Ibrahim Maalouf s’est éveillé à la musique grâce à un père trompettiste, Nassim Maalouf, inventeur de l’instrument à quart de ton, imaginé pour jouer les modes propres à la musique arabe.

Nouveaux souffles pour Dalida

Il a sorti la trompette des arrière-rangs en s’imposant comme l’instrumentiste à la mode. Ibrahim Maalouf est partout : ces jours-ci, il lance au Canada un disque de reprises de Dalida alors qu’en France, il collabore au dernier album du chanteur crooner Eddy Mitchell. Il y a quelques jours, il participait à l’élection de miss Liban. Discussion avec un trompettiste qui a le vent en poupe, toujours avide de nouveaux projets, de répertoires variés.

Il « instagrame » comme il respire, des photos de concerts surtout, et n’oublie pas de souligner virtuellement la Fête nationale du Liban, son pays d’origine où il vit encore la moitié de l’année. « Je me sens toujours très concerné par ce qui s’y passe », raconte-t-il. Sa biographie officielle nous apprend que cet enfant de Beyrouth « né sous les bombes en 1980 » s’est éveillé à la musique grâce à un père trompettiste, Nassim Maalouf, inventeur de l’instrument à quart de ton, imaginé pour jouer les modes propres à la musique arabe. 

Du jazz à Dalida

Rompu à l’improvisation jazz, le trompettiste figure en pochette d’un album plutôt inattendu : Dalida By Ibrahim Maalouf, sorti le 17 novembre chez Barclay, l’étiquette historique de la chanteuse disparue il y a 30 ans exactement. 

« Quand la maison de disques m’a proposé le projet, j’ai refusé d’un non catégorique ; il était hors de question que je produise un album d’époque ou que je verse dans l’esprit moderne actuel de reprises commerciales », rétorque le musicien. Sa mère, enthousiasmée par la proposition, finira par le convaincre. « J’ai accepté à condition de choisir le répertoire, les chanteurs et qu’on m’autorise à ne pas réaliser un album chromé ».

Il laisse la trompette en arrière-plan, fil conducteur discret de chansons cultissimes qu’il dépoussière en les désossant de leurs apparats d’époque — « feux d’artifice disco et grand orchestre flamboyant. »

« J’ai essayé de leur donner une nouvelle direction qui respecte l’identité artistique de Dalida, explique-t-il, de revenir à la base des mélodies et des paroles, que je trouve géniales ! »

Boosté par un orchestre aux sonorités latines, le casting puise parmi toutes les générations, styles et nationalités de chanteurs : Alain Souchon à l’interprétation du mélodramatique Bambino, M (Matthieu Chedid) et Monica Belluci se donnent la réplique sur le sexy Paroles paroles, Mika donne un nouveau souffle à Salma Ya Salama tandis qu’Arno expire sa voix rauque sur Je me repose.

Ultimatum vocal

Outre la trompette, Ibrahim Maalouf s’illustre aussi au chant sur un titre de l’album, en duo avec Melody Gardot, J’attendrai. Une exception pour l’instrumentiste/compositeur/arrangeur qui, les rares fois où il s’est essayé au chant, le faisait de façon plutôt discrète en titre bonus (et caché) de son album Illusions ou dans le générique de fin de la trame sonore du film Yves Saint-Laurent — pour laquelle Maalouf obtint un César.

« Je dirigeais Melody Gardot au chant, en studio ; en lui montrant ce que je recherchais, elle m’a convaincu de la rejoindre en duo. En fait, elle m’a posé un ultimatum : je devais chanter avec elle si je voulais qu’elle reste ! »

Ibrahim Maalouf s’octroie aussi une plage instrumentale. Il venait d’avoir 18 ans, un concours de circonstances plus qu’un choix artistique, raconte-t-il, Maurane ayant dû s’absenter pour une opération des cordes vocales.  

Cette réappropriation du répertoire mythique de Dalida ne pouvait pas voir le jour sans l’approbation d’Orlando, frère imprésario de l’artiste, garant de son catalogue. 

« Il a été mis au courant dès les débuts du projet, il l’a validé et j’ai souhaité lui faire écouter l’album avant le lancement, par délicatesse et pour la mémoire de sa sœur, précise Ibrahim Maalouf. Je ne voulais pas qu’on le choque. »