Taylor Swift

Panorama: lu, vu, entendu cette semaine

Musique 

Lover *** 1/2, Pop, Taylor Swift

La vedette américaine Taylor Swift ne s’est jamais gênée pour utiliser ses chansons comme un journal intime. Elle ne fait pas exception avec Lover, son septième album, elle qui est même allée jusqu’à inclure des extraits dudit journal dans une poignée d’exemplaire «deluxe» de son dernier né. Il ressort un sentiment très épanoui de cet opus, où l’auteure-compositrice-interprète aborde des thèmes personnels avec beaucoup de grâce et quelques clins d’œil aux années 80 : l’amour (évidemment!), l’enfance, le double-standard dans sa profession, la maladie d’un être cher (avec l’occurence sa mère), etc. On apprécie quand elle répond à la haine par une souriante indifférence (I Forgot That You Existed), quand elle offre un chouette clin d’œil britannique à son amoureux (London Boy) et quand elle pousse à fond la note pop (Paper Rings). Est-ce qu’on aurait pu resserrer un peu la proposition de 18 chansons? Sans doute, surtout que certaines pièces semblent un peu interchangeables. Mais voilà tout de même une Taylor Swift mature, assumée et en grande forme. Geneviève Bouchard

Film

Mater Ex Machina ***, Science-fiction, Grant Sputore

Ce serait mettre la barre très haute que de comparer Mater Ex Machina (I Am Mother) à 2001, l’Odyssée de l’espace. Surtout sur le plan formel. Mais le premier long métrage de Grant Sputore partage certaines inquiétudes thématiques liées au pouvoir de la machine — l’intelligence artificielle, en fait — sur l’Homme. Qui est une ado (Clara Rugaard), ici, la première d’une nouvelle génération d’humains élevée par un robot après l’extinction de l’humanité… Jusqu’à ce qu’une femme blessée par balles (Hilary Swank) se présente à la porte de leur bunker… Mater Ex Machina ne fera pas carrière en salle puisqu’il a été acheté par Netflix après un passage remarqué à Sundance. Sans la virtuosité de Kubrick, Sputore propose tout de même un suspense tendu, rempli de rebondissements et, surtout, ambigu, jouant sur les concepts de point de vue, de conditionnement et du libre arbitre. Tout en explorant la question compliquée des relations mère-fille. Un bon premier essai. Éric Moreault

Websérie

Comedians in Cars Getting Coffee, *** 1/2, Humour/documentaire, Jerry Seinfeld

Sur différentes plateformes, ça fait un moment que Jerry Seinfeld roule — sans jeu de mots... — avec cette série de capsules Web d’une quinzaine de minutes et dont le concept est on ne peut mieux résumé dans le titre : des comiques en voiture qui s’en vont prendre un café. Alors que la «Mouture 2019» est arrivée sur Netflix cet été, on ne se lasse pas de ces rencontres propices à des blagues, certes, mais aussi à des observations honnêtes ou décalées sur le métier ou à des confidences plus surprenantes. On songe à cet épisode dans lequel le Canadien Seth Rogan raconte comment il a appris les inconduites sexuelles de Bill Cosby avant que les accusations ne fusent. Ou à ce moment où Seinfeld et l’irrévérencieux Ricky Gervais (qui avait été terrorisé par le vieux bolide choisi pour lui à son premier passage à l’émission) s’interrogent sur l’acceptabilité d’un gag stéréotypé. Eddie Murphy, Jamie Foxx, Matthew Broderick et Martin Short sont de ceux qui se prêtent au jeu dans les nouveaux épisodes. Geneviève Bouchard

Livre

Les retranchées, ***, Essai, Fannie Britt

Les vacances en famille au large du Saint-Laurent ont été l’occasion de lire Les tranchées, publié en 2013, et la suite, Les retranchées, paru ce printemps. Le premier essai de Fannie Britt sur la maternité était pétillant, ancré dans les corps, profondément touchant, tout en soulevant des questions féministes nécessaires. Le second présente d’abord un visage plus réfléchi et complexe. Intéressant de mesurer le chemin parcouru par l’auteure (et ses complices), la manière dont les irritants, les blessures et les bonheurs de la vie familiale «en milieu de course» ont progressé, en rhizomes. Mais ensuite la plume vive de Britt relie un ensemble d’observations et d’idées qu’elle avait, justement, retranchées des Tranchées, ce qui donne un tout plus décousu, plus risqué, qui explore de nouvelles voies (le père, élever des garçons, l’avortement dans la culture populaire, l’adoption) sans trouver de chute. La lectrice reste donc un peu sur sa faim, tout en ayant des pistes de réflexion à suivre dans l’irrésoluble nœud d’émotions et de frustrations de la maternité. Josianne Desloges