Panorama, lu, vu, entendu cette semaine

Musique

Out of My Mind ***, Folk-rock, Ewan Currie

Avec Out of My Mind, il serait facile de croire que le prolifique chanteur-guitariste des Sheepdogs n’arrête jamais. Peut-être. Mais ce premier essai solo fut composé au fil des années en marge de son groupe rétrorock, représentatif d’une décennie sur la route, avec ses espoirs (I’d Like to Live in California) et ses échecs (I Can’t Get Over You, un vrai ver d’oreille). Évidemment, la musique ne navigue jamais bien loin de celle de son band, mais elle est plus dépouillée, presque acoustique. Sans prétention, en fait. En majorité folk rock, avec la chaude voix de Currie et de bonnes harmonies vocales, l’album comporte aussi quelques écarts stylistiques, parfois malheureux (la bossa-nova Gateway, à la limite de la musique d’ascenseur, est clairement une erreur). Out of My Mind est en fait une bonne recette estivale, un peu comme le très bon Waiting On a Song de Dan Auerbach (The Black Keys), il y a deux ans. Éric Moreault

Livre

Khalil ****, Roman, Yasmina Khadraà

À travers son œuvre prolifique, Yasmina Khadra s’est toujours fait un devoir de pourfendre l’extrémisme religieux et de donner une autre image de l’islam que celle véhiculée généralement en Occident. Son dernier roman ne fait pas exception. Le célèbre romancier algérien revient sur les attentats de Paris de novembre 2015 en mettant à l’avant-plan l’un de ses auteurs fictifs, Khalil, dont le scénario pour se faire sauter dans le métro a échoué. S’engage alors pour lui une fuite en Belgique et un plan de tous les instants pour échapper aux autorités policières. La plume fluide de Khadra, qui colle au plus près des émotions du personnage, confère à Khalil un grand réalisme qui tient en haleine du début à la fin. En toile de fond, l’auteur analyse les rouages qui poussent de jeunes musulmans, souvent dépourvus de repères, à se faire embrigader au nom d’une cause qu’ils croient noble dans des plans machiavéliques dont l’issue macabre ne servira qu’à nourrir davantage l’incompréhension et la colère. Un roman porté par un puissant souffle d’humanisme. Normand Provencher

LIVRE

Etta et Otto (Et Russel et James), ***  1/2, Roman Emma Hooper 

Après Les chants du large, l’écrivaine canadienne-anglaise Emma Hooper récidive avec un second roman (lui aussi publié chez Alto) où elle se penche avec une fertile imagination sur l’histoire de ses grands-parents maternels. À 83 ans, Etta décide de quitter la Saskatchewan à pied pour aller voir la mer, à Halifax, laissant derrière elle son mari Otto et son ami d’enfance Russell. À travers de fréquents retours en arrière, l’auteure revisite la jeunesse de ses aïeux pour en brosser un portrait empreint d’une infinie tendresse. Le ton est teinté d’un réalisme poético-magique qui entraîne parfois le lecteur dans des avenues insoupçonnées où, par exemple, un coyote parlant devient le compagnon de voyage d’Etta. La jeune romancière, maintenant installée en Angleterre, n’a certainement pas oublié ses racines et c’est avec bonheur qu’on la suit sur la route de ses ancêtres. Normand Provencher

Livre

Comment les paradis fiscaux ont ruiné mon petit-déjeuner, ****, Roman graphique, François Samson-Dunlop

S’appuyant sur les ouvrages que le philosophe Alain Denault, grand spécialiste (et pourfendeur) des paradis fiscaux, a signés sur le sujet, François Samson-Dunlop signe une amusante BD, genre de Paradis fiscaux pour les Nuls, à la fois synthétique et documentée. Reprenant la formule de Pinkerton et de Poulet Grain-Grain (cosignés avec Alexandre Fontaine Rousseau), Samson-Dunlop se met en scène, cette fois au côté de sa conjointe, à qui il donne le beau rôle. Inspiré par ces consommateurs militants qui boycottent certains produits, le héros entame une croisade citoyenne contre toutes les multinationales «complices» d’évasion fiscale. Franchement dépassé par la situation, Dunlop-Sanson semble faire la démonstration que ce boycottage est absurde, car utopique, du strict point de vue individuel. Sa BD n’a pourtant rien de défaitiste. L’auteur sent que sa croisade s’inscrit dans un mouvement de résistance global. Aussi cherche-t-il à éveiller les consciences, à susciter symboliquement «l’action» collective. Le voilà donc au diapason de Denault, qui invite à la vigilance collective, afin de contribuer à la lutte «concertée» qui permettra d’accélérer «l’érosion» d’un phénomène dont il juge d’ailleurs «la chute» inéluctable. Le Droit