utilise une belle métaphore avec le déclin de ce pommier qui suit le rythme des saisons. Paul à la maison se révèle un album crépusculaire, avec une belle touche d’espoir à la fin. Disons que ce n’est pas la lecture idéale en novembre... Éric Moreault

MUSIQUE

New Ways, *** 1/2, Pop-rock, Leif Vollebekk

En dix ans, la musique de Leif Vollebekk n’a cessé de progresser. New Ways, son superbe quatrième album, est certainement le plus maîtrisé dans son exécution. On a comparé la production du Montréalais d’adoption à celle de Jeff Buckley — vrai qu’il a une voix ravissante, intense, dont il sait varier les effets —, mais on peut également effectuer des rapprochements avec Patrick Watson, en particulier l’atmosphérique The Way You Feel. Toujours aussi introspectif sur le plan de l’écriture que sur ses précédents, mais en même temps plus dépouillé musicalement, il propose un pop-rock superbe, inspiré des années 1970, qui évite la facilité, tout en étant extrêmement agréable à l’écoute (Transantlantic Flight). Ses complaintes avec le piano à l’avant-plan flirtent parfois avec la soul (Pheadrus). Après une nomination au Polaris avec Twin Solitude (2017), Vollebekk prouve qu’il a pris le temps de mûrir en beauté. Pour notre plus grand bonheur. Éric Moreault

MUSIQUE

Les failles, ****, Folk, Pomme

Le talent d’auteure-compositrice de Claire Pommet, alias Pomme, se dessinait déjà sur À peu près (2017), premier album qui oscillait entre le mélancolique et le pimpant et où elle chantait souvent les mots des autres. Voilà qu’elle assume complètement sa plume sur Les failles, une deuxième offrande toute en délicatesse et en honnêteté qui nous révèle une artiste de 23 ans d’une belle maturité. En compagnie d’Albin de la Simone, la Française a brodé un univers musical tout en subtilité, où de petits bruits fantômes et des harmonies magnétiques s’invitent ici et là. D’une voix douce et mélodieuse, mais aussi affirmée, elle y évoque ses anxiétés, son désir de maternité, ses insécurités… Amoureuse du Québec, où elle a passé beaucoup de temps dans les dernières années, Pomme dédie une chanson au refuge qu’elle trouve à Montréal (Les oiseaux). Et on entend presque un peu d’hiver québécois dans Soleil soleil. Voilà un album d’une grande beauté qui magnifie la mélancolie de main experte. Geneviève Bouchard

MUSIQUE

A Blemish in the Great Light, *** 1/2, Indie-rock, Half Moon Run

Poursuivant une carrière internationale qui les gardent fort occupés, les membres de Half Moon Run auront mis quatre ans pour donner suite à Sun Leads Me On. C’est maintenant chose faite avec A Blemish in the Great Light, un troisième album sur lequel la formation montréalaise poursuit de belle manière ses explorations rock, même si tous les titres n’ont pas la même force de frappe. Réalisée par Joe Chiccarelli (qui a notamment travaillé avec Elton John, Jack White, Tori Amos, U2 ou The Killers), cette nouvelle offrande montre que le quatuor n’a pas perdu son goût pour les constructions chansonnières élaborées, les instrumentations soignées et les boucles mélodiques qui nous happent ou nous envoûtent. Même qu’il pousse la machine un peu plus loin avec des arrangements étudiés, où le travail d’harmonies vocales — qui n’est pas étranger au groupe — s’avère plus efficace que jamais. Choisie pour clore l’aventure avec sa chorale de jeunes voix, New Truth nous emporte dans une sorte de mantra qui a de quoi hanter longtemps. Positivement, on s’entend… Geneviève Bouchard