Couverture de Rivère-au-Cerf-Blanc

Panorama: lu, vu, entendu cette semaine

LIVRE

Rivière-au-Cerf-Blanc, ***, Roman, Véronique Drouin

Après La guillotine, l’auteure Véronique Drouin renoue avec le roman d’horreur avec Rivière-au-Cerf-Blanc, récente parution destinée aux lecteurs âgés de 14 ans et plus. Elle nous amène cette fois au fond des bois, où une étudiante en histoire de l’art se verra traquée par un groupe de cinglés qui poussent l’idée de land art un peu (beaucoup!) trop loin… Surtout quand campeurs ou bûcherons deviennent la matière première pour leurs installations. Dans un style direct et juste un peu gore, Drouin réussit à garder le lecteur en haleine au fil de cette plaquette qui se lit en un rien de temps. Certains dialogues semblent bien un peu plaqués — pas certaine que des gens poursuivis par des psychopathes en forêt seraient vraiment enclins à analyser Le radeau de la Méduse de Géricault… —, mais ils auront peut-être le mérite d’intéresser les plus jeunes lecteurs à l’histoire de l’art.  Geneviève Bouchard

MUSIQUE

Turn Off the News, Build a Garden, *** 1/2, Pop rock, Lukas Nelson and Promise of the Real

Bad Case, le premier morceau de Turn Off the News, Build a Garden, n’aurait pas dépareillé un album du regretté Tom Petty. Mais la palette de Lukas Nelson and Promise of the Real s’avère beaucoup plus large sur ce recueil de chansons ensoleillées. Qui sont beaucoup moins pesantes, au demeurant, que celles livrées sur les Plaines d’Abraham l’an passé, dans le cadre du Festival d’été. Hatred is a symptom of the times, chante Nelson, fils du célèbre Willie, tout en professant sa foi dans la gentillesse innée de chacun. Naïf ou optimiste, peu importe, le discours offre un contraste réjouissant dans le contexte morose actuel chez nos voisins du Sud. Le reste est à l’avenant. La voix de Nelson est quelconque, mais il ne manque pas d’entrain, son groupe non plus, voguant sur des rythmes pop-rock qui emprunte au reggae et au R & B, en mode pédale douce, saupoudrés d’harmonies vocales à la Beach Boys. On a même droit avec Stars Made of You à un clin d’œil disco. Simple, efficace et «lotta fun», comme le dit une de leurs chansons.  Éric Moreault

MUSIQUE

Years to Burn, ****, Indie folk, Calexico/Iron & Wine

Il y a 14 ans, Sam Beam (alias Iron & Wine) et Joey Burn et John Covertino, de Calexico, avaient uni leurs forces le temps d’un superbe mini-album, In the Reins. Les trois amigos rêvaient depuis de collaborer sans que le projet se concrétise. C’est chose faite avec Years to Burn, un magnifique effort de collaboration musicale. La première fois, les gars de Calexico avaient, en quelque sorte, épaulé Beam, jouant de sonorités dépouillées folk-rock à la Iron & Wine. Cette fois, la bande a poussé l’exercice plus loin en fusionnant cette base acoustique au rock tex-mex de Calexico, grâce à leurs musiciens de tournée respectifs, mais aussi les voix de Burn et Beam. La mélancolique Bitter Suite, par exemple, repousse leurs frontières musicales respectives sans pour autant que l’exercice semble plaqué. Le résultat, magnifique, est à la hauteur du talent de ces auteurs-compositeurs-interprètes exceptionnels.  Éric Moreault

MUSIQUE

Busyhead, ***, Folk-pop, Noah Kahan

S’il est débarqué ces derniers jours avec un premier album, Noah Kahan a déjà retenu l’attention de bien du monde : plus de 5,7 millions de personnes lui tendent l’oreille chaque mois sur la plateforme en ligne Spotify, où sa chanson Hurt Somebody frôle les 119 millions d’écoutes. La table était donc bien mise pour ce sympathique Busyhead, qui exploite avec beaucoup de naturel un créneau folk-pop mélodique et rassembleur. Sans révolutionner le genre — les fans de Vance Joy, notamment, ne seront pas trop dépaysés —, l’Américain de 22 ans y navigue avec aisance et charisme. Noah Kahan sera de passage au Festival d’été de Québec le 14 juillet, alors qu’il se produira sur la scène du Cœur du FEQ à la place de l’Assemblée-Nationale. Et c’est gratuit…  Geneviève Bouchard

LIVRES

Les Cuivas, ****, essai, Bernard Arcand

À la fin des années 60, le jeune et fougueux anthropologue qu’était Bernard Arcand a passé deux ans à étudier la tribu des Cuivas, dans le fond de la jungle colombienne, pour rédiger sa thèse de doctorat. Sa mort prématurée, en 2009, ne lui a pas permis de publier le fruit de ses recherches. Dix ans plus tard, sa femme Ulla Hoff, sa collègue et amie Sylvie Vincent, et son grand complice Serge Bouchard font revivre sa mémoire à travers ce fascinant ouvrage, pas du tout aride, rempli d’observations étonnantes. C’est avec fascination qu’on plonge dans l’intimité de ce peuple méconnu, vu à travers la loupe de l’un des derniers anthropologues classiques. Les interactions entre les Cuivas, leur mode de vie, leur vie intime, tout cela et plus encore font de ce travail de longue haleine une œuvre de premier plan pour mieux comprendre tous ces peuples indigènes menacés par les périls de la civilisation moderne.  Normand Provencher