DNA des Backstreet Boys

Panorama: lu, vu, entendu cette semaine

Musique 

DNA, Pop, Backstreet Boys ** 1/2

Les Backstreet Boys (BSB) ont vite pris l’habitude de battre le fer pendant qu’il est chaud, comme en témoigne l’enfilade d’albums qu’ils ont lancés presque chaque année à partir de 1996, quand les choses se sont mises à fonctionner pour eux. Plus discrets au chapitre de la musique neuve depuis 2013, les cinq boys désormais presque tous quarantenaires ont fait bon usage de la nostalgie ces derniers temps : axés sur leurs vieux succès, une résidence de spectacles a fait courir les foules à Las Vegas, tout comme leur visite sur les Plaines en 2017. Avec un pouvoir d’attraction renouvelé, le groupe a vite annoncé une tournée mondiale et une nouvelle collection de chansons. Dans sa production léchée, DNA offre une cure de jouvence à la recette éprouvée des BSB : des harmonies vocales, une pop mélodique qui emprunte à ses heures au R&B (principalement sur This is the Way it Was, ici) et un propos souvent romantico-mielleux. Quelques titres sortent du lot sur DNA : l’efficace extrait Chances, la cuivrée Passionate au bon petit groove et cette Breathe livrée a cappella. Mais l’ensemble, bien trempé dans le sirop, garde un côté geignard. Comme en 1996, on adopte ou pas. Geneviève Bouchard

Musique

Feral Roots, Rock, Rival Sons *** 1/2

Depuis Pressure & Time (2011), Rival Sons creuse avec acharnement le sillon du rock. Et sur ce sixième effort, la récolte est particulièrement bonne. Sans jamais renier leurs racines hard rock à la Led Zeppelin et en préconisant une approche dépouillée à la Black Keys, le quatuor californien élargit sa palette sur Feral Roots. Bien sûr, Do Your Worst et On the Bone, qui ouvrent l’album, sonnent comme une tonne de brique. Mais le groupe adopte une approche stylistique beaucoup plus variée en milieu de parcours — les influences soul pour la sentie Stood by Me ou la très belle acoustique pièce-titre. Sans parler de la gospel Shooting Stars en conclusion. Difficile de trouver un groupe plus soudé sur le plan musical, avec une captation (presque) en direct en studio. Mais l’atout demeure, comme d’habitude, le chanteur Jay Buchanan, dont la voix puissante et sentie donne de l’ampleur aux morceaux. Du rock comme il ne s’en fait plus assez. Éric Moreault

Livre

Le garçon invisible, Jeunesse *** 1/2

Trudy Ludwig et Patrice Barton Arthur est l’enfant qu’on ne voit pas. Dans la classe, dans la cour d’école, à la cafétéria: on l’ignore partout. Il est celui qu’on ne choisit pas dans l’équipe de ballon, celui qui n’est pas invité aux anniversaires, celui qui souffre en silence. Dès les premières pages, on mesure l’immense solitude d’Arthur et le chagrin qu’il ressent d’être l’invisible gamin qu’on laisse toujours de côté. Qu’on soit un lecteur adulte ou un lecteur enfant, c’est pareil: on a envie de le prendre dans nos bras, de lui dire que ça ira. Et effectivement, ça ira. Le vent tourne lorsqu’un nouvel élève arrive dans le paysage. L’amitié qui naît entre lui et Arthur change la dynamique avec les autres enfants. Soudain, Arthur existe. Et pas seulement dans les magnifiques dessins qu’il trace sur papier. Autour, alors que les copains lui font de plus en plus de place, il prend aussi de la densité et des couleurs au fil des pages, très finement illustrées. À la fois tendre, touchant et pertinent, le livre aborde un thème délicat (l’exclusion que vivent certains écoliers). Sans prêchi-prêcha, mais avec grande sensibilité, il montre aussi le chemin aux jeunes lecteurs pour faire mieux et pour savoir tendre la main à l’autre. Pour agir avec cœur et empathie, surtout. La Tribune

Musique

The Unseen in Between, Folk-rock, Steve Gunn ****

Folk, folk-rock, country-rock, néo-psychédélisme, synthwave ou musique de chambre (cordes et bois) convergent dans cette forme actualisée de l’expression americana. Réalisé par le multi-instrumentiste James Elkington, The Unseen in Between se démarque-t-il des albums précédents de Steve Gunn par l’apparente plénitude ressentie à travers ces neuf chansons ? Ex-sideman de Kurt Vile et The War on Drugs, collaborateur de Michael Chapman et tant d’autres, le guitariste et songwriter de Pennsylvanie dépeint ici un univers d’errances, voyages, quêtes de paix, rencontres de perdants magnifiques (merci Leonard), liens entre maître et animal domestique (Luciano), installation land art de Walter De Maria au Nouveau-Mexique, inquiétudes diverses sur l’existence et autres phénomènes dissimulés dans les craques du plancher. Force est de conclure au fil de plusieurs écoutes que la simplicité et le minimalisme ressentis de The Unseen in Between est un mirage. Les couches y sont certes fines, mais riches et abondantes. Sons et mots s’amalgament autour d’une pensée chansonnière beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. La Presse

Musique

Music to Draw To : Io, Ambient Kid Koala *** 1/2

Dans un franglais qui l’honore, Eric San, alias Kid Koala, résume par l’expression « massage du brain » ce concept immersif nommé Io, nouvel opus de la série Music to Draw To – le précédent a été lancé il y a un an avec le concert d’Emiliana Torrini. On comprendra que cette série hivernale n’a que peu à voir avec ce qu’on connaît du DJ, virtuose du scratch-mix, producteur et compositeur montréalais de réputation internationale. Voilà certes un bel exercice planant, sans qu’on puisse conclure à l’œuvre marquante. La très talentueuse Trixie Whitley, fille de feu Chris Whitley, chante à six reprises, en y conférant une sensualité mélodique améliorant à coup sûr l’expérience massage, de surcroît expérience collaborative répartie sur 18 tableaux. Koala suggère aux mélomanes d’en accompagner l’écoute d’une séance de dessin. Qui plus est, Io se veut une métaphore de l’actuelle « psyché mondiale » en évoquant la mythologie grecque ; Io est la première prêtresse de la déesse Héra, femme de Zeus avec qui Io a une relation extraconjugale. Vous vous imaginez le grenouillage qui s’ensuit ! Plus ça change… La Presse

Musique

Maison ouverte, POP, Simon Kearney *** 1/2

Quatre ans après La vie en mauve, Simon Kearney remet ça avec un second album, le très festif et «pop’n’roll» Maison ouverte, débordant d’autodérision et d’ironie. À l’instar des Trois accords, le jeune auteur-compositeur-interprète de Québec ne se prend pas trop au sérieux, pour notre plus grand plaisir. Le chanteur dans la jeune vingtaine a le chic pour pondre des mélodies accrocheuses qui séduisent dès la première écoute. On pense à la chanson «peine d’amour» Câline, avec ses arrangements hypnotisants, ou à Mes pants (où il cherche des pantalons qu’il ne semble pas porter souvent…). Il donne aussi dans l’introspection face à l’insécurité de son métier et à son avenir dans Mon chien est mort. En finale, la chanson éponyme Maison ouverte célèbre le penchant du jeune artiste pour l’amitié et les fêtes qui accueillent tout un chacun sans discrimination. J’veux pas savoir ce que vous avez faite / Ma maison est ouverte. Normand Provencher