Andréa Bélanger et David Ratté de Will Driving West

Will Driving West, sur la voie d’accélération

Chanter le désespoir ne fait pas partie des habitudes de Will Driving West. Mais lorsqu’il a écrit la chanson «Wings», le leader de la formation David Ratté était en voie de créer l’exception qui confirme la règle.

Jusqu’en novembre 2018, le quintette montréalais n’avait rien endisqué en trois ans. Avant Silence, son dernier opus, les folk-rockeurs avaient roulé la pédale à fond, enchaînant leurs trois premiers albums en quatre années à peine. Une éternité, donc, pour les musiciens indépendants de A à Z.

C’est que début 2018, au moment de composer la chanson Wings, la deuxième sur Silence, une série d’imprévus avaient contraint Will Driving West à lever le pied. Depuis Fly (2015), le groupe a changé de guitariste deux fois. On a voulu s’allier avec une maison de disques et un gérant, sans succès. Et, résultat de cette période creuse, le coussin financier de David Ratté et d’Andréa Bélanger, sa partenaire de vie et de musique, fondait comme neige au soleil.

« On était vraiment dans un cul-de-sac, raconte David Ratté au bout du fil. Je veux toujours qu’il y ait de l’espoir derrière nos chansons, mais cette fois-là, j’avais décidé de juste vider mon sac. »

« J’ai écrit la chanson et je l’ai laissée de côté. À l’intérieur d’une semaine, notre situation avait complètement changé. »

Contre toutes attentes, la solution est venue de Spotify — la même plateforme qui tronçonne les ventes d’albums de tout un chacun, ou presque. Inspirés par la populaire la liste de lecture Peaceful Piano, David et Andréa ont enregistré, rapidement et pour se changer les idées, un court projet pianistique sous l’alias Slow Fade Sailors. À la suggestion du duo, Spotify s’est intéressé à leurs compositions. Et un morceau s’est retrouvé sur Peaceful Piano.

Aujourd’hui, Be, Leave compte presque 14 millions d’écoutes. « C’est ça qui a financé l’album de Will Driving West, sourit David Ratté. On s’est dit qu’on allait se distraire en faisant autre chose. Puis finalement, c’est venu sauver le premier projet ! »

Dans la même semaine, la cinéaste Louise Archambault a annoncé une deuxième bonne nouvelle. Le groupe, dont la musique a accompagné une vingtaine de films, publicités et émissions de télévision, allait composer la trame d’Il pleuvait des oiseaux, qui sortira en salles en septembre.

Un an plus tard, Wings reste l’un des morceaux préférés de son auteur. Quand est enfin venu le temps de l’enregistrer, « j’avais comme une boule de quilles dans l’estomac. C’était impossible de mettre toute cette négativité dans l’album, ajoute le parolier. Donc j’ai réécrit la deuxième partie de la chanson pour dire qu’on est passés très, très proche du précipice, mais que comme on allait tomber dedans, il y a comme des ailes qui ont poussé dans nos dos. Comme nos vies ont changé à ce moment-là, on a réussi à changer la chanson en quelque chose de positif. »

Virage rock

Il faut plus qu’un passage rocailleux pour freiner le roadtrip de David, Andréa et de leur « équipe d’étoiles », Camille Paquette-Roy, Benoit Caron et Vincent Perreault. Ces quatre années leur auront donné le temps de produire leur opus le plus rock, le plus peaufiné, celui dont chacun est le plus fier — et celui qui a reçu les plus chaudes critiques. Alors que le groupe faisait plus dans le folk planant, il n’hésite plus à faire mordre ses cordes et à taper sur sa batterie, à passer de l’intime aux envolées presque cinématographiques. « C’est un album qui est plein de vie et de vérité. Ça ajoute une belle qualité au spectacle. Donc tout ça n’aura pas été pour rien ! »

Sur scène, l’effet s’annonce poignant. À constater le jeudi 16 mai, à La Basoche — et non à la Salle Jean-Despréz, tel qu’initialement prévu.

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POUR Y ALLER

Quand ? Jeudi 16 mai, 20h

Où ? La Basoche

Renseignements : ovation.qc.ca