Arts

Gregory Charles, sur les pas de sa mère

Même si elle n’est plus de ce monde, la mère de Gregory Charles veille toujours sur lui. On peut même affirmer que son esprit anime de larges pans de sa carrière, ainsi qu’en témoigne la création, il y a un an, de l’Académie Gregory. Cette école virtuelle s’appuie en effet sur la méthode d’enseignement de l’auteure de ses jours.

« Comme je ne voulais pas que cette méthode disparaisse avec elle, j’ai formulé un plan avec mon équipe dans le but de la mettre en ligne. Dès la première année, 2500 personnes se sont inscrites à des leçons de piano, ce que je considère comme un miracle », a raconté l’artiste au cours d’une entrevue téléphonique accordée au journal.

Musique

Voïvod: 35 ans d’apocalypse

Voïvod célèbre ses 35 ans avec un nouvel album-concept, «The Wake», qui sortira le 21 septembre. L’irréductible batteur Michel «Away» Langevin, qui dessine aussi les pochettes du groupe, nous raconte cette nouvelle plongée psychédélique, spirituelle et intergalactique, tout en revenant sur l’histoire du groupe québécois qui a conquis la planète métal.

Nourrie par l’énergie des deux petits «nouveaux» — Daniel «Chewy» Mongrain, qui est tout de même là depuis 2008, et Dominique «Rock» Laroche, qui s’est joint au groupe en 2014 — et l’imaginaire déjanté de Denis «Snake» Bélanger, cette nouvelle offrande a une certaine ressemblance avec les premiers albums de Voïvod. 

«Il y a un côté fusion, plus compliqué, des partitions plus élaborées, ce qui me force, en tant que batteur, à être plus progressiste. Ça reste du thrash metal à la Voïvod, mais avec un retour à certains sons de Dimension Hatröss, notre album de 1988 [qui fait partie de la liste des 100 meilleurs albums métal de tous les temps du magazine Rolling Stones] et Nothingface de 1989», expose Michel Langevin. 

Snake, qui chante et écrit les paroles, a imaginé une histoire où les catastrophes qui frappent la planète chambardent les croyances religieuses et les structures politiques. «Ensuite, ça  devient plus spirituel, puis intergalactique. Ça donne l’impression de faire un long voyage», expose Langevin.

«On a travaillé fort pour faire revenir des thèmes musicaux, les réarranger différemment. La finale de l’album les reprend tous et dure un bon 12-13 minutes, ajoute-t-il. Snake chante des bouts de chansons sur la musique d’autres chansons, ça a été un bon casse-tête, un bon deux ans de travail. C’était intense, mais vraiment motivant.»

Le vidéoclip du premier extrait, Obsolete Beings, entremêle des images de leur spectacle de cet été au festival Jonquière en musique et de leur tout premier spectacle, au même endroit, en 1983. Le groupe boucle la boucle dans un vortex musical élaboré.  

Musique

FCGG: Renée Martel vient clore la fête

Entamée depuis le 27 juillet dernier, la 26e édition du Festival country du Grand Gatineau (FCGG) se conclut ce dimanche 5 août, avec le spectacle hommage à Renée Martel auquel participeront Paul et Dani Daraîche, Renée Martel elle-même, ainsi que deux formations de la région.

René Turgeon, Manon Bédard et plusieurs autres artistes seront aussi de la fête, lors de cet hommage. Le public de la région appréciera sans doute particulièrement le passage de Joanie Charron et Marie-Soleil Provost, les deux membres de Sugar Crush (ex-Bijo & Sun), duo country-folk d’Ottawa-Gatineau.

Ce spectacle n’a rien à voir avec l’hommage à Renée Martel présenté en 2016 par le Festival de montgolfières de Gatineau, précise d’ailleurs le directeur artistique du FCGG, Michel Gervais. Au Parc La Baie, Mme Martel ne chantait pas.

« Nous on rend vraiment hommage à Mme Martel à travers ses proches amis. Sur scène, on aura une vingtaine d’artistes : c’est vraiment une grosse production, dit-il. Mme Martel va interpréter huit chansons, seule ou en duo. Paul [Daraîche] et Renée vont faire deux duos ensemble. Julie [Daraîche] sera aussi sur scène, par pour chanter mais pour parler de Mme Martel », précise-t-il.

Une série de pots pourris permettra d’explorer le répertoire de Renée Martel, au fil de ses 66 ans de carrière. Parmi les jeunes invités, figurera Pascal Allard, auteur de l’album Je voulais marier Renée Martel, paru l’an dernier. Parmi les vétérans : René Turgeon, qui a déjà fait des hommages à George Hamel et au père de Renée, Marcel Martel. « Il va faire quelques chansons de Marcel, qui a eu beaucoup d’influence dans la carrière de Renée, naturellement, puisqu’elle a commencé quand elle était enfant », rappelle M. Gervais. 

« À la fin du spectacle, les 20 artistes seront sur scène pour interpréter ensemble une des chansons préférées de Renée, J’ai un amour qui ne veut pas mourir. Ça va être très émouvant », promet-il.

« Ces soirées hommages fonctionnent très bien. Les autres festivals [country] ferment le dimanche vers 18 h, parce que les gens se préparent pour aller à un autre festival. Nous, [le dernier dimanche], on propose un hommage, et c’est toujours plein », note au passage le directeur.

Soirée acadienne

Dès ce soir, samedi à 19 h, le chapiteau du FCGG accueillera – c’est devenu une habitude – sa grande Soirée Acadienne. Celle-ci réunira Louis Cormier, Réal Leblanc, Hert Leblanc et Louis Bérubé. Le spectacle sera précédé d’une prestation de Jean Rock Cumming (à 18 h). Après quoi, certains artistes s’adonneront – c’est aussi la tradition – à un « jam acadien ».

Pour ajouter à l’ambiance, le FCGG a invité un camion de bouffe de rue (food truck) spécialement venu de l’Atlantique. « On va pouvoir manger des guédilles au homard et des fruits de mer. Ça fait deux ans que je travaillais là-dessus. »

Samedi et dimanche, les festivaliers pourront aussi admirer des voitures anciennes et de collection, qui seront exposées de 17 h à 21 h.

26e édition difficile

Tant mieux, car le festival, à cause des conditions météo, n’a pas eu cette année l’affluence que les organisateurs l’espéraient.

« Pour le spectacle de P.A. Methot, on a eu un peu moins de monde qu’on pensait. C’est la première fois en 26 ans qu’on faisait de l’humour. C’était un risque calculé. On ouvrait une porte. Les festivaliers ont beaucoup apprécié. Methot, c’est le gars idéal pour ça. Il est country. Il est d’ailleurs arrivé tout habillé en country. »

Mercredi 1er août, Juste avant le spectacle Elvis Country, « il y a eu l’alerte à la tornade, et on a eu deux pouces d’eau qui est rentrée dans le chapiteau. Les gens ont vu l’alerte sur leur cellulaire. Le monde ici avait un peu peur. On a un plan de sauvetage, mais il a fallu rassurer le public. »

Plusieurs journées ont reçu des foules décevantes. Bref, « il y a des pertes de revenus. Rien de majeur, ce n’est pas fiasco, mais c’est vrai que la température joue un rôle important : le monde sort moins, et ceux qui sortent boivent beaucoup moins et mangent très peu ».

Michel Gervais est en revanche très satisfait de l’amorce du FCGG. « La première fin de semaine, on a mis en valeur les artistes de l’Outaouais. Un festival comme le nôtre a une mission de laisser place à ces artistes. » 

Parmi « la cinquantaine de musiciens, majoritairement de Gatineau » qui ont défilé, le directeur artistique a « découvert deux ou trois artistes » qui feront assurément partie de la programmation l’an prochain. « Je ne pourrai pas passer à côté, en 2019. »

L’autre élément positif de cette édition est son « préfestival ». Durant les cinq premiers jours, le prix d’entrée était abaissé à 5 $ par soir. « Ça permet de rejoindre une clientèle plus large. On a eu un début décourageant, le 1er jour, mais les autres journées, c’était très bien. »

Musique

Un album réalisé à 100% par des femmes

TORONTO — La chanteuse Lindsay Kay se souvient de ce qu’elle a vécu alors qu’elle se préparait à enregistrer son premier album avec une équipe formée uniquement de musiciennes et d’ingénieures du son.

L’artiste originaire de Calgary explique qu’on ne lui a jamais dit carrément qu’enregistrer sans l’aide d’hommes en studio était une mauvaise idée, mais c’était souvent sous-entendu par ses pairs.

«Quand j’ai demandé spécifiquement des femmes ingénieures, j’ai entendu beaucoup de: “Oh, hum, une femme ingénieure... Hum, je n’en connais aucune”», raconte-t-elle.

«Ou des commentaires comme: “C’est dommage que tu ne travailles qu’avec des femmes, parce que je connais ce gars super qui est incroyable”.»

Lindsay Kay avait l’impression que les gens ne la comprenaient pas.

L’album For the Feminine, by the Feminine a été créé en rejetant la misogynie que la chanteuse dit constater dans l’esprit de nombreuses personnes dans l’industrie de la musique. Chaque étape du projet a été faite uniquement avec des femmes et des personnes s’identifiant au sexe féminin.

«Cela m’attriste lorsque des femmes pensent qu’elles ne peuvent pas créer sans hommes, dit-elle. Il y a quelque chose de profondément troublant dans tout ça, à mon avis.»

Rejeter le boys club

Lindsay Kay n’est pas la seule à vouloir mettre davantage l’accent sur le talent féminin dans le processus de création. Un certain nombre de musiciennes canadiennes ont commencé à travailler cette année sur des albums créés exclusivement par des femmes, du début à la fin. À bien des égards, il s’agit d’un effort pour rejeter l’idée du boys club perçue dans l’industrie de la musique.

Plus tôt cette année, Lights a consulté ses nombreux abonnés sur les médias sociaux pour découvrir des productrices moins connues. Elle espère recruter une équipe de production entièrement féminine pour son prochain album.

Lido Pimienta, lauréate du prix Polaris, a adopté une approche similaire avec son album à venir, qu’elle a produit elle-même et qui sera offert à la fois dans une version pop et une autre enregistrée uniquement «avec cuivres et voix».

«Aucun homme ne sera inclus dans cet album», a-t-elle récemment déclaré lors de la Semaine canadienne de la musique. «Pour moi, il est logique que je sois entourée d’un groupe de femmes.»

L’embauche d’une équipe complète de personnes s’identifiant au sexe féminin a pris beaucoup de temps et nécessité des recherches, a reconnu Lindsay Kay, parce que le bassin de candidates est beaucoup plus petit.

L’expérience l’a incitée à continuer à travailler uniquement avec des femmes après la sortie de son album en octobre. Elle a récemment filmé un vidéoclip pour la chanson Too avec une réalisatrice et une distribution féminine, ainsi que des vêtements créés exclusivement par des jeunes femmes de l’industrie de la mode qu’elle a découvertes sur Instagram.

Elle croit qu’avec le temps, elle réussira à élargir son cercle de femmes en musique.