Nathalie Simard débute à Gatineau la tournée «L’amour a pris son temps», qui marque son grand retour à l’avant-scène.

Nathalie Simard, dans la fleur de l’âge

Nathalie Simard débute à Gatineau la tournée «L’amour a pris son temps», qui marque son grand retour à l’avant-scène. C’est à la Polyvalente Nicolas-Gatineau que le grand public pourra découvrir, le 11 octobre, ce survol de 40 ans de carrière.

Nathalie aussi, a pris son temps, avant de se décider à remonter sur scène de façon plus intensive.

Entre temps, elle a ouvert une érablière — qu’elle a fermée après 5 ans — où elle chantait parfois. Elle s’est aussi « un peu promené », a fait entendre sa voix à Québec et au Nouveau-Brunswick, mais ses apparitions scéniques étaient plutôt rares.

« 2019, c’est une année de gros chiffres, pour moi », dit Nathalie Simard, qui rayonne et jubile à présent qu’elle a franchi le cap de la cinquantaine. Elle attaque avec autant de « hâte » que d’enthousiasme sa « première tournée officielle » depuis son semi-retrait de la vie publique. Retrait qu’elle s’était imposé après qu’elle eut révélé, en 2008, longtemps après les faits, la nature des relations que lui avait imposées son imprésario Guy Cloutier, alors qu’elle était encore mineure.

En février dernier, elle faisait paraître Je veux vivre, triptyque composé d’un livre-disque et d’une série de conférences, pour venir en aide aux victimes de violence et soutenir financièrement l’organisme montréalais La Bouée.

« C’est du gros bonheur à préparer tout ça ! J’aime chanter, mais ça, je m’en suis rendu compte avec les années... » Nathalie Simard en a longtemps douté. « À cause du contexte dans lequel j’ai grandi », confesse-t-elle, en référence à la popularité qu’elle a connue à un très jeune âge. « Enfant, on n’est pas vraiment en mesure de choisir. C’est un métier qui m’a été imposé », rappelle-t-elle. L’envie de chanter « était en moi », concède-t-elle, mais « au départ, je devais faire seulement un 45 tours ». La suite, « la carrière », elle ne l’avait pas planifiée. « Aujourd’hui, je peux dire que j’ai choisi [ce métier]. C’est un besoin. C’est ma vie. Et c’est ce que je fais de mieux. »

Et puis, « quand on y pense, [chanter] peut être relié à de mauvais souvenirs, poursuit-elle. J’ai dû faire une introspection ». Ce « ménage nécessaire » lui a permis d’écarter de son tour de chant les chansons qui lui étaient douloureuses.

« Je remonte sur scène dans toute ma vérité, [dans] l’accomplissement de ma vie de femme et d’artiste. C’est un grand bonheur, la cinquantaine. J’ai l’âge de mon cœur, et mon cœur est très jeune. Parfois, il a même quatre ans », glisse-t-elle dans un éclat de rire.

Non, son spectacle n’occulte pas sa jeunesse : « Il y a une bulle consacrée à l’enfance », assure-t-elle. « Mais pas question de faire La danse des canards à 50 ans », précise-t-elle. Ouf ! elle n’est pas brouillée avec Goldorak, apprend avec soulagement le petit garçon qui s’inquiétait, dans le corps du journaliste.

Perte de poids

Bien dans sa peau, « solide » sur son « squelette », Nathalie Simard resplendit. Sa spectaculaire perte de poids a été l’élément clef, voire la condition sine qua non, qui lui a permis d’envisager ce retour sur scène, confie-t-elle.

« Ces dernières années, j’ai donné des spectacles avec un surpoids. [...] J’avais mal aux genoux, aux chevilles. J’aime me démener, sur scène. J’apprécie les moments intimes, mais j’aime aussi que ça bouge. La respiration, le souffle, le cardio, c’est capital, quand on veut remonter sur scène. »

« Ç’a été une belle décision », dira-t-elle à propos de son régime minceur — qui allie chirurgie bariatrique et conditionnement physique. « C’est le plus beau cadeau que je me suis fait, parce que je ne me suis jamais sentie aussi bien dans mon corps. Même lorque j’avais 20 ans. Aujourd’hui, je marche la tête haute, les épaules droites. »

Cicatrisée

L’autre facteur à la base de cet essor, c’est qu’elle a laissé à ses blessures le temps de cicatriser. Toute tempête émotive semble loin derrière. Elle a retrouvé « l’amour de soi ». « L’estime de soi », aussi.

« Il y a eu des pauses nécessaires pour me rebâtir, me guérir. Pour mieux revenir, convient-elle. J’ai réussi à lâcher prise et vivre le moment présent. [J’ai accepté] qu’on n’a pas d’emprise sur ce qui est arrivé hier, et que demain n’est pas encore arrivé, donc il faut vivre pleinement. Vivre et laisser vivre. »

Elle sait mieux relativiser. « Des embûches, il va y en avoir d’autres. Mais, à 50 ans, mon coffre d’outils est plus gros. »

Ses atouts les plus efficaces : « le bonheur », « la sincérité » et « l’authenticité ».

« L’étincelle » du retour, c’est donc « tout ça » : « l’ugence de vivre, l’envie de s’accomplir... dans toute la liberté que j’ai réussi à aller chercher, enfin !, à 50 ans. Et il n'est jamais trop tard pour bien faire. (...) J’ai envie d’avoir du fun. Et je me lance ! Advienne que pourra ! »

Sa fille de 25 ans, Ève, a été névralgique dans le processus de guérison. Ève, que les fans ont pu entendre sur l’album Je veux vivre, monte sur scène à ses côtés.

« C’est ma fille, ma belle chouette, qui m’a inspirée à parler, à me lever debout, à apprendre à m’aimer et à prendre soin de moi. À être plus solide, pour pouvoir mieux l’aimer, elle, et tous ceux qui m’entourent. La confiance en soi, la conscience, l’humanité, la bonté : c’est ça que ça éveille en nous, un enfant. »

Malgré son « talent impressionant », « Ève ne veut pas devenir une star », ni même une chanteuse, précise Nathalie Simard. Sa fille s’enligne pour s’occuper d’animaux, son « autre passion ». Si elle participe au tour de chant de sa mère, « c’est parce qu’on a du fun ensemble ».

« C’est un beau partage. J’avais envie que ce spectacle (ne soit pas) juste du flafla et des paillettes, mais que ce soit inspirant. J’avais envie de faire passer le message aux femmes et aux hommes qui (comme moi) ont vécu de l’abus, que c’est possible de s’en sortir. Que c’est possible d’être sain d’esprit, de s’accomplir, d’avoir des projets. Et comme une image vaut mille mots, je trouve que voir Ève et moi ensemble sur scène, malgré les embûches, c’est inspirant. »

Cinq dates sont prévues cet automne, histoire de « commencer humblement... dans l’amour et dans l’espoir ». Le périple se poursuivra à travers la province au printemps 2020 : Nathalie Simard s’arrêtera entre autres à Trois-Rivières (le 1er mars), Granby (le 8 mars) et Sherbrooke (le 10 juin).

Ensuite ? « Y’a beaucoup de projets en vue. Et c’est le fun, parce que j’ai le temps. [...] Je suis prête. Je fais du cardio. Je m’entraîne vocalement tous les jours, avec une coach extraordinaire, cantatrice de métier. Elle m’a redonné beaucoup de force. »

En sa compagnie, Nathalie Simard réapprivoise le fonctionnement de ses cordes vocales. « J’ai longtemps pris ça pour acquis, le fait de chanter. C’était comme respirer, c’était normal. Mais quand tu as mal, tu réalises que tu n’as plus 20 ans, et que c’est un muscle. »

La suite des choses ? Nathalie Simard hésite à s’épancher sur le sujet, faute de contrat signé. Mais ses rêves sont déjà nombreux et ambitieux. « J’adore l’animation. J’aime communiquer, j’aime aider, partager et je veux exploiter ça davantage », dit-elle en songeant à la télé et la radio. Et puis il y a ses conférences, qu’elle n’a pas l’intention d’abandonner de sitôt. « C’est la cause de ma vie. » En particulier, parce qu’elle a ainsi le sentiment de réussir à « transformer le négatif en positif ».

«Les petites Greta»

La jeunesse reviendra souvent, au détour de la conversation. Par exemple lorsque Nathalie Simard partage son «écoanxiété» – en même temps que son «admiration» pour l’énergie de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, et pour «toutes ces petites Greta» opiniâtres qui cherchent à «sensibiliser les pouvoirs publics» dans l’espoir de «changer les valeurs».

«On n’est pas assez conscients des gestes qu’on pose, de la récupération (le recyclage). C’est la jeune génération qui pousse. [...] On avait besoin d’une jeune fille comme ça. Si on dérange (comme le fait Greta Thunberg), c’est parce qu’on dit les vraies affaires. C’est très sain, ce qui se passe en ce moment. Ça se devait d’être une enfant» qui porte ce message.

«Il faudrait donner le pouvoir aux enfants», sifflote-t-elle, en citant Luce Dufault venue chanter à l’émission d’En direct de l’univers consacrée à Nathalie Simard, la semaine dernière.

«Notre génération, on a été élevés avec des ‘écoute-la pas, elle sait pas ce qu’elle fait, elle comprend rien ! Dis-lui pas qu’elle est fine ou qu’elle est capable, elle va s’enfler la tête’. On écrasait les enfants. Si on grandit en apprenant à faire le dos rond, on ne peut pas s’affirmer. Avec le temps, on a compris qu’il fallait donner le pouvoir aux enfants, leur dire ‘t’es bon, t’es belle, t’es capable!’ [...] Ils ont une conscience plus élevée que nous avions, à leur âge.»  

Car s’il y a bien une chose dont elle est convaincue, à 50 ans, c’est de «l’importance de croire en soi». «Il y aura toujours de la pollution [affective], mais l’important c’est de savoir où on s’en va. Le focus. Tu veux ça ? Va le chercher ! C’est facile de se laisser influencer, mais on devient unique lorsqu’on se respecte, qu’on cherche à atteindre nos buts et qu’on fonce.»

+

POUR Y ALLER

Quand ? Vendredi 11 octobre à 20h

Où ? Polyvalente Nicolas-Gatineau (PNG)

Renseignements : ovation.qc.ca ; 819-243-2525