À ceux qui croyaient encore jeudi soir qu’Ottawa était une ville ennuyeuse, la première soirée du 25e Bluesfest leur a fourni la preuve du contraire.

Note parfaite pour l'ouverture du Bluesfest

À ceux qui croyaient encore jeudi soir qu’Ottawa était une ville ennuyeuse, la première soirée du 25e Bluesfest leur a fourni la preuve du contraire. Dans des conditions météo idéales, CHVRCHES et alt-J ont fait vibrer un public compact et nombreux – et surtout millénial.

Les prières des organisateurs ont été entendues : on n’aurait pu demander un meilleur départ pour le plus grand festival en ville. Dès les premiers spectacles à 18 h, les plaines LeBreton fourmillaient déjà de festivaliers en gougounes et shorts, prêts à investir le site pour les deux prochaines semaines. Dame Nature elle aussi s’est montrée enthousiaste — particulièrement en début de soirée, alors que la température ressentie a monté jusqu’à 36 degrés.

C’est comme si les Britanniques avaient conquis les plaines LeBreton : trois artistes et groupes du Royaume-Uni, soit Nao, CHVRCHES et alt-J, ont pris d’assaut la plus grande scène.

Si la pop indé radiophonique de CHVRCHES avait encore laissé des spectateurs indécis en début de spectacle, le charme de la chanteuse Lauren Mayberry a certainement dû les rallier à la masse.

Entre les hits du groupe, l’attachante Écossaise s’est amusée à blaguer comme devant des amis, au sujet d’Ottawa, de son groupe, ou de l’importance de porter des shorts sous une jupe lorsque sur scène (« pour ne pas que les photographes voient ce qui n’est pas à eux ! »). Un couac : aux passages les plus forts des chansons, le volume tonitruant des basses et des percussions — et il y en a beaucoup chez ces cousins de la fesse gauche de Depeche Mode — enterrait la voix toute cristalline de Mayberry. Dommage.

La programmation de la soirée, comme on l’a constaté, a attiré des spectateurs de tous les âges. Charlotte Cardin a été la tête d’affiche de la scène secondaire Vidéotron ; Kelly Sloan et l’Ottavienne Marie-Clo étaient de la fête, de même que notre coup de cœur, Steve Poltz, personnage ultrasympathique capable de décoincer même les névrosés.

Le groupe alt-J a donné le coup d’envoi de la 25e édition du Bluesfest, jeudi soir.

Mais un nom était sur toutes les lèvres — et surtout sur celles des spectateurs dans la vingtaine et la trentaine : alt-J. Entendu à l’entrée : « c’est alt-J qu’on va voir ! » Dans la tente des marchandises : « où sont les t-shirts d’alt-J ? » Même devant Zaki Ibrahim, pendant que la chanteuse R&B groovait sur une scène secondaire : « moi, ma préférée, c’est Breezeblocks ! »

C’est sans surprise, donc, que les jeunes adultes faisaient légion devant la grande scène dès 21 h 30. Tout de noir vêtus, Gus Unger-Hamilton (clavier et voix), Joe Newman (guitare et voix) et Thom Green (percussions) sont apparus côte à côte, simplement, devant des Ottaviens déjà conquis.

Bien franchement, on se demandait à quoi ressemblerait la musique d’alt-J en concert. « It’s quite trippy », avait illustré Unger-Hamilton pour la décrire, et on ne saurait mieux dire. Lui et ses acolytes servent un intense rock indé kaléidoscopique, méticuleux et introspectif, qui s’écoute mieux dans des écouteurs en regardant les paysages défiler que sur un plancher de danse. Comme de la morphine, pour les oreilles.

Verdict ? Le trio de Leeds a servi une expérience à son image : sobre, élégante, puissante, hypnotique. Musicalement, on aura retenu la précision des accords de voix d’Unger-Hamilton et de Newman, omniprésents dans leurs compositions, et heureusement, audibles.

Mais c’est visuellement que le spectacle a épaté le plus. Partout sur le fond de la scène — et elle est grande —, de savants montages d’éclairages et d’animations sophistiquées étaient en parfaite symbiose avec les (nombreux) changements de rythme et les ambiances sonores souvent cinématographiques. Si on a déjà vu Woodkid en spectacle, on ne peut s’empêcher d’y voir un lien de parenté.

Non, contrairement à la norme, alt-J n’a pas une chanson plus rythmée pour faire danser en fin de spectacle. Left Hand Free a fait hocher de la tête plus fort et Breezeblocks en a fait sautiller quelques-uns, voilà pour la finale. Non, on n’en sera donc pas ressorti électrisé comme à un spectacle pop ; mais on en sera sorti zen, envoûté, presque dans un état second. Comme au terme d’un « trip » collectif.

Le Bluesfest se poursuit vendredi avec Eric Church, Rodrigo y Gabriela et un hommage à Little Walter par Mark Hummel, Billy Boy Arnold et Magic Dick.