De passage à Métabetchouan dans quelques jours, Johann Vexo raconte comment il a vécu l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, où il oeuvre depuis 15 ans à l’orgue de choeur. Il participait à un office religieux au moment où la première alarme a été déclenchée.

Organiste à Notre-Dame de Paris, le jour de l’incendie

Le 15 avril, aux alentours de 18 h 30, Johann Vexo participait à une messe célébrée à la cathédrale Notre-Dame de Paris. « Je jouais sur l’orgue de choeur au moment où j’ai entendu l’alarme. On a demandé aux fidèles de partir, mais je suis resté. Je croyais qu’il s’agissait d’un dysfonctionnement du système, qu’il n’y avait pas réellement d’incendie. Ensuite, on m’a dit que je pouvais rentrer à la maison », a-t-il raconté, il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Aucune odeur de fumée n’était perceptible et personne ne semblait s’inquiéter outre mesure lorsque le musicien a posé une feuille sur son lutrin, un psaume qu’il pourrait peut-être interpréter plus tard dans la journée. Arrivé chez lui, pas loin du bâtiment huit fois centenaire, Johann Vexo a reçu un coup de fil provenant de l’étranger. Un ami lui a annoncé qu’un feu s’était déclaré à l’église.

« C’était 30 minutes après mon départ. De ma fenêtre, j’ai vu un nuage de fumée. Je suis retourné à Notre-Dame et le toit était intégralement en flammes. C’était horrible ! Je croyais que l’église était perdue », note, avec émotion, celui qui, le 10 juillet, à 19 h 30, donnera un concert en l’église Saint-Jérôme de Métabetchouan. Il sera alors l’invité du Camp musical du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Comme tout un chacun, le musicien originaire de Nancy, en France, a balancé entre le découragement et l’espoir. Quand on a laissé entendre que l’une des tours allait s’effondrer, il a compris que le sort de l’église était en train de se jouer. Ce trésor national, un lieu qu’il fréquentait plusieurs fois par semaine dans le cadre de ses fonctions, depuis ses débuts professionnels il y a 15 ans, ne se serait pas remis d’une telle infortune.

Partition intacte

Par bonheur, la suite des choses fut plus heureuse. L’église a été endommagée par l’eau et la fumée, mais continuera de se dresser dans le ciel parisien. On a également appris que ni le grand orgue ni l’orgue de choeur n’avaient été irrémédiablement touchés. « Il semble que rien n’a brûlé ni fondu sur le grand orgue. Quant à l’orgue de choeur, il a pris plus d’eau, mais ça aurait pu être pire. La flèche aurait pu tomber dessus », note Johann Vexo, en référant à l’élégante structure emportée par le brasier.

Après avoir craint le pire, soit la destruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, l’organiste Johann Vexo voit venir le jour où il retrouvera sa place à l’orgue de choeur.

Une autre information, visuelle celle-là, lui a fait chaud au coeur. « Quelques jours après l’incendie, j’ai vu une photographie de la console, là où je me trouvais lors de la première alarme. Sur le pupitre, la partition était pratiquement intacte, celle que j’avais laissée là en pensant revenir dans dix minutes, une demi-heure. Cette image m’a rassuré », affirme l’organiste français.

Les semaines, les mois ont passé. Le président Emmanuel Macron a annoncé que Notre-Dame serait restaurée à l’intérieur d’une fenêtre de cinq ans, un échéancier qui laisse Johann Vexo dubitatif. « Il aurait mieux fait de s’abstenir. Je trouve que c’est un peu court. D’un autre côté, sa déclaration a mis de la pression sur l’appareil. Ça représente un avantage », analyse-t-il.

Dans l’immédiat, plus de 100 personnes s’affairent chaque jour à l’intérieur de l’église. Elles sécurisent les lieux, une opération qui devrait être terminée à la fin de l’été. « Ensuite, il y aura une phase d’expertise, puis on pourra reconstruire, peut-être dans un an. On nous dit que les trois quarts de Notre-Dame sont nickel, qu’il sera possible de l’utiliser dans trois ans. Il faudra refaire la voûte, puis la charpente et le toit. Or, on a le bois de la taille qu’il faut, ainsi que les artisans, les compagnons », estime le musicien.

Transfert à Saint-Germain-l’Auxerrois

Si le grand orgue recèle des composantes vieilles de plusieurs siècles, l’orgue de choeur a été installé en 1968. Comportant deux claviers, ainsi que 30 jeux, il est mis à contribution pendant les offices quotidiens, de même que les grandes célébrations. En de telles circonstances, c’est son titulaire qui prend les décisions, plutôt que son collègue à l’orgue de choeur. Plus près du célébrant, il est le mieux placé pour percevoir les changements de programme que celui-ci souhaite introduire.

« Je travaille également avec la Maîtrise de Notre-Dame, qui comprend un choeur d’enfants, un choeur d’adolescents et un choeur d’adultes. Quand tout le monde est réuni, ça fait 80 personnes », indique Johann Vexo. S’il ignore à quel moment l’orgue de choeur reprendra du service, l’avenir immédiat se dessine avec plus de précision. On sait en effet que les offices qui étaient célébrés à la cathédrale seront déplacés en l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois à compter du 1er septembre.

« C’est une belle église gothique avec deux orgues. Elle est située près du Louvre », mentionne le musicien. En attendant, il profite du congé forcé pour effectuer une tournée de concerts au Québec. En plus du rendez-vous de Métabetchouan, on pourra l’entendre le 7 juillet, à 14 h, à la basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec, de même qu’à Saint-Hyacinthe et qu’à l’oratoire Saint-Joseph.

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UN PROGRAMME FRANÇAIS POUR MÉTABETCHOUAN

(Daniel Côté) — La présence de Johann Vexo à Métabetchouan, le 10 juillet, découle d’une rencontre survenue il y a deux ans. L’organiste se trouvait sur son lieu de travail, à l’orgue de choeur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, lorsqu’un collègue originaire du Saguenay, Martin Boucher, a engagé la conversation à la fin de l’office. Comme il s’occupe des activités liées à son instrument de prédilection, au Camp musical du Saguenay–Lac-Saint-Jean, une invitation a été lancée et promptement acceptée.

C’est ainsi que l’église Saint-Jérôme recevra de la visite rare, à l’occasion d’un concert intitulé Le grand orgue de Paris résonne jusqu’au Lac. Prévu pour 19h 30, cet événement, accessible au coût de 20 $ du billet, fera la part belle au répertoire français. 

La liste comprend César Frank, celui qu’il identifie comme «le grand compositeur français du 19e siècle à l’orgue», deux titres de Charles-Marie Widor, une oeuvre de Gaston Litaize et une d’Alexandre-Pierre-François Boëly.

L’exception viendra de Jean-Sébastien Bach et même si elle est facile à justifier, Johann Vexo précise que Boëly lui vouait une grande admiration. Comme il s’agira de sa première visite au Saguenay–Lac-Saint-Jean, l’interprète n’a jamais joué sur le Casavant de l’église Saint-Jérôme, mais grâce aux renseignements recueillis sur Internet, plus précisément sur un site décrivant les caractéristiques des orgues du Québec, il a une bonne idée de ce qui l’attend.

«J’ai découvert l’exacte composition sonore de l’instrument, de même que les jeux. Néanmoins, chaque fois qu’on aborde un nouvel orgue, on doit se donner plusieurs heures pour l’apprivoiser. C’est pour cette raison que j’aime arriver la veille du concert. Je trouve ça important, parce qu’on ne sait pas toujours ce qu’on va trouver. Parfois, c’est inquiétant», lance Johann Vexo, en riant.

Ce ne sera pas son premier contact avec un Casavant, toutefois. Ceux qui ont été fabriqués dans les années 1930 comptent parmi ses favoris, davantage que les instruments commercialisés dans les années 1970. 

Et le meilleur de tous, étrangement, est un modèle récent qui a été installé à New York. «Il se trouve à la Brick Church Presbyterian et correspond au style symphonique français. C’est le plus beau que je connaisse», indique le musicien.