Richard Therrien
Le Soleil
Richard Therrien
Le premier épisode marque l'entrée au Salon bleu de Joëlle Boutin, élue lors d'une élection partielle dans Jean-Talon.
Le premier épisode marque l'entrée au Salon bleu de Joëlle Boutin, élue lors d'une élection partielle dans Jean-Talon.

Nos élus: interdit aux cyniques

CHRONIQUE / Déconnectés. Corrompus. Menteurs. Voleurs. Faut croire que tous les politiciens sont un peu masochistes, à mettre leurs visages sur un poteau pour finir affublés quotidiennement de ces mots doux et tendres.

On les voit tous les jours à la télé, mais la série documentaire Nos élus veut nous les montrer plus humains, les deux pieds dans la réalité, comme De garde 24/7 l'a fait avec les médecins. Dans les quatre épisodes, diffusés dès jeudi à 20h à Télé-Québec, vous les verrez se démener corps et âme à l'Assemblée nationale, mais aussi sur le terrain, affrontant mille et une contraintes.

Dans cette série produite chez Taïga média par Martine Forand, qui est la conjointe de Bernard Drainville, la caméra de Louis Asselin a choisi de s'intéresser à une poignée de députés provinciaux, répartis dans toutes les formations politiques et qui laissent leur cassette au vestiaire. L'idée: nous montrer une journée type dans la vie d'un élu... jusqu'à ce qu'une pandémie vienne tout chambouler.

Au-delà de la politique, la série porte beaucoup sur le rôle de parent, particulièrement celui de mère, que les députées doivent conjuguer difficilement avec la vie parlementaire. Émilise Lessard-Therrien, la députée solidaire de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, admet que l'Assemblée nationale a du chemin à faire en matière de conciliation travail-famille.

On est essoufflé juste à la voir aller, se promenant entre ses obligations de députée et sa petite famille, qui la suit jusqu'au Parlement. Le défi est d'autant plus grand pour Jennifer Maccarone, députée libérale de Westmount-Saint-Louis et mère de deux enfants autistes, qui se sent bien loin des siens.

Les deux premiers épisodes s'intéressent entre autres au péquiste Harold LeBel, député de Rimouski, qu'on découvre extrêmement sensible. Autodidacte, il a décroché du cégep après avoir été renvoyé parce qu'il organisait trop de manifestations. Il dit lui-même ne pas savoir utiliser de grands mots, préférant «parler au monde». Devant un groupe d'étudiants, il en vient aux larmes lorsqu'il parle de son fils, décrocheur comme lui, aux prises avec un trouble de déficit de l'attention et en proie à des crises d'anxiété.

Nos élus est aussi une belle démonstration de l'absence de partisanerie quand vient le temps de défendre certains dossiers criants. Vous verrez Harold LeBel, entouré d'adversaires politiques dans sa bataille pour le droit à l'amour des assistés sociaux, qui se voient couper leurs prestations lorsqu'ils vivent en couple sous le même toit.

La vie parlementaire n'est pas de tout repos. On voit notamment la charge de travail qui s'ajoute pour chaque député lorsque le gouvernement impose le bâillon. Et puis, il y a la route, cette longue route que doivent traverser deux fois par semaine les députés. Vie de rêve dans les valises? Pas sûr que j'aurais envie de me lever en pleine nuit, de faire deux heures de route et une heure et demie d'avion pour aller travailler. C'est ce que fait régulièrement Émilise Lessard-Therrien, entre Québec et Duhamel-Ouest, au Témiscamingue. Mille après mille, je serais triste.

Nos élus a aussi ses moments d'euphorie. Le premier épisode marque l'entrée au Salon bleu de Joëlle Boutin, élue lors d'une élection partielle dans Jean-Talon, château-fort que la CAQ a arraché aux libéraux. Acclamée, fébrile, la nouvelle députée s'adresse aux parlementaires en leur disant qu'elle vient d'un milieu très modeste, preuve que la politique n'est pas donnée qu'aux nantis.

La définition des journalistes par Gabriel Nadeau-Dubois en fera sourire ou grincer des dents: «Leur objectif, c'est de nous faire mal paraître, de nous faire trébucher. C'est leur job. L'idée, c'est de ne pas être déstabilisé.» Réducteur et méprisant? À vous de juger. C'est pour éviter leurs jambettes, donc, que le co-porte-parole de Québec solidaire prépare chaque matin ses réponses, choisit «la» ligne punchée qui sera citée partout par ces mêmes journalistes «qui font leur job».

Au premier épisode, on assiste à un moment de malaise entre le ministre Mathieu Lacombe et des mères venues dénoncer une iniquité des tarifs dans les CPE. L'échange tourne aux attaques personnelles sur les ennuis financiers du ministre. C'est aussi ça le lot du politicien.

Quand les députés de l'opposition se démènent, on croirait qu'ils le font dans le vide. «Même si on a l'impression que ça ne donne rien, ça donne quelque chose», croit fermement Ruba Ghazal de Québec solidaire, qu'on voit préparer nerveusement la question qu'elle posera en Chambre au ministre Benoit Charette. La députée sait d'avance qu'il n'y répondra pas, mais souhaite que son intervention génère une demande d'entrevue dans les médias.

En plus de ne pas y répondre, Charette accusera Ghazal d'être mal informée, avant d'être repris par le Président de l'Assemblée nationale. Tout pour le show. Ça n'empêchera pas la députée solidaire de convier le ministre à une rencontre avec un groupe de jeunes à la fin de la journée. «On est des humains et on peut se parler normalement», conclut-elle.

Quand le tournage a commencé l'hiver dernier, on parlait à peine du coronavirus. On entend même Gabriel Nadeau-Dubois dire à un moment donné que «les Québécois n'ont pas besoin d'avoir peur», une idée que nous partagions tous. La fin du deuxième épisode marque l'ajournement des Travaux en raison de la pandémie. Tout le monde est pris par surprise, on voit la stupeur dans les visages, la partisanerie s'envole et le libéral André Fortin dit en Chambre, en s'adressant à la ministre Danielle McCann: «Nous sommes avec vous.» Comme un film dans le film, la pandémie occupera le troisième épisode, véritable cours de gestion de crise sans précédent.

Nos élus n'est pas aussi trépidante que De garde 24/7 mais a le mérite de nous faire comprendre la complexité du rôle de politicien et l'ampleur de la tâche. Au bout de deux épisodes, on ne peut faire autrement qu'avoir beaucoup d'admiration pour ces gens qui gagnent leur vie bien sûr, mais qui se donnent réellement pour leurs électeurs. À défaut de le réhabiliter complètement, la série pourrait au moins en convaincre plusieurs que le rôle de politicien ne se limite pas à du «grattage» de papier et à des luttes partisanes.

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