Quelques élus siégeant à Québec : Harold Lebel (Parti québécois), Marwah Rizqy (Parti libéral), Catherine Dorion (Québec solidaire) et Pascal Bérubé (Parti québécois).

«Nos élus»: pour briser le cynisme

CHRONIQUE / L’image de nos politiciens a beaucoup pâli depuis quelques décennies. On ne souligne que leur manque de charisme, leurs promesses bafouées, leur langue de bois. Et si une caméra nous les montrait en dehors des points de presse, des sessions parlementaires et des cérémonies officielles? Nos élus, une minisérie documentaire prévue pour l’automne à Télé-Québec, se donne comme mandat de nous faire sortir du cynisme.

Martine Forand en connaît un chapitre sur le sujet en tant que conjointe de Bernard Drainville. Au nom de ce que les années de politique de l’ancien ministre péquiste lui ont apporté de soucis et de désagréments, mais aussi de moments réjouissants, elle a voulu traduire à l’écran un portrait plus fidèle du travail méconnu et trop souvent sous-estimé de nos élus. «C’est mon projet. Je le fais pour faire comprendre aux gens c’est quoi, parce que ça a été dur pour les enfants, pour la famille», me confie-t-elle. C’est sa maison de production, Taïga média, basée à Québec, qui est derrière les quatre épisodes de cette série, diffusée le jeudi à 20h dès la mi-novembre à Télé-Québec.

Déjà, elle s’était prêtée au documentaire La politique n’est pas un jeu d’enfants, qui explorait les répercussions de la vie politique active sur les enfants des élus, souvent la cible d’intimidation. Cette fois, c’est une image plus positive qu’elle souhaite véhiculer, tout en ne rayant pas les jours difficiles, parce qu’il y en a. «Ce n’est pas un document corporatif, loin de là. C’est complètement apolitique, c’est une série sur l’humain.»

Alors qu’Esther Bégin l’a fait à travers des entrevues dans Fièvre politique, De garde 24/7 sert d’inspiration à Nos élus, tant dans la forme que dans le ton. Le réalisateur Louis Asselin, qui est derrière Nos élus, a d’ailleurs réalisé des épisodes de la série médicale. Comme n’importe quel docu-réalité, la série reposera sur la force de ses «personnages». Avec son équipe, Martine Forand a pris soin de choisir des députés de chacune des formations politiques, que la caméra suivra de plus près. «Tout est fait dans la neutralité la plus complète. On va les humaniser», dit-elle. On laisse les élus concernés choisir de recevoir ou non les caméras dans leur intimité quotidienne, jusqu’à leur domicile. «On respecte ça, il n’y a aucune obligation de leur part. À leur place, je n’aurais pas voulu qu’on m’impose ça.»

Le tournage s’est mis en branle mardi, en même temps que la nouvelle session parlementaire. Et déjà, l’équipe a eu droit à de belles surprises. «Une nouvelle élue prenait place à l’Assemblée nationale [Joëlle Boutin de la CAQ] et on s’est fait annoncer une grossesse parmi les élues», relate la productrice. On tournera jusqu’à la fin de la session en juin.

Martine Forand a fait mentir son conjoint, qui ne croyait jamais qu’elle réussirait à convaincre les quatre partis de se prêter à l’aventure. «Ça ne s’est jamais fait, ça a été de longues négociations, mais ils ont compris que je le faisais pour les bonnes raisons.» Bien qu’il soit en couple avec la productrice, notons que Bernard Drainville n’est impliqué d’aucune façon dans la série. «On ne s’en parle même pas, c’est presque un sujet tabou entre nous! Ça fait rire les enfants, parce que c’est moi qui vais travailler à l’Assemblée nationale le matin.»

Avant de fonder Taïga média, Martine Forand œuvrait jusqu’au printemps dernier avec Pierre-Yves Lord chez Saturne 5, une boîte de Québec qui produisait notamment les séries Les flots, De par chez nous et Danse ta vie. Aux premières loges de la politique durant plusieurs années, elle considère que les politiciens sont jugés trop sévèrement, tant par la population que par les médias. «Il y a quand même plus de 90 % des projets de loi qui sont adoptés à l’unanimité, et on n’entend jamais parler. Les politiciens travaillent ensemble sur plusieurs dossiers.» Avec un tel sujet, on peut se demander : pourquoi seulement quatre épisodes, alors que De garde 24/7 en compte 10? Sans nul doute, il y aurait du matériel pour plusieurs saisons.