Beaucoup ont vu dans la déclaration de neuf minutes d’Oprah Winfrey, récompensée pour l’ensemble de sa carrière aux Golden Globes, un tournant dans sa vie publique.

Oprah, future présidente?

LOS ANGELES – Dans la foulée de son discours mémorable lors de la cérémonie des Golden Globes, dimanche soir, plusieurs partisans d'Oprah Winfrey et de nombreuses vedettes lui demandent maintenant de briguer la présidence des États-Unis.

La célèbre animatrice a accepté le prix Cecil B. DeMille en hommage à l'ensemble de son oeuvre. Il n'en fallait pas plus pour que le mot-clé Oprah2020 déferle sur Twitter.

La comédienne Sarah Silverman a lancé «Oprah/Michelle 2020». L'acteur Leslie Odom a estimé qu'«elle [Oprah Winfrey] est en campagne électorale. Un nouveau jour se lève.»

Le partenaire de longue date d'Oprah Winfrey, Stedman Graham, a déclaré au Los Angeles Times qu'il «revient à la population» de décider si elle sera présidente, avant d'ajouter qu'elle «serait assurément intéressée».

La foule habituellement endiablée a été réduite au silence et aux larmes par le discours d'Oprah Winfrey. Elle a raconté avoir vu l'acteur Sidney Poitier remporter un Oscar quand elle était enfant, puis elle a évoqué le mouvement moiaussi.

L'actrice, productrice et ancienne animatrice de talk-show est devenue la première femme noire à remporter le prix Cecil B. DeMille. Elle a raconté comment elle s'était sentie lorsque, petite, elle a vu Sidney Poitier remporter l'Oscar du meilleur acteur en 1964, une première pour un homme noir. Elle a espéré avoir le même impact sur les jeunes femmes d'aujourd'hui que la victoire de Sidney Poitier a eu sur elle quand elle était enfant.

«Sa cravate était blanche et, bien sûr, sa peau était noire et je n'avais jamais vu un homme noir être célébré de la sorte», a-t-elle lancé.

Le mouvement moiaussi

Elle a également raconté l'histoire d'une femme noire de l'Alabama, Recy Taylor, qui est morte le 28 décembre dernier à l'âge de 97 ans, et de sa lutte pour obtenir justice après avoir été violée par six hommes blancs, en 1944.

Elle a exprimé sa gratitude envers Recy Taylor et envers toutes les femmes réduites au silence après avoir dénoncé des hommes puissants, les femmes travaillant en usine, sur des fermes, comme domestiques et comme universitaires et dont les noms ne seront jamais connus.

«Pendant trop longtemps, les femmes n'ont pas été entendues ou crues si elles osaient raconter leur vérité au sujet du pouvoir de ces hommes», a déclaré la productrice.

«Mais leur temps est venu! Leur temps est venu! Leur temps est venu!», a-t-elle ajouté, alors que les spectateurs se levaient de leur siège.

Elle a conclu sur une note d'espoir, affirmant «qu'un jour nouveau est à l'horizon», en raison de gens, dont certains sont dans la foule des Golden Globes, qui «nous emmèneront vers le moment ou plus personne n'aura jamais à dire “moi aussi”.»

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DE LA CÉLÉBRITÉ À LA POLITIQUE

Ronald Reagan était acteur à Hollywood, Arnold Schwarzenegger, le Monsieur Muscle du cinéma, et Clint Eastwood, le «bon» du western Le bon, la brute et le truand... Ils ont été élus président, gouverneur et maire. Tour d’horizon des vedettes du divertissement qui ont eu une carrière politique aux États-Unis. De quoi encourager la milliardaire et reine de la télévision Oprah Winfrey à se lancer pour la Maison-Blanche en 2020.

Reagan, le pionnier

Les Américains ont découvert Ronald Reagan au grand écran, avant la guerre. L’un de ses rôles les plus célèbre, en 1940, fut celui de «The Gipper», jeune star de football américain à la beauté insolente. Après une longue carrière cinématographique, pas toujours ponctuée de succès, il est élu gouverneur de Californie en 1966. Et après un échec aux primaires en 1976, il est élu 40e président des États-Unis en 1980, battant le sortant Jimmy Carter.

Télévision, avant Trump

Avant d’être élu président en 2016, le promoteur immobilier Donald Trump s’était fait connaître dans les pages des tabloïdes, puis par l’émission de télévision The Apprentice, que le milliardaire a présentée de 2004 à 2015.

Des stars de feuilletons sont arrivées jusqu’au Congrès: Ben Jones, acteur dans la série des années 1980 Shérif, fais-moi peur, ainsi que Fred Grandy, qui jouait l’employé Gopher à bord de La croisière s’amuse.

Plus récemment, l’humoriste star de l’émission Saturday Night Live dans les années 1980, Al Franken, s’est fait élire sénateur démocrate en 2010, mais il a démissionné en décembre après des accusations faites par des femmes.

Un élu républicain actuel de la Chambre des représentants, Sean Duffy, est quant à lui passé par l’émission de MTV The Real World: Boston.

Acteurs de cinéma

Sur un terrain défriché par Ronald Reagan, la Californie, Arnold Schwarzenegger le culturiste, héros des films Terminator, se lance en politique et devient gouverneur en 2003. Né en Autriche, il ne pourra cependant jamais se présenter à la présidentielle.

L’acteur Fred Thompson a joué dans le deuxième opus des films Die Hard et À la poursuite d’Octobre rouge, entre autres... Puis il a passé près de 10 ans comme sénateur républicain, avant de se présenter aux primaires présidentielles du parti républicain en 2008.

L’acteur Clint Eastwood, quant à lui, a eu une courte carrière d’élu: il fut le maire de la petite ville de Carmel-by-the-Sea, en Californie, de 1986 à 1988.

Et dans le monde de la lutte

L’une des personnalités les plus iconoclastes de la politique américaine fut Jesse Ventura, un ancien commando de marine devenu lutteur célèbre dans les années 1970 et 1980. En 1998, il n’est pas pris au sérieux quand il se présente à l’élection de gouverneur du Minnesota sur un programme populiste... Mais il l’emporte, devenant une sorte de précurseur de la future élection de Donald Trump.

Une autre professionnelle du catch s’est élevée jusqu’à la Maison-Blanche: Linda McMahon, ex-pdg de la fédération WWE, nommée par Donald Trump à la tête de l’administration des petites entreprises.  AFP