L’année de Robert Lepage a été marquée par l’ouverture du Diamant, qu’il décrit comme une période de bonheur assez longue.

Nos personnalités de l'année: Robert Lepage

Q Quel a été ton meilleur souvenir de 2019?

R Je suis un peu obligé de dire l’ouverture de Diamant 2019 (rires). Pas seulement la soirée d’ouverture officielle : la période de bonheur a été assez longue. Je n’aurais peut-être pas eu autant ce bonheur si je n’avais pas été aussi longtemps en tournée [avant]. D’abord, rentrer dans son nouveau «char» (rires). Ensuite, l’ouverture avec l’enthousiasme des gens qui s’appropriaient le lieu. Et ça correspondait également au lancement des [représentations] des Sept branches de la rivière Ota. Il y avait beaucoup de sceptiques. Et dans les derniers moments, quand ça sentait bon, tout à coup les gens accourraient et réalisaient que ce n’était pas un éléphant blanc…

Q Quel a été ton coup de cœur artistique ou culturel en 2019?

R À Montréal, en avril, à Place des arts, j’ai vu quelque chose d’extraordinaire : Revizor de Crystal Pite, l’adaptation de Gogol. J’avais déjà travaillé avec elle sur Tempest [de Shakespeare]. C’est un peu la même révélation que la première fois que j’ai vu des shows de Pina Bausch. T’as l’impression que c’est du théâtre, mais c’est de la danse. C’était fantastique et révolutionnaire. Et c’est drôle : quand est-ce qu’on rit à un show de danse contemporaine? Ça m’a vraiment brassé.

Q Une déception en 2019?

R La grande déception, c’est Trump. On n’est plus capable! Il s’est tellement empilé de corruption, de mensonges. Et ça continue. Je trouve ça épouvantable. J’ose en parler parce que ça a un impact direct sur mon travail aux États-Unis. Il fait reculer le monde de je ne sais combien d’années. Tout ce qu’il faudra rebâtir… Naïvement, je pensais que ça durerait deux ans et que ça péterait quelque part : on est encore dans le même marasme. Ça me mine et ça mine plein de gens.

Q Que te réserve 2020?

R Je serai plus à Québec, mais j’ai encore beaucoup de tournées. Je vais aller en Afrique du Sud pour la première fois de ma vie en février. J’ai des créations pour les JO de Tokyo : Les sept branches de la rivière Ota et un spectacle avec Kodo, le groupe de tambours Taiko. En même temps, je vais aller jouer en Chine : Beijing, Shanghai, etc. C’est un gros déblocage pour Ex Machina. À la fin de l’automne, on crée Maître et Marguerite avec une compagnie russe à Moscou. Ils passent d’ailleurs trois semaines ici [en décembre], puis ils vont revenir au printemps. 

Q Ton souhait pour 2020?

R Une grande, grande découverte. Soit dans le monde scientifique, technologique ou médical, parce que ça donne toujours lieu à une renaissance. C’est comme un élan extraordinaire qui remet les pendules à zéro. Je ne sais pas quoi, mais je nous souhaite ça pour qu’on puisse passer à autre chose à plein de niveaux. Les esprits deviennent plus libéraux, plus ouverts, moins à droite, prêts à essayer des choses...