Fils spirituel de Django Reinhardt, le guitariste Stéphane Wrembel est attendu au Bluesfest d’Ottawa le 8 juillet.

Wrembel, de mains de maître

À part aux amateurs pointus de jazz manouche, le nom de Stéphane Wrembel, un des rares francophones invités au Bluesfest, ne dira sans doute rien. Ce guitariste franco-américain est pourtant considéré comme un virtuose de la six-cordes.

Le talentueux guitariste a plus d’une douzaine de disques à son actif. Le cinéaste Woody Allen, amateur de jazz manouche de longue date, a utilisé deux de ses morceaux pour illustrer ses films : la pièce Big Brother se retrouve sur la trame sonore de Vicky Cristina Barcelona, tandis que Bistro Fada – une composition originale – est devenue la chanson thème du film Midnight in Paris. Et puis Allen l’a invité à jouer de la guitare sur un banc, dans une scène de Magic in The Moonlight. « J’avais une ligne de dialogue ; il l’a coupée au montage », rigole Wrembel, pas rancunier envers celui qu’il considère comme « un maître du cinéma ».

Parler de musique avec Stéphane Wrembel, c’est comme parler de mécanique avec un astronaute. T’as beau connaître un peu ça, tu sens bien que vous n’êtes pas dans la même dimension.

Tu lui parles de styles... lui, n’aimant pas être cantonné à des « genres », préfère répondre en évoquant les lois naturelles et physiques qui régissent la structure des « règles harmoniques et rythmiques » ; en se référant aux « techniques d’architecture » de la musique ou aux « mesures asymétriques » ; en faisant appel à l’opposition entre « tension et résolution », « assonances, consonances et dissonances ». Ou en bifurquant par l’Inde (berceau des gitans, roms et manouches) « où il y a des écoles du rythme, comme nous [en Occident] on a développé des écoles de l’harmonie ». Jamais prétentieux, mais précis. L’évidence des érudits...

« Je ne sais pas si je connais la musique, mais elle me connaît très bien. Je crois que plus tu connais la musique... et moins tu lui résistes ; plus tu la laisses passer à travers toi. »

À Fontainebleau, en région parisienne, Wrembel a commencé ses classes en piano classique dès l’âge de 4 ans, avant de creuser les mécaniques de la musique classique. « J’ai baigné dans le monde du baroque et celui des impressionnistes », résume-t-il. (En musique, le terme impressionniste renvoie à un courant de la fin du XIXe siècle et à Claude Debussy.)


«  Les styles, c’est un truc de l’industrie du disque ; et nous, on n’en fait pas vraiment partie, on est juste dans la création.  »
Stéphane Wrembel

C’est à 15 ans qu’il découvre la guitare, qui va devenir son instrument de prédilection. Il se trouve de nouveaux modèles plus rock, à commencer par Pink Floyd. Le jeu d’imitation des « grands » le pousse rapidement aux répertoires swing et jazz manouche, dont l’incontestable maître Django Reinhardt, vient de Fontainebleau.

Campements manouches
À 18 ans, Stéphane Wrembel décide se rapproche des gitans. Plus précisément, les campements manouches, qu’il fréquentera assidûment « pendant 6 ou 7 ans ». En compagnie des manouches, il travaillera « l’interprétation » inlassablement, « 18 h par jour », jusqu’à manier aussi bien qu’eux la guitare « sinti », qui caractérise la musique manouche.

À 25 ans, il quitte la France pour Boston, affermir son art au prestigieux Berklee College of Music, dont il ressortira summa cum laude, avant de rejoindre New York où il est désormais installé.

C’est dans la grande région de la Grosse Pomme qu’il fonde, en 2003, le Django A Go-Go, un festival de musique annuel où se retrouvent les fils et filles spirituel(le)s de Django Reinhardt, tous âges et styles confondus. Un festival itinérant, nomade, à l’image du peuple Sinté, puisque le Django A Go-Go va et vient le long de la côte Est des États-Unis. On y donne des concerts, mais aussi « des camps » de formation et des classes de maître.

Cinq de ses disques sont titrés Django Experiment (de I à IV, plus un live). Tout simplement parce que « Django, c’est ma base, mon maître, et mon point central de référence », admet cet hypercréatif qui, lorsqu’il ne jure pas par Django, se réfère à Bach, Ravel, Fauré ou Stravinski.

« Au piano, il y a Bach ; au violon, Paganini. En ce qui concerne la guitare, l’homme le plus important au monde, c’est Django. »

Dans « le Django Experiment, on joue avec notre son de New York. Le but de ce projet, c’était de montrer qu’on peut, en partant de Django, partir dans plein de directions. »

« Par contre, mon groupe, le Stephane Wrembel Band, n’est pas un groupe de reprises de Django : on fait mes compos, et c’est un pur produit de New York, avec un son bien new-yorkais. Et on ne joue pas façon Django, mais façon Wrembel. On rentre dans l’univers de Django, on en ressort, y’a pas de règles. C’est comme un courant » qu’on suit au feeling, expose-t-il.

« Ça crée des confusions parce qu’on peut aussi entrer dans un univers qui ressemble plus à Pink Floyd. Parfois, on fait des reprises swing, parfois on tombe dans des rythmes plus world. Des fois, on mélange les deux. »

« Savoir comment définir le groupe a toujours été un problème. [Sauf que], les styles, c’est un truc de l’industrie du disque ; et nous, on n’en fait pas vraiment partie, on est juste dans la création. On ne veut pas tomber dans un genre défini ou un autre. Mais on s’adapte au lieu, au public, à nous-mêmes. On fait ce qui nous plaît, en cherchant à faire ce qui est le mieux par rapport au moment. »

Mais, entre chaque projet, « je retourne à Django pour me ressourcer... et repartir dans une autre direction. Je suis encore en train de découvrir des facettes de Django que personne n’a jamais vraiment exploré », estime le virtuose, en laissant entendre que ces découvertes feront l’objet d’un nouvel album dont l’enregistrement est prévu pour l’automne.

À Ottawa, il sera entouré du Stephane Wrembel Band, quatuor généralement composé de Thor Jensen (guitare), Ari Folman Cohen (basse) et Nick Anderson (batterie). Ce qu’ils joueront précisément au Bluesfest ? « On le saura quand on sera sur place ». La seule chose inamovible, « ce sont les musiciens, l’énergie, notre son ». Et l’envie de faire profiter la foule du « gros équipement » qui sera à sa disposition durant le festival.

POUR Y ALLER

Quand ? 8 juillet, à 17 h

Où ? Plaines LeBreton

Renseignements : ottawabluesfest.ca