Évelyne Brochu

Panorama: lu, vu, entendu cette semaine

Musique

Objets perdus, ****, Chanson, Evelyne Brochu

Amis depuis le collège, l’actrice Evelyne Brochu et l’auteur-compositeur-interprète Félix Dyotte ont officialisé une complicité musicale de longue date en créant à quatre mains (plus quelques autres complices) un premier album au nom de la première, mais majoritairement écrit et composé par le deuxième. Entre celle qu’on a connue dans des films comme Polytechnique, Café de Flore ou plus récemment La femme de mon frère et celui qu’on a vu à l’œuvre dans le groupe Chinatown, en solo ou auprès de Pierre Lapointe, la chimie opère visiblement. D’un côté, il y a l’attrait pour Dyotte de créer des ambiances musicales d’une élégance un brin surannée. De l’autre, les qualités d’interprétation de Brochu, nettement ancrées dans une tradition de chanson française. De la rencontre, il ressort avec Objets perdus une collection de pièces hors du temps, à la fois rétro et actuelle, imagée et enveloppante. Nous ne misons pas sur les grands éclats, ici. Plutôt sur des chansons d’une douceur soignée, brodées avec intelligence et délicatesse. Geneviève Bouchard

Musique

Je suis Africain, *** 1/2, World Rachid Taha

Il y a tout juste un an nous quittait Rachid Taha, grand ambassadeur des métissages musicaux et visiteur fréquent des scènes québécoises. Si on peut éprouver une certaine ambivalence envers le concept d’album posthume (parfois vecteur de mélancolie ou ancré dans une motivation mercantile), difficile de nier la pertinence de Je suis Africain, onzième opus sur lequel l’artiste franco-algérien a, semble-t-il, travaillé pendant deux ans avant sa mort. Avec la complicité de Toma Feterman (La caravane passe), Taha met de l’avant sur ce dernier chapitre d’une colorée carrière musicale une œuvre inspirée et lumineuse, dans la continuité de l’univers qu’il a développé au fil des ans. Dans ces chansons polyglottes où les racines arabisantes rencontrent la pop ou le rock et où le vétéran tend la main à la plus jeune voix de Flèche Love, pas de signe de faiblesse ou d’essoufflement. Seulement le testament d’un artiste qui aura savouré la musique jusqu’au bout. Geneviève Bouchard

Musique

A War on Everything, ***, Rock, The Glorious Sons

The Glorious Sons avait une grosse commande après le succès inattendu de Young Beauties and Fools. Le groupe de Kingston a pris une sage décision en élargissant la palette sur A War on Everything. Bien sûr, on reconnaît la hargne de leur rock mal dégrossi sur Panic Attack, le premier extrait. Et la pièce-titre a tout de la power balade à allumer son cellulaire en concert. C’est toutefois le côté résolument pop-rock de certains morceaux comme I’m On Your Side qui surprend. Oui, le sextuor a le tour pour les mélodies accrocheuses et rassembleuses. Mais là, on entre dans un autre territoire. Décision délibérée pour conquérir un public plus vaste ou pression de leur compagnie? Allez savoir. Reste que dans le genre rock basique qui parle des aléas du quotidien, l’ensemble est d’une efficacité redoutable. Et Glorious Sons possède un atout redoutable en la personne de Brett Emmons. Le gars chante souvent comme si sa vie en dépendait. C’est rare… Éric Moreault

Musique

Nikamu Mamuitun, ***, Folk-Rock, Artistes variés

Les entreprises de création collective en musique sonnent parfois forcées, mais la magie a vraiment opéré dans le cas de Nikamu Mamuitun (Chansons rassembleuses), au sein duquel huit artistes de la relève allochtone et autochtone (innu et atikamekw) ont réussi à écrire des chansons souvent touchantes sur la réalité des Premières Nations. Sans pécher par excès d’originalité et de prouesse musicale (on reste dans un folk-rock assez conventionnel, que dièse parfois le vibraphone de Joëlle Saint-Pierre), l’octuor atteint son but par la justesse, l’adresse et la pertinence des thèmes, surtout les touchantes chansons interprétées par Karen Pinette-Fontaine (Tshishnemetnau, Le blanc des yeux), ainsi que la dernière plage (Tout un village), créée par les quatre chanteuses. Hormis le plaisir d’entendre la musique des langues autochtones, les nombreuses couleurs du disque — la voix éraillée et le ton moqueur de Matiu, la légèreté des filles et le côté terrien des gars, la variété des arrangements — rendent cet album pas ennuyeux du tout. La tribune