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Yves Desrosiers: la musique universelle de l’espéranto

Yves Bergeras
Yves Bergeras
Le Droit
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À l’heure du déconfinement des arts de la scène, Yves Desrosiers reprend la route pour s’en aller faire pousser sur les planches les fleurs mélodiques de son nouvel album. Le musicien lancera Nokta ŝoforo à Gatineau vendredi 19 mars, puis visitera dans la foulée Sherbrooke et Québec au volant de son «bazou», puisque conduire est son plaisir... et le point de départ de ce disque dont le titre signifie «chauffeur de nuit» en espéranto.

Entièrement instrumental – à l’exception de la dernière mélopée, Noktaj Pensoj (c’est-à-dire Pensées nocturnes), chantée en espéranto – ce quatrième album est pensé comme un «road trip musical», dit-il. Un truc idéal pour accompagner le défilement du bitume. À écouter de nuit, de préférence.

«Depuis que je suis jeune, j’ai toujours conduit, pour mes tournées. Je suis bien derrière le volant: je flye... impossible de me l’enlever... un vrai Serge Bouchard! » rigole Yves Desrosiers au bout du fil, en mentionnant l’anthropologue et animateur radio, lui aussi grand amateur de route. «J’ai toujours conduit ma bande. À cause pandémie, on doit tous prendre nos voitures individuelles», regrette-t-il. 

«Pour moi, la musique et la route vont ensemble ; et dès que je mets la clef de contact, la musique part. [...] L’album est un peu un hommage aux truckers.» 

Et si par magie, au bout de sa destination, l’attend un public, alors le musicien a le sentiment de faire «d’une pierre deux coups, et c’est le jackpot

«Je conduis toujours des bazous, parce que je peux les réparer. J’ai étudié la mécanique – je viens d’une époque où les parents déconseillaient faire carrière en art. Connaître la mécanique de façon assez approfondie, ça m’a permis de sauver la situation plus d’une fois», indique l’artiste qui, dans la vidéo d’un des deux extraits déjà parus, Paneo en dezerto, met en scène une panne dans le désert.

«La chanson du désert est un mélange du gypsy et du rockeur», illustre Yves Desrosiers. Elle caresse sa turbulente jeunesse. «C’est mon passage dans le rock avec Jean Leloup, puis l’amalgame que j’ai fait avec la musique du monde, les influences des Tsiganes puis la musique sud-américaine – quand j’ai troqué la guitare électrique pour la classique, à l’époque de Lhasa. Elle ma fait en découvrir les grands chanteurs et les grands auteurs sud americains... et tout ce beau monde-là m’accompagne encore aujourd’hui», relate celui qui, jeune, a partagé la scène avec Mon Onc’ Serge (au sein des Quarts de Rouge, puis le duo Les Blaireaux, deux formations à l’esprit «bien punk»).

«J’ai fait un petit saut en arrière, dans la musique que j’écoutais, ado, comme Mike Oldfield et King Crimson – j’aimais le rock progressif, mais eux je les trouvais encore plus créatifs, plus déjantés. »

Deux pièces y font références. «Surtout Krepusko (Crépuscule), où on peut sentir Oldfield, et la première chanson du disque, la ‘berceuse au truck stop’ (Lulkanto Ĉe Kamionhaltejo), où on peut entendre des guitares à la Robert Fripp, avec sa Les Paul et les sons qu’on lui connaît», évoque Yves Desrosiers, qui a depuis collaboré avec Daniel Bélanger, Pierre Lapointe, Richard Desjardins, Rufus Wainwright, Bïa et d’autres grandes pointures de l’industrie.

De l’espagnol à l’espéranto

Recourir à l’espéranto permet au texte de conserver une part de mystère, tout en se jouant des distances et des frontières.

«La musique est un langage universel. Étant donné que c’est un album instrumental, il risque de se promener un peu plus loin que le Québec, mon cadre francophone habituel.» 

Mélange de gypsy rock, de rock progressif et de langueurs sud-américaines, Noktaj Pensoj déroule «une musique qu’on peut [difficilement] catégoriser: ç’a des ailes, et ça s’envole», estime ce fervent nomade (Desrosiers fut le grand complice de Lhasa de Sela, pour ne pas dire sa grande moitié artistique ; c’est lui qui, à l’époque où il officiait au sein de La Sale Affaire de Jean Leloup, a composé pour elle les mélodies de La Llorona.)

Alors qu’il cherchait des titres de chansons à même de refléter ce langage universel, il a d’abord songé à l’anglais, mais a bien vite écarté cette idée, qui tombait dans la facilité: « Ça fonctionnait, mais j’avais de la difficulté à accepter que l’anglais, langue d’affaire et de pouvoir économique, [incarne] la langue internationale. Alors j’ai choisi l’espéranto». 

«Ç’a été une grande découverte, l’espéranto», admet Yves Desrosiers. «On dit que personne ne le parle, mais c’est pas vrai. Y’a plein de monde qui le parle. »

Il a commandé à l’auteure de séries télé Geneviève Simard «un texte sur les pensées d’un camionneur de nuit ; tu me le fais réfléchir et soliloquer», qu’il a ensuite fait traduire par l’espérantiste Trefflé Mercier. Il pensait se contenter de le «réciter» mais, se trouvant maladroit dans la prononciation, il a préféré en faire une chanson, car cela lui permettait de «cacher les petits défauts».

«Après quatre mois d’études, je vais peut-être finir par devenir espérantiste, au bout d’un an, pouffe-t-il. La construction de base est facile». 

«Ça fait 3 ans que j’apprends l’espagnol, alors ça m’a aidé», ajoute-t-il. «J’avais toujours promis à Lhasa de l’apprendre. Aujourd’hui, si elle était devant moi, je serais tellement fier de lui dire ‘Puedes hablar espanol conmigo, ahora’...»

Le disque a été réalisé par Benoit Morier.

Renseignements: yvesdesrosiers.com

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LES SPECTACLES DE LANCEMENT

18 MARS: Montréal
Lion d’Or (spectacle virtuel)

19 mars: Gatineau
Salle Jean-Despréz

20 mars: Sherbrooke
La Petite Boîte Noire

21 mars: Québec
Grand Théâtre de Québec

(En raisons des normes sanitaires en vigueur, et de la distanciation imposée dans les salles, les places sont très limitées.)